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jeudi 22 février 2024
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Un bras de fer engagé entre les barragistes et le préfet

Ce samedi 27 janvier dès 6h, le préfet a dépêché les gendarmes pour lever tous les barrages érigés par les manifestants. Ces derniers déclarent haut et fort qu’ils les réérigeront sous peu. Ainsi, 3 barrages ont encore été enlevés ce dimanche 28. Il semblerait qu’un bras de fer sur fond d’incompréhension totale se soit engagé entre les manifestants et la préfecture.

Philippe Vigier, bureau étrangers, titre de séjour, Mayotte
Jeudi soir, le préfet a fait déloger les manifestantes qui bloquaient la préfecture et cassé le cadenas. Un geste qui a été mal pris par le collectif…

Ce vendredi 26 janvier, le préfet avait convié la presse à la préfecture de Grande-Terre pour communiquer sur l’importance de lever les barrages qui « paralysent l’île ». « Nous avons tenu nos engagements, le camp de migrants installé sur le stade de Cavani a commencé à être démantelé jeudi, je ne comprends pas pourquoi les barrages sont encore en place ! », s’est-il exclamé lors de la conférence de presse. C’est que, premièrement les revendications des manifestants ont évolué entretemps en mouvement contre l’insécurité et la politique de gestion de l’immigration clandestine d’une manière générale à Mayotte et, deuxièmement, le collectif 2018 disait attendre un calendrier précis du démantèlement comme ils l’avaient indiqué. A cela s’ajoute le fait qu’il ait fait enlever le cadenas placé sur la préfecture et envoyer la police dire aux mamas qui campaient devant qu’il fallait qu’elles partent. Le collectif estime donc, d’après Zaïdou Bamana, que « le préfet se moque d’eux et ne les respecte pas ». C’est la raison pour laquelle le collectif a décliné la réunion de vendredi après-midi proposée par le préfet.

Safina Soula, présidente du collectif des citoyens 2018, a répété à plusieurs reprises que son association n’était pas à l’origine des barrages, érigés selon elle « par la population en colère ».

Le collectif 2018 affirme qu’il n’est pas à l’origine des barrages, mais qu’il les soutient. « Les barrages sont érigés par la population de Mayotte en colère », a affirmé Safina Soula, la présidente du collectif. Parallèlement à ce collectif devenu presque « historique » à Mayotte, d’autres regroupements de population se forment un peu partout sur l’île. Celui du sud, qui se fait appeler « comité citoyen de prévention et de sensibilisation » a envoyé vendredi un long communiqué aux maires des 4 communes du sud détaillant longuement leurs revendications. Si, à ce communiqué était jointe une autre lettre affirmant « qu’ils ne voulaient pas de camp de migrants africains dans le sud », ce sujet paraît anecdotique au regard de leurs autres revendications portant principalement sur l’insécurité. L’île est en effet en proie à des violences sans précédent depuis des mois et le sud n’est pas épargné. « Nous demandons la saisine immédiate des services de la préfecture de Mayotte et du ministre de l’intérieur pour dire stop à l’insécurité et la violence dans nos villages », peut-on lire dans leur communiqué. S’en suit une série de mesures proposées pour lutter contre l’insécurité et l’immigration clandestine qui, pour eux, en est clairement à l’origine. L’abrogation du titre de séjour territorialisé est, bien sûr, l’une des mesures phare revendiquées, rejoignant ainsi l’une des revendications du collectif 2018.

Une « liberté de circuler » très relative

Thierry Suquet avait convié le collectif à une réunion ce vendredi 26 janvier. Le collectif a décliné la proposition.

Ce dimanche 28 janvier, le préfet a envoyé un communiqué de presse aux médias dans lequel il se félicitait que la liberté de circuler ait pu être rétablie. « Les services de l’Etat, avec le concours des forces de sécurité intérieure mettent tout en œuvre pour que la vie locale retrouve son cours et qu’aucune entrave à la libre circulation des personnes ne puisse avoir lieu », peut-on lire dans ce communiqué. Une position qui suscite l’incompréhension totale de beaucoup de Mahorais qui constatent avec colère que le préfet est plus efficace et rapide quand il s’agit de déloger les barragistes plutôt que les délinquants qui sèment la terreur sur les routes depuis des mois. Une grande partie de la population ne sort en effet plus le soir et vit cloîtrée chez elle, de peur d’être attaquée. La « libre circulation des personnes » dont se félicite le préfet est donc toute relative…

Une communication qui est en train de creuser le fossé de l’incompréhension entre les parties. Dans un autre communiqué, le préfet indique que « le fait d’embarrasser la voie publique en y déposant ou y laissant sans nécessité des matériaux ou objets quelconques, détritus, branchages, carcasses de véhicule qui entravent ou diminuent la liberté ou la sûreté de passage est puni de l’amende prévue pour les contraventions de la 4ème classe », soit 135 euros par infraction. Et que le délit physique ou matériel d’entrave à la circulation peut être retenu, avec une sanction pouvant aller jusqu’à 4500 euros d’amende, 2 ans d’emprisonnement (…) ». On ne peut que s’en réjouir alors que quasiment chaque soir, les délinquants encombrent les chaussées de ces matériaux et dans un contexte ou énormément de Mahorais ont le sentiment que la justice est trop laxiste avec les délinquants et trop sévère avec les « honnêtes citoyens », pour reprendre leurs propos. La justice condamnera-t-elle les délinquants qui barrent les routes régulièrement à la peine promise dans ce communiqué ?…

Nora Godeau

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