Comores : la pénurie d’eau s’intensifie à Moroni malgré les capacités d’approvisionnement

La capitale et ses environs ne sont pas approvisionnés régulièrement en eau. Les trois stations de pompage d’une capacité de 14.000m3 souffrent d’un problème d’infrastructures. Le réseau de distribution, datant des années 1970, est vétuste. Le manque d’électricité dans les sites rend difficile les travaux de pompage. Les manifestations de colère se multiplient. Le taux d’accès à l’eau potable est de 19%. Les autorités veulent ramener ce taux à 67% d’ici à 2027 grâce à de nombreux projets en cours.

La crise de l’eau s’intensifie à Moroni. Des quartiers entiers peuvent passer des jours voire des semaines sans la moindre goutte d’eau. Une situation préoccupante pour des dizaines de foyers qui comptent beaucoup sur le réseau d’eau de la capitale pour obtenir le précieux liquide. Les médias en font leurs principaux sujets. Les citoyens continuent à exprimer leur ras-le-bol depuis des mois.

Une colère permanente à Moroni

Une manifestation spontanée a eu lieu, samedi dernier au centre de Moroni, à l’initiative du collectif Adrikini, à l’origine d’un vaste mouvement de protestation sociale en 2014. «On en a marre de cette situation. Des autorités qui n’arrivent même pas à nous fournir de l’eau ni de l’électricité, c’est une honte», a déclaré Amina Ali, très indignée. «Pas de courant, pas d’eau, les prix explosent. On est étouffé. On est fatigué. On est à bout», a ajouté cette femme d’un ancien premier ministre.

Aux Comores, il ne se pose pas de problème de sources d’eau mais de distribution. Les capacités d’approvisionnement existent. A Moroni, il existe trois sites de pompage : le TP5 d’une capacité de 9000m3, le TP1 d’une capacité de 3000m3 et le site « ONU 4 » d’une capacité de 2000m3. A cela s’ajoutent deux citernes de stockage, le RB 2000 et le RB 500 d’une capacité cumulée de 2500m3.

«C’est largement suffisant pour approvisionner Moroni et ses périphéries», souligne le directeur technique de la Société nationale des eaux et de distribution des eaux (SONEDE), Abdillah Mze Ali. «Nous avons une augmentation exponentielle de la demande en eau. Les foyers sont construits au-dessus des châteaux d’eau. Nous avons un réseau saturé, il y a un sous dimensionnement des réservoirs. Les capacités de stockage sont limitées, la demande est forte, pas par rapport à la production mais au stockage de l’eau en vue de son approvisionnement», explique le directeur technique de la SONEDE.

Un réseau de distribution vieillotte

Un site de pompage en plein travaux

Pour mettre un terme à ce problème, le gouvernement a engagé des travaux de construction d’un nouveau grand réservoir de 2500m3 au centre nord de Moroni grâce à un fonds du royaume d’Arabie Saoudite. «Il n’y a pas mille solutions, il faut augmenter les capacités de stockage et construire des réservoirs au-dessus des foyers déjà construits pour pouvoir couvrir les zones non alimentées. Un projet de construction d’un grand réservoir est actuellement en cours. Et une fois terminé, tous les problèmes seront réglés», ajoute le directeur technique qui recommande aussi «la stabilisation de l’énergie pour pouvoir pomper l’eau en permanence dans les différents sites».

La pénurie d’eau s’explique en grande partie par un problème récurrent de distribution. Quelques zones sont alimentées, certaines sont moins alimentées alors que d’autres ne le sont pas du tout car n’ayant pas été pris en charge par le système de distribution lors de sa construction. Il s’agit surtout des maisons bâties au-dessus des réservoirs. Le réseau, datant des années 1970, est vétuste. Il n’y a jamais eu de travaux de grande envergure pour changer la tuyauterie depuis plus de 50 ans et étendre le système de distribution. Le manque d’électricité dans les sites rend difficile les travaux de pompage.

Et un autre problème est venu aussi limiter les moyens d’approvisionnement de la SONEDE. Des vendeurs ambulants, avec leurs camions-citernes, prennent d’assaut tous les jours les sites de pompage où ils peuvent « bloquer » l’unique tuyau qui facilite le passage de la source vers Moroni et ses environs. Conséquence : les foyers de la capitale ne sont pas alimentés car l’eau pompée remplit les camions-citernes. Ceux-ci font ensuite le tour de la capitale pour vendre l’eau aux citoyens. Un système D qui permet certes de soulager des centaines de consommateurs mais dont le cadre d’activités suscite de nombreuses interrogations.

Il est à noter que la crise de l’eau est fortement ressentie dans la capitale. Mais dans l’arrière-pays, les soucis d’approvisionnement ne sont pas importants grâce aux points d’eau disponibles dans presque tous les foyers. Des problèmes d’eau sont toutefois notés dans certaines régions à cause notamment de la baisse de la pluviométrie, conjuguée aux conséquences des changements climatiques.

Des solutions face à la crise future de l’eau

Le président Azali inaugure le plus grand centre de traitement d’eau potable à Anjouan

Le taux d’accès à l’eau potable est de 19% aux Comores. Les autorités veulent ramener ce taux à 67% d’ici à 2027 grâce à de nombreux projets en cours financés par la Banque mondiale, l’Agence française de développement (AFD) et le Fonds saoudien de développement (FSD). A Ngazidja (Grande-Comores), on compte beaucoup plus sur les nappes phréatiques pour obtenir de l’eau alors que dans les autres îles, les citoyens se servent des cours d’eau pour s’approvisionner en eau.

Les îles font face toutefois aujourd’hui à une disparition lente et continue des cours d’eau et à un asséchement des eaux de surface à cause des dérèglements climatiques. Conscient des risques catastrophiques à venir, le gouvernement a anticipé de nouveaux programmes dans le secteur de l’eau. Les autorités ont négocié et obtenu un financement pour construire des centres de traitement de l’eau dont le plus important a été inauguré par le président Azali Assoumani, samedi 21 octobre à Mutsamudu à Anjouan grâce à un projet du Fonds Vert nommé ER2C. Le projet de 50 millions de dollars comporte de nombreux volets dont le renforcement de « 32 bassins versants » et l’adaptation de l’agriculture aux changements climatiques.

A.S.Kemba, Moroni

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