La décision concernant le décasage à Hamouro sera connue en fin de semaine prochaine

Vendredi matin avait lieu l’audience en référé concernant l’arrêté du préfet de Mayotte, Thierry Suquet, portant évacuation et démolition des constructions bâties illicitement à Hamouro sur la commune de Bandrélé, dans le cadre de l’opération Wambushu. Pas moins de neuf requérants ont demandé la suspension de cet arrêté, la décision sera connue le 21 juillet prochain.

C’est une bataille de procédure à laquelle doit faire face le préfet de Mayotte dans le cadre de l’opération Wuambushu et ses décasages. En effet, il est principalement reproché à la préfecture de ne pas avoir fait des propositions de relogement aux familles concernées par les décasages en date de l’arrêté, à savoir le 12 mai dernier. Chose que conteste bien évidemment maître Tamil, l’avocat de la préfecture, qualifiant cette procédure de « Guérilla juridique dont le but est de faire obstacle à l’arrêté préfectoral ». Aussi, sur les neuf dossiers de requérants représentés par maître Trouvé, deux se sont désistés et un autre a été classé sans suite car ils n’étaient pas concernés par le périmètre visé dans l’arrêté de démolition.

Chaque partie maintient ses positions

Un camp estime qu’aucune proposition de relogement n’a été faite et l’autre partie soutient mordicus que des propositions d’hébergement ont bien été entamées. Maître Trouvé mettant en avant les obligations faites au préfet, à travers la loi Elan, de proposer des solutions d’hébergement aux personnes dont la destruction de leur habitation va être faite prochainement. « La loi oblige au préfet de proposer une offre de relogement à la date de l’arrêté, or dans la plupart des cas cela n’a pas été fait, affirme-t-elle. Je vous demande donc, madame le juge, une suspension de l’exécution de l’arrêté du 12 mai 2023. Notamment concernant cette famille composée de huit enfants qui risque de se retrouver bientôt sans domicile », déclare-t-elle.

Maître Mélanie Trouvé était l’avocat des requérants

Cas que réfute l’avocat de la préfecture précisant qu’une enquête sociale a eu lieu, comme dans la majorité des cas, et « qu’une notification de proposition d’hébergement a bien été faite, en l’occurrence une maison de type T5 d’environ 100 m2. Cette habitation est mise à disposition par l’association Mlezi Mahore, indique maître Tamil. La préfecture propose des logements gratuits pour les familles pendant six mois, renouvelable six mois de plus, complète l’avocat. Dans ce cas précis la famille n’a pas donné suite à la proposition faite par la préfecture. Aucun décasage n’a eu lieu sans une proposition de relogement ou d’hébergement au préalable », assure-t-il.

Dans un autre dossier maître Trouvé conteste la solution proposée par la préfecture. « Je ne vois pas dans les annexes des propositions de relogement en date de l’arrêté, en violation de la loi Elan et de ce qu’elle prévoit. – Il y a eu une proposition de relogement, rétorque maître Tamil, précisant même la nature : Une maison de type T6 avec quatre ou cinq chambres climatisées, un salon, une cuisine, une salle de bain et même un jardin », argue-t-il. Aussi, dans les rares cas où une solution d’hébergement a été envisagée, il n’y aurait pas eu d’informations concernant la nature de l’habitation, selon maître Trouvé. « Dans ce dossier les requérants ont bien reçu une proposition mais ils n’ont aucune information sur le logement, ils ont seulement une simple adresse. Aucune précision sur la surface, les conditions d’accès, s’il y a une contrepartie, notamment concernant le loyer. C’est insatisfaisant, indique l’avocate. De plus, quid des meubles de ces personnes si leur logement est détruit ? Je vous demande donc, une fois de plus, de suspendre en urgence cet arrêté. Le préfet doit préciser les conditions dans lesquelles seront relogées ces personnes et tenir également compte de la composition familiale du foyer et notamment de la scolarisation des enfants, argumente-t-elle. Cela ne doit pas être un simple bout de papier ».

L’audience s’est déroulée en visioconférence avec le tribunal administratif de La Réunion

L’avocat de la préfecture a, quant à lui, insisté sur le fait que « Toutes les personnes concernées par l’arrêté de démolition du 12 mai ont bien fait l’objet d’une proposition de relogement ».

La décision de la juge des référés, Anne Khater, concernant la légalité du décasage à Hamouro sera rendue le 21 juillet prochain.

B.J.

Partagez l'article :

spot_imgspot_img

Les plus lus

Publications Similaires
SIMILAIRES

Fortes pluies et inondations : la population subit toujours sans réelle politique publique

Ce mercredi 11 mars, de fortes pluies ont transformé rues et quartiers de Mayotte en torrents d’eau, paralysant routes, habitations et écoles. Si les habitants ont été pris de court, l’événement révèle surtout l'absence de prévention et l’insuffisance des infrastructures, déjà fragilisées face aux risques climatiques et à l’urbanisation croissante.

« Discord Etudiants Mahorais », la solidarité étudiante qui dépasse les frontières

À travers un serveur Discord, l’association aide les étudiants de Mayotte à s’installer, réussir et se créer un réseau professionnel, qu’ils soient en France, à la Réunion, au Canada ou ailleurs dans le monde.

L’association Le Regard du Cœur, véritable refuge et famille pour la jeunesse

À Longoni, l’association Le Regard du Cœur accompagne depuis plusieurs années les jeunes du village et des alentours à travers des activités éducatives, sportives et culturelles. Un lieu d’échange et de partage où chacun peut apprendre, s’exprimer et grandir aux côtés des autres.