Le hip-hop, une démarche autant politique que culturelle

Avec Assez, vous allez voir le hip-hop autrement. La 9e édition du festival Hip Hop Évolution se déroule cette année du 24 février au 4 mars. Plusieurs spectacles seront proposés avec toujours autant de surprises et d’originalité. De nombreux artistes seront de la danse avec leur troupe, à l’instar de Hupissy France-Tanzanie-Comores, ou encore Shilindro.

C’est devenu une institution maintenant à Mayotte, le festival Hip Hop Évolution réunit chaque année différents artistes, danseurs, comédiens, musiciens, acrobates dans le but d’émerveiller petits et grands par leurs prestations mais aussi de proposer à travers la danse hip-hop une réflexion sur notre société actuelle.

La place de la femme comme source d’inspiration

Assane Mohamed, plus connu sous son surnom « Assez », est chorégraphe de métier. Il utilise la danse et le spectacle comme « moyen de questionner socialement et politiquement la société », raconte-t-il. Pour cela il a eu le projet de fonder Hupissy France-Tanzanie-Comores comme un laboratoire de la création artistique. « Il s’agit d’amener les danseurs à se questionner afin qu’ils trouvent une véritable identité artistique et ne pas se laisser noyer dans l’exotisme qui devient un piège, à travers notamment la caricature. Pour cela j’essaie de pousser chacun dans ses spécialités pour aller plus loin dans la performance », explique-t-il.

Les danseurs de la troupe Hupissy France-Tanzanie-Comores

Pour lui, qui à découvert le hip-hop par hasard, ce fut un véritable déclic. « J’ai commencé le hip-hop en 2000-2001. Au début cela ne m’intéressait pas du tout. J’étais plutôt dans les bibliothèques à lire des livres comme Harry Potter, sourit-il. J’étais celui qui aimait le savoir littéraire ». C’est lors d’une soirée à laquelle il se rend sans trop savoir à quoi s’attendre qu’il découvre « ses potes en train de danser. J’ai trouvé cela fascinant de voir la réaction des gens face au langage des gestes du corps. C’est à ce moment-là que j’ai voulu apprendre ».

Chemin faisant, il se passionne donc pour cette discipline et devient danseur-chorégraphe. Et c’est l’année dernière, alors qu’il se rend à un festival en Tanzanie, qu’il rencontre d’autres danseurs et que naît le projet Hupissy France-Tanzanie-Comores, composé de six danseuses et danseurs de France, de Tanzanie et des Comores. « Le but de ce projet est aussi de casser l’égocentrisme que chacun de nous a en soi, poursuit Assane. Par ailleurs, la question de la place de la femme est essentielle. Dans la plupart des sociétés elle a un rôle inférieur à celui de l’homme. A Mayotte par exemple, les parents donnent un avis sur l’habillement des jeunes filles quand elles rentrent chez elle et quand elles sont au collège ou au lycée se sont d’autres codes sur l’habillement qui s’imposent à elles. La femme doit pouvoir décider de dire : je veux être comme ça ! Nous sommes nourris par notre propre expérience mais il est aussi primordial de questionner les autres et de s’enrichir de leur expérience », complète-t-il.

Son spectacle, gratuit, sera ainsi présenté vendredi 24 février, à partir de 18h30, lors de la soirée d’ouverture du festival Hip Hop Évolution dans le hall du collège d’Iloni.

La danse hip-hop comme moyen de rassembler les générations

15 jeunes de Mayotte issus des options théâtre du lycée de Sada et des ateliers « Communes en danse » donneront un spectacle

Massondi Saïd-Ali est également danseur-chorégraphe, il a mis en scène un spectacle intitulé Shilindro. « Cela signifie sena, explique-t-il. C’est un lieu de réunion, de retrouvailles ou l’on se regroupe. C’est là également où l’on peut être conseillé. A travers mon spectacle c’est aussi l’occasion de lancer un coup de gueule contre le manque de mélange et de mixité entres les générations. L’objectif est de montrer une autre conception du sena. Je pense que les grands ont besoin des plus jeunes et vice-versa. Il faut ainsi lui redonner du sens ».

Massondi a découvert le hip-hop à l’âge de 11 ans. « J’étais nul au foot…raconte-t-il. J’ai vu des gens qui dansaient à côté de chez moi, j’ai su très tôt que je voulais faire ça ». Son combat à lui est de mélanger l’énergie de la danse traditionnelle avec celle du hip-hop, « qui vient du sol, insiste-t-il. Il s’agit de créer une véritable identité du hip-hop mahorais, qu’il ait une particularité. En voyant danser, les gens doivent reconnaitre le style mahorais et identifier ainsi son originalité ».

Aussi, quand on évoque avec lui la présence de la discipline du hip-hop au JO de 2024 à Paris, il est un peu dubitatif. « Tant mieux pour ceux que cela intéresse, mais je ne suis pas là-dedans. Je suis plus dans la culture, la tradition. Je pense que cela peut casser les valeurs de la danse. On va créer des machines pour faire de la compétition. Il n’y aura pratiquement que de la technique sans originalité afin de répondre à des critères de performance pour plaire à un jury. Les danseurs vont simplement faire ce qu’on leur demande », déplore-t-il.

Son projet à lui cadre plus avec l’idée de faire découvrir, aux jeunes qui aiment danser, le monde du spectacle et « la découverte de l’univers artistique. Comme danser face à un public ou encore comment se tenir sur scène », explique Massondi. Aussi, son spectacle en collaboration avec Karima Khelifi, Faouz Rayaha Mahamoud et Nidhoimi Stoubou, regroupera ainsi une quinzaine de jeunes âgés de 12 à 17 ans dans lequel ils exprimeront toute leur sensibilité artistique. Il aura lieu le samedi 25 février à partir de 19 heures (payant) lors de la soirée avec entracte dinatoire, également dans le hall du collège d’Iloni.

De gauche à droite, Assane Mohamed et Massondi Saïd-Ali

Une nouvelle fois, le festival Hip Hop Évolution à travers la diversité des animations proposées sera l’occasion pour le public de découvrir des spectacles originaux et inédits, le tout dans une expérimentation artistique collective.

B.J.

Vous pouvez retrouver toutes les informations sur la page Facebook d’Hip Hop Évolution ou au 06.39. 69. 12. 10

Pour acheter vos places en ligne, cliquer ici.

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