Quand la pluie ruisselle, les déchets s’amoncellent

La mairie de Mamoudzou a organisé mardi 3 janvier une réunion afin de préparer la journée de collecte de déchets de samedi prochain. Cette démarche s’inscrit dans la droite ligne des conséquences des averses torrentielles de jeudi dernier à Kawéni ayant charrié les immondices des hauteurs du village.

La saison des pluies en appelle une autre, plus insidieuse, celle du ruissellement des déchets et de la boue depuis les hauteurs escarpées jusqu’en aval. La forte averse de jeudi dernier ayant touché Kawéni résonne encore tel un prélude de ce qui s’annonce au cours des prochains mois : des torrents d’eau drainant des tombereaux de déchets et des quantités de boue incommensurables vers le lagon.

La boue, ennemi du lagon

Le couperet de la pollution et de l’envasement frappe tel un métronome à un rythme régulier à chaque saison des pluies. Pourtant, il arrive encore à surprendre. « Nous allions organiser une grosse journée nettoyage dans les hauteurs. C’était prévu avant mais la pluie de [jeudi] nous a pris de court », concède Ambdilwahedou Soumaila, maire de Mamoudzou.

L’innovation au service d’un chantier titanesque

Certes, si depuis tout a été nettoyé promptement après l’averse, cette dernière en frappant subitement a suscité la sidération des observateurs présents sur place. Néanmoins, le premier édile de Mamoudzou entend prendre à bras le corps cette problématique de la collecte des déchets. « Au vue de la situation sur le terrain, il faut déployer tous les moyens, toutes les innovations possibles et imaginables pour nous permettre d’arrêter tout ce flux de détritus », souligne-t-il.

Réunion organisée à la MJC de Kaweni mardi 3 janvier

Aussi, mardi 3 janvier à 16h, la ville de Mamoudzou, la Communauté de Communes d’Agglomération Dembéni Mamoudzou (CADEMA), les associations de Kaweni, ont donné rendez-vous aux habitants du village afin de participer à une opération de nettoyage des quartiers de Mahabourini et Mangatélé, samedi prochain. En amont de la rencontre, le maire est revenu sur l’enjeu de cette rencontre « définir des zones à nettoyer afin de ne plus nous retrouver dans la situation de jeudi [dernier] », insistant sur le fait que « c’est ce que l’on veut à tout prix éviter ». Contacté par téléphone concernant les dispositifs mis en place par la CADEMA pour collecter les déchets dans les endroits difficiles d’accès, notamment en cette saison des pluies, le président de l’intercommunalité, Rachadi Saindou n’a pas souhaité faire de commentaire.

Signature de la convention entre la ville de Mamoudzou et Citeo en octobre dernier

Une fin de non-recevoir qui n’enlève en rien le caractère herculéen de la collecte des déchets au regard des chiffres mis en évidence par le rapport du Sénat, en décembre dernier, concernant les déchets dans les outre-mer. A Mamoudzou, 41 % de la population n’est pas desservie par la collecte en raison des quartiers informels. Certes si pour le maire du chef-lieu « le premier enjeu serait d’enlever tous les bidonvilles, c’est un projet d’avenir, on y travaille », à court terme pour pallier cette situation, il rappelle néanmoins qu’en octobre dernier une convention avec CITEO a été signée afin de bénéficier, entre autres, « de 500 000 euros de subvention qui va nous permettre de faire de l’acquisition de moyens matériels ». « On a lancé la procédure d’acquisition », fait-il savoir.

La collecte des déchets appelle une autre problématique, celle de leur valorisation

La verbalisation quand la prévention ne suffit plus

En complément des moyens matériels, « nous allons déployer de gros moyens avec les associations, avec nos partenaires, avec l’éducation nationale afin de réaliser un travail de sensibilisation avec les jeunes, très tôt », informe-t-il. Mais que faire lorsque la sensibilisation et la prévention se révèlent insuffisantes ? « Nous sommes en train de former nos agents de lutte contre l’incivilité », a affirmé Ambdilwahedou Soumaila. Il poursuit : « ils vont être affectés pour commencer aussi à mettre des amendes. Il faut y arriver parce que parfois les gens ne respectent pas ». S’y ajoutera également la vidéo-verbalisation car « il y a aussi des entreprises qui jettent leurs déchets en domaine public, impunément. Il faut que les caméras puissent aussi les verbaliser ». Mais la collecte des déchets ne semble s’atteler qu’à la face émergée de l’iceberg dans la mesure où, à Mayotte, 98% des déchets ménagers non traités finissent leur vie à l’Installation de Stockage des Déchets Non Dangereux (ISDND) de Dzoumogné. Un terminus de la ligne de vie du produit bien engorgé.

Pierre Mouysset

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