Alors que les soldats du feu luttent tant bien que mal en métropole contre les feux ravageurs, à Mayotte, la saison sèche accroît incontestablement le risque d’incendie. Le colonel hors-classe Olivier Neis, directeur du Service Départemental d'Incendie et de Secours (SDIS), apporte un éclairage sur l’organisation des interventions et les difficultés rencontrées.

En cette période de saison sèche, le SDIS de Mayotte sur le qui-vive

Alors que les soldats du feu luttent tant bien que mal en métropole contre les feux ravageurs, à Mayotte, la saison sèche accroît incontestablement le risque d’incendie. Le colonel hors-classe Olivier Neis, directeur du Service Départemental d'Incendie et de Secours (SDIS), apporte un éclairage sur l’organisation des interventions et les difficultés rencontrées.

Si l’installation progressive de la période sèche accroît la probabilité d’incendie, « on entre dans la phase de risque » rappelle le colonel hors-classe Olivier Neis, il entend toutefois faire part des différences avec les situations connues en métropole : « le risque de feu de forêt n’est pas tout à fait une réalité, nous avons davantage une problématique de feu de brousse ».

Absence de pistes et manque d’eau

Le bâtiment du SDIS au centre Kinga

Malgré cette spécificité, « l’ensemble des sapeurs-pompiers est formé à la lutte contre le feu en forêt », poursuit le colonel. Le matériel motorisé dont disposent les soldats du feu est « équipé en quatre roues motrices et peut évoluer à peu près sur tous les terrains », renseigne Olivier Neis. Un avantage indéniable dans la mesure où à Mayotte « il n’y a pas de moyen aérien ». Est-ce à dire que tous les véhicules peuvent s’enfoncer profondément dans la forêt ou atteindre les points culminants de l’île ? Alors que « les massifs forestiers sont peu équipés en piste d’accès ce qui ralentit la progression, reconnaît le colonel, l’avantage des pompiers c’est de s’adapter, être caméléon ». S’ajoute à cette difficulté une autre d’envergure : l’accès à l’eau.

S’adapter quelques soient les circonstances

Malgré ces obstacles, les équipes sur le terrain sont en mesure de tirer des tuyaux au-delà de la norme technique des 120 mètres. On parle alors « d’établissements complexes » et les tuyaux sont tirés sur « 700 mètres, voire 1 kilomètre ». La pression dans les lances est maintenue grâce à des pompes motorisées. Des gilets d’une contenance de 20 litres équipent aussi les soldats du feu pour atteindre des endroits difficiles d’accès et ainsi pouvoir intervenir sans pour autant déployer un dispositif renforcé. En outre, le SDIS est en mesure de pouvoir constituer un point artificiel, à partir duquel les autres véhicules peuvent se ravitailler, grâce à un camion équipé d’une piscine de 10 000 litres.

Un dispositif d’intervention rôdé

Un exemple opérationnel valant mieux qu’un long descriptif, « en admettant qu’il y ait un feu dans les environs de Kani-Kéli, un engin viendra sur place depuis Passi-Kéli et deux autres depuis Chirongui ». Un officier sera également détaché sur place « pour reconnaître le sinistre », explique le colonel ; l’objectif étant de savoir si le feu peut être maîtrisé sans l’envoi de renforts supplémentaires. « Le matériel est récent, le parc des véhicules est en parfait état et les équipes sont compétentes », constate Olivier Neis avant d’ajouter, « deux nouveaux engins vont arriver en mars 2023. Des CCF 600 qui ont la possibilité de dégonfler automatiquement leurs pneus afin d’avoir une meilleure prise sur le sable. La capacité de leur citerne est de 6000 litres contre 4000 pour nos engins d’intervention actuelle».

Si le SDIS du 101e département va s’équiper de ces véhicules d’élite, c’est en raison de la nécessité d’être

Photo d’illustration d’un feu de végétation

autosuffisant dans la lutte contre le feu et de parer à toute éventualité. « La règle des 3 fois 30 quand elle est atteinte, c’est un cocktail explosif », prévient le colonel. « A partir du moment où vous avez plus de 30 degrés Celsius, des vents supérieurs à 30 km par heure et un taux d’humidité inférieur à 30 %, la situation devient incontrôlable », concède-t-il avant d’ajouter, « à ce niveau, un mégot de cigarette incandescent c’est déjà trop pour qu’un incendie se déclenche, une étincelle d’une plaquette de frein suffit ».

Le bon sens comme premier rempart aux incendies

A Mayotte, la conjonction de ces trois seuils reste un horizon difficilement atteignable. Mais la vigilance reste toujours de mise et elle est de la responsabilité de chacun. « C’est une question de bon sens, le mégot ce n’est pas par la fenêtre et si on voit un départ de feu, on appelle le 18 » insiste Olivier Neis avant de conclure « que toute l’année, par arrêté préfectoral, tout feu est interdit à Mayotte ».

Pierre Mouysset

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