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vendredi 23 février 2024
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L’éducation aux médias en plein essor dans les classes de Mayotte

Une classe "médias" parrainée par Géniale Attoumani et des étudiants de l'ESJ Lille, une future prépa journalisme, et de nombreuses initiatives en collège et lycée. L'éducation aux médias est devenu un axe fort du rectorat, et une priorité sur un territoire sans presse imprimée et où les réseaux sociaux sont une grosse -et délicate- source d'information.

En tablée d’une demi-douzaine d’élèves, encadrés par deux enseignants passionnés par les médias au sens large, la classe « médias » visitée par le recteur Gilles Halbout est une classe d’excellence qui ne dit pas son nom. Ici, au collège de Chiconi, la plupart des élèves interrogés disent se destiner au journalisme ou aux métiers de l’information en général.

C’est notamment le cas de Jessica, élève du « club » presse qui a ensuite rejoint cette classe. Elle se dit « curieuse » et voudrait  » continuer dans le journalisme ». Il est pour elle crucial quand on voit une information de « vérifier les informations, voir quand ça a été mis, d’où ça vient… Faire du journalisme permet de divulguer des informations vraies ».

Distinguer le vrai du faux, c’était d’ailleurs un des axes du cours de ce vendredi matin, lors duquel les élèves étaient invités à regarder des enquêtes de magazines télé portant sur les achats de « likes » ou de commentaires, lesquels auraient concerné jusqu’à près de 60% des likes sur les réseaux sociaux des cinq principaux candidats à la dernière présidentielle. Un autre documentaire portait sur les « trolls », ces internautes malveillants qui, cachés derrière de fausses identités, commentent à tout va dans le seul but d’agacer et de susciter des réactions, souvent en racontant n’importe quoi. Parfois pour s’amuser, mais avec parfois une volonté politique sous-jacente. Plusieurs pays financent en effet des « usines à trolls » où les gens sont payés à polluer les réseaux sociaux. Des informations cruciales pour de futurs journalistes, qui seront immanquablement tentés de se renseigner sur Facebook par exemple, où le vrai et le faux s’entremêlent et où l’esprit critique est essentiel pour s’y retrouver.

Son camarade Dylan est lui aussi attiré par « un métier que j’apprécie beaucoup ». Dans la classe il se réjouit d’apprendre « comment être journaliste, quelles sont les règles du métier ». Il espère aussi pouvoir « lutter » contre le cyberharcèlement « jusqu’à l’effacer totalement ». Le harcèlement qui a fait l’objet de plusieurs clips de sensibilisation présentés aux élèves. Pente glissante du « trolling », le harcèlement est puni par la loi, ont rappelé les enseignants. Le suicide récent d’une jeune Espagnole rappelle cruellement à quel point ce genre de pratiques est dangereux.

Trolls, achats de like, Internet est plein de pièges que ces jeunes apprennent à décrypter

Tania, elle aussi inscrite dans la « cordée de la réussite journalisme » était elle aussi « attirée par l’idée de faire journaliste » et voulait « découvrir » ce métier. Les ateliers lui ont « appris la prise de note, ce qui sera utile au lycée » mais aussi la technique, « caméras, enregistrement, ça me plaît beaucoup, car j’aimerais interviewer plein de personnes partout dans le monde ». Une formation utile aussi face au harcèlement, « on sait comment réagir » salue-t-elle. « Un vrai journaliste pour moi, c’est une personne curieuse qui va faire beaucoup de recherche, vérifier ses sources, et être sur de ses informations ». Pour faire la part des choses sur Internet, la jeune fille de 14 ans conseille de se tourner vers des sites professionnels. « Le blogueur dit des informations sans sources, alors qu’un journaliste on peut davantage le croire. Il existe beaucoup de sites, ou on peut faire ses recherches nous-même. »

Aucun doute, pour ces élèves l’esprit critique et la vérification des faits sont déjà une seconde nature. De quoi les conforter dans leur projet professionne.

« Ces élèves auront normalement la possibilité de poursuivre leurs études au lycée de Sada en classe média, et nous sommes en lien avec l’école supérieur de journalisme de Lille puisque ces élèves sont parrainés par des élèves de cette école » indique Gilles halbout.

Mais pour le rectorat, pas question de s’en tenir à une seule classe. Si la clase média de Chiconi est une première, elle « commence à faire des petits puisque nous avons pour projet de la déployer dans d’autres collèges, notamment pour la prochaine rentrée à Chirongui et Bouéni. On voudrait développer ce type de dispositifs dans le plus grand nombre de collèges possible, en tablant sur une demi douzaine à la prochaine rentrée ».

Une classe à part entière, où le journalisme est distillé dans toutes les matières

L’objectif affiché étant de former les journalistes de demain, ou au moins de proposer des formations à ceux qui le souhaitent. « L’idée, poursuit le recteur, c’est que les élèves s’inscrivent dans le cadre d’une cordée, il faut derrière une possibilité de poursuite d’études au lycée, mais aussi se projeter dans un certain nombre de métiers. Notre idée en parallèle, c’est de travailler à déployer sur le territoire des formations supérieures, ça peut être une école de journalisme ou une antenne d’école de journalisme pour créer des formations diplômantes sur le territoire. Sur un territoire en fort développement, on aura besoin de formations dans tous les domaines ».

Et puisque l’éducation aux médias ne concerne pas, loin s’en faut, que les potentiels futurs journalistes, des cours ont vocation à être dispensés à tous les élèves de l’île, pour apprendre à mieux  consommer l’information, et combattre les rumeurs qui peuvent finir en échauffourées.

« Notre volonté affichée est aussi de déployer dans l’ensemble des établissement des cours s d’éducation aux médias pour les sensibiliser sur les choses nouvelles, le cyber harcèlement, et développer chez eux l’esprit critique, l’esprit d’ouverture, et le recul sur ce qu’ils voient sur les médias. Nous avons vu des violences entre jeunes liées à des questions de revanche, des guerres entre villages, et derrière nous voyons des effets boule de neige sur les réseaux sociaux. C’est donc aussi une manière de travailler sur le vivre ensemble et sur ces violences médiatiques qui peuvent déboucher sur des violences physiques. »

Ce bond en avant du rectorat dans la formation aux médias va nécessiter un autre chantier : la formation des enseignants.

Impossible de recevoir le recteur sans en profiter pour l’interviewer

« De notre point de vue, reprend le recteur, c’était notre volonté première de développer des formations aux médias et de donner à toutes les équipes pédagogiques les moyens d’éduquer les jeunes aux médias. Evidemment, pour éduquer nos jeunes aux médias, il faut que nous formions les enseignants. Dans le cadre de notre plan académique de formation, nous avons l’ambition de former un maximum de collègues » assure-t-il.

Et si les jeunes bénéficiaires de ces classes médias ou ateliers dédiés au journalisme ne deviendront pas tous journalistes, mieux comprendre ce métier, et savoir appréhender l’information, la vérifier et prendre du recul sur ce qui se lit çà et là, ne peut faire d’eux que des citoyens plus éclairés et avisés.

Y.D.

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