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mercredi 17 avril 2024
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Le boom de l’apprentissage gagne aussi Mayotte

Il semble loin le temps où le CFA partait à la pêche aux entreprises. Bénéficiant d’aides au recrutement depuis l’année dernière, et notamment de la prime Macron, c’est tout naturellement que cette voie de l'apprentissage, enfin vue comme celle de « l’excellence », s’ancre dans un paysage mahorais en pleine expansion.

Constatant qu’en Allemagne (6% de chômage) l’apprentissage est le mode d’accès normal à certaines professions, une voie suivie par 16% des jeunes de moins de 24 ans en 2010 contre 5% cette année là en France (8 à 9% de chômage), notre pays a cherché à rattraper son retard. La réforme de 2018 libéralise l’apprentissage à la fois sur les conditions d’entrée et sur l’offre de formation, et la prime Macron d’incitation à l’embauche alloue aux PME une aide de 5.000 euros pour un mineur, 8.000 pour un majeur lors de la 1ère année de contrat. Ils perçoivent de 316 à 621 euros par mois la 1ère année, et de 645 à 915 euros la 3ème année. Résultat, sur l’ensemble du pays, 495.000 contrats d’apprentissage ont été signés en 2020, soit une hausse de 40% par rapport à 2019.

A Mayotte, 386 apprentis ont été formés sur 2020-2021, soit une progression de 15% nous indique le GRETA CFA de Mayotte, groupement des établissements lycées et collèges publics de l’académie, sis au lycée polyvalent de Kawéni. Huit lycées accueillent des Unités de Formation par l’Apprentissage (UFA) qui préparent l’un des 30 diplômes proposés dans le cadre d’un contrat d’apprentissage.

Pour Hanifa, sa voie est toute tracée, initiée par le CAP Vente

Un point d’étape de fin d’année était fait ce mercredi au lycée polyvalent, par le recteur Gilles Halbout, le Secrétaire général adjoint de la préfecture de Mayotte Jérôme Millet et en présence des chefs d’entreprises Charles-Henri Mandallaz, président de l’UMIH (Union des métiers et des industries de l’hôtellerie), et de Marcel Rinaldi, président du CMEM (Collectif du Monde Economique de Mayotte). Elles sont 150 entreprises à avoir recruté des apprentis, avec un « Top 10 » : Sodifram, Durandal, Colas, la DEAL, la Maison des Livres, UPS, BDM, Sogea, Boulangerie Anfiat et Bureau Vallée.

Cette voie de réussite, Marcel Rinaldi s’en est fait un porte drapeau, et pas seulement depuis la mise en place de la prime Macron, nous relate-t-il : « Je recrute rarement par le haut, je préfère la promotion interne avec des équipes solides. 40% de mon personnel du groupe 3M est issu de l’apprentissage. C’est certain qu’il faut baisser son niveau d’exigence au départ lors de la formation, mais au bout du compte, ce sont des jeunes qui connaissent parfaitement notre fonctionnement. Ma première apprentie de 2013 a d’ailleurs pris la tête de mon enseigne Madora à Jumbo. »

« Les jeunes sont comme une éponge »

Les élèves de 1ère année de CAP regroupés pour l’occasion dans la salle de restauration du lycée, sont quelque peu intimidés. Mais l’un d’entre eux, en stage à Sodifram, tient à rapporter sa démarche, « le scolaire ne me convenait pas trop. Je voulais être en activité pour m’évaluer et savoir quoi faire plus tard. Je vais essayer d’aller jusqu’en BTS ». Une autre Hanifa, a commencé par tester le CAP Petite enfance en sortant du collège, mais s’aperçoit qu’elle est faite pour la vente, « en fait, j’ai toujours aimé ça, nous rapporte-t-elle, quand ma mère tenait son brochetti, j’aimais bien l’aider. » Son patron de la papeterie Alizée, au rond-point SFR, projette éventuellement de la recruter, « une fois que j’aurai vu ce que donne le Bac Pro et pourquoi pas le BTS. »

Marcel Rinaldy : « 40% de mon personnel est issu de l’apprentissage »

Un parcours détaillé par Véronique Thiebault, professeur de vente : « Désormais, les élèves peuvent commencer un CAP au lycée hôtelier de Kawéni, poursuivre par un Bac Pro Commerce au lycée des Lumières et conclure par un BTS à Sada ».

Pour Charles-Henri Mandallaz, l’apprentissage est particulièrement adapté à certains profils : « Les jeunes sont comme une éponge, il suffit de les intéresser, d’avoir confiance en eux. Les retours sont positifs à 90%. » Ce ne fut pas toujours le cas par le passé où des chefs d’entreprise se désespéraient qui du comportement, qui de la régularité de leurs stagiaires. Pour parvenir à un apprentissage réussi, des préalables doivent être remplis.

Des maitre d’apprentissage formés au sein des entreprises, tout d’abord, pour enseigner correctement aux jeunes. « Nous formons une partie de nos formateurs », relate Marcel Rinaldy. Une tâche plus aisée pour les grosses entreprises, comme nous le fait remarquer Jacky Mongodin, Responsable de l’apprentissage au GRETA-CFA : « Tous les formateurs n’entrent pas dans le cadre de la détention d’un niveau de diplôme équivalent et de 5 ans d’ancienneté, surtout dans les petites entreprises. C’est pourquoi la Chambre des Métiers et la Chambre de commerce proposent des formations de Maître d’apprentissage. Et nous accompagnons les entreprises dans cette structuration quand nous suivons nos jeunes. »

Jérôme Millet (à droite) : « Vous allez vivre une décennie de fort développement »

« Le nombre de salariés du secteur privé dépasse celui du secteur public »

Le suivi, c’est l’autre pierre à l’édifice, à entendre Marcel Rinaldy, « le système éducatif doit être plus intrusif. Quand nous fonctionnons avec des centres de formation privés sur les contrats professionnels, un professeur assure le suivi une fois par mois. Visiter les élèves, ça permet de prévenir des situations de détresse. » Que développe encore Charles-Henry Mandallaz, « il faut plus de liant entre la partie scolaire et les formateurs. Ça permet aux seconds de faire remonter aux premiers les perspectives d’embauche ou non dans la filière. »

Des doléances entendues par le recteur et le proviseur du lycée Dominique Bachelot, « nous avons prévus d’étendre les horaires pour les professeurs concernés afin qu’ils se rendent plus souvent sur place. »

Une machine qui se rode mais dont la performance s’accroit d’année en année au lycée polyvalent de Kawéni. Dans un contexte porteur à entendre les acteurs institutionnels, notamment Jérôme Millet qui s’adressait aux jeunes CAP : « Vous allez vivre une décennie de fort développement. Le nombre de salariés du secteur privé a dépassé celui du secteur public, ne vous limitez pas dans vos ambitions. Dans 10 ans, vous serez peut-être à la tête d’une entreprise. Vous avez choisi une voie d’excellence ». La vision de l’apprentissage change, et les aides gouvernementales n’y sont pas pour rien. « Vous êtes prés de 400 apprentis sur Mayotte, contre à peine 100 il y a 5 ans, relevait Gilles Halbout, on espère qu’il y en aura 500 à la rentrée prochaine, en comptant toutes le filières. »

Les élèves de 1ère année de CAP Vente avec leur professeur Véronique Thiebault

Fidèle à sa foi dans la transmission, le recteur invitait à « développer un esprit d’école » pour « créer l’émulation » : « A votre tour plus tard, lorsque vous serez des cadres intermédiaires, il faudra recruter des apprentis, vous êtes des ambassadeurs de cette formation. »

Pour Charles-Henri Mandallaz, que le jeune termine avec un CAP ou un BTS, l’essentiel c’est la qualité du travail fourni : « Beaucoup de meilleurs ouvriers de France ont un CAP. Ce n’est pas le niveau de l’examen qui fait la qualité du futur employé ».

Anne Perzo-Lafond

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