CARNET DE JUSTICE DU JDM. Aucun doute à avoir : entre 2011 et 2013, le fameux «sentiment d’insécurité» à Mayotte a été largement alimenté par les 6 prévenus impliqués dans les multiples affaires de vols, tentatives de vol et violences qui étaient jugées ce mercredi matin au tribunal correctionnel. A lui seul, Djassiri Maanrouf, le principal individu mis en cause, était poursuivi pour… 24 faits. Les cinq autres faisaient partis de son équipe «à tiroir» : on leur reprochait d’avoir participé à certains de ces vols aggravés, entre un à cinq.

Salle d'audience code pénal sur le bureau du présidentIls se sont connus en prison et affirment s’être ensuite retrouvés, une fois libérés, «par hasard». Leurs agissements, eux, n’avaient pourtant rien de fortuit. Tout commence le 23 mai 2011. Djassiri Maanrouf est à peine sorti de prison. A Chiconi, il tente de voler une Peugeot 306. Trois jours plus tard, à Tsingoni, il dérobe des cigarettes et des boissons. Ce sera ensuite, le vol d’une Citroën ZX, de plusieurs Renault Clio, Scénic, Nissan Almera, d’autres 306, du matériel multimédia, de l’argent, des téléphones portables… Deux années des méfaits commis dans une liste de communes presque aussi longue que celle de tout Mayotte. Seule Petite Terre semble épargnée.

L’équipe est parfois armée. Elle est parfois violente. Le 28 avril 2012 à 1h50 par exemple, l’équipe saisit un homme violemment pour l’expulser de sa voiture à Bandrélé. Moins d’une demi-heure après, à Tsingoni, à bord du véhicule volé, ils croisent un couple qui change un pneu crevé sur le bord de la route. Les malfrats s’arrêtent, frappent l’homme avec un bambou et menacent de leur foncer dessus avec leur voiture. Le couple s’enfuit en laissant aux voleurs téléphones et argent.

Des traces génétiques incontestables

Djassiri Maanrouf a reconnu 17 faits sur les 24 qui lui sont imputés. Il n’a pas vraiment le choix : son ADN est retrouvé sur les scènes de crime, sur des mégots de cigarettes, des gants ou des vêtements laissés sur place ou sur les fils électriques des voitures volées. Pour les 7 autres, il nie les faits. Il est pourtant mis en cause par les victimes qui le reconnaissent formellement.

Salle d'audience du TGI de MamoudzouIl est arrivé au tribunal menotté et bien encadré par les forces de l’ordre : il purge actuellement une peine de 13 ans de prison. L’an dernier, il a été condamné par la cours d’assise pour un viol commis sous la menace d’une arme. Il n’est pas libérable avant 2027.

Des passés judiciaires parfois lourds

Des cinq autres individus poursuivis, un seul est présent à la barre. Depuis ces vols, il a été condamné à 8 ans de prison qu’il finit de purger pour vol et agression sexuelle en 2013. Lui, est impliqué dans 5 faits qu’il nie. Là encore, les victimes le désignent sans le moindre doute… Et pour cause : il a une allure facilement reconnaissable avec son look «rasta».

Trois autres sont dans la nature dont un qui est placé sous le coup d’un mandat d’arrêt. Le 6e a été reconduit à la frontière.

Pour chacun, la procureure Bouley a repris minutieusement les faits, leur rôle, leur parcours personnel, leur passé judiciaire avec un casier vierge pour certains, mais aussi déjà des années de prison pour vol pour d’autres.

Des peines conformes ou supérieures aux réquisitions

Le verdict tombe après trois quart d’heures de délibéré : Les peines du tribunal sont lourdes. Pour le moins impliqué : 10 mois de prison. Pour les trois autres absents, 2 ans et 3 ans de prison ferme et des mandats d’arrêt décernés contre eux, des peines conformes aux réquisitions.

Pour le complice présent à la barre, le tribunal est allé au-delà des réquisitions de la procureure qui avait demandé 3 ans. Ce sera finalement 4 ans de prison ferme compte tenu de ses antécédents.

Enfin Djassiri Maanrouf est condamné à 8 ans de prison ferme. «Vous avez écumé l’île pendant deux ans et vous êtes au point de rencontre de nombreux faits avec un rôle, sinon de meneur, du moins d’acteur principal sur 24 faits», a justifié le président Bourin.
Les deux individus sont repartis à Majicavo. Reste maintenant aux enquêteurs à mettre la main sur les 3 condamnés contre lesquels des mandats d’arrêts sont lancés.
RR
Le Journal de Mayotte