Le tribunal de Mamoudzou

Les violences intrafamiliales connaissent une légère augmentation sans que cela soit un phénomène très marqué. C’est ce qui ressort des chiffres que s’est procuré le JDM après les événements tragiques qui ont marqué l’actualité.

Le tribunal de Mamoudzou
Le tribunal de Mamoudzou

Ces derniers jours ont été marqués par des événements lourds qui ont comme point commun de s’être déroulés au sein de familles. Dimanche, un homme s’est rendu à la gendarmerie s’accusant d’avoir commis un matricide à Koungou et d’avoir grièvement blessé sa sœur qui tentait de s’interposer. Durant ce même week-end, un adolescent placé aurait commis des violences sexuelles sur une petite fille d’une famille du sud. Si ces faits divers ont déclenché une émotion particulière, le JDM a cherché à savoir s’ils révélaient une montée puissance de violences au sein des familles. Ce n’est pas si sûr.

Lorsqu’on prend de la distance, les chiffres ne permettent pas de dégager une tendance claire pour les années précédentes. Les services de sécurité et la justice ont comptabilisé 42 faits liés à des violences intrafamiliales à Mayotte en 2012, 34 pour l’année 2013 et 47 pour 2014. En revanche, l’année 2015 devrait sortir du lot et établir un record : Sur les 8 premiers mois de l’année, le compteur est déjà à 50 faits de violences dans les familles, plus que l’ensemble de l’année dernière.

Pas de phénomène

La progression existe mais il ne s’agit pas, à l’heure actuelle, d’une explosion du phénomène. A noter que depuis le mois de janvier, ce type de violences est également réparti sur le territoire, 25 à Mamoudzou (zone police) et 25 dans le reste du département, en zone gendarmerie.

Dans une société mahoraise, confrontée à la crise sécuritaire que nous vivons tous au quotidien, les familles apparaissent encore, au regard des chiffres des procédures, comme des espaces relativement épargnées.

«Ce n’est pas toujours un paradis. Il y a de nombreux comportements qui tombent sous le coup de la loi dans les familles, souvent reproduits par des adultes qui y ont été confrontés eux-mêmes plus jeunes. Mais se présenter comme victime pour faire valoir des droits n’est pas toujours facile, c’est vrai dans toutes les familles et particulièrement à Mayotte», préviennent les associations d’aides aux victimes.

Salle TGI Code pénalLa parole se libère, peu à peu, concernant les violences sexuelles. Lentement (probablement trop lentement), les mineurs comme les femmes, victimes d’abus, osent dire les choses.
Quant aux violences traditionnelles, celles qui ont, de tout temps, marquées la société mahoraise, elles sont encore loin d’avoir disparu.

Des violences traditionnelles

Ainsi, deux affaires étaient jugées ce mercredi au tribunal correctionnel de Mamoudzou, concernant des faits de maltraitance de la part d’hommes, père ou beau-père, qui n’avait pas conscience de commettre un délit en frappant très violemment leurs enfants.

«J’ai suivi l’éducation que j’ai reçu de mon père. Jusqu’à aujourd’hui, j’ai la trace de corrections et depuis le jour où il m’a frappé, je n’ai jamais volé, je n’ai jamais dérangé qui que ce soit», a dit le beau-père de deux enfants de 7 et 9 ans à la barre.

Cet homme ne passe pas son temps à maltraiter les enfants. Il dispose de très faibles revenus mais il a pris un abonnement satellite pour que les enfants restent à la maison devant la télévision et il a fait appel à des jeunes qui viennent faire du soutien scolaire avec les petits. Mais, pour lui, les coups font partis des moyens éducatifs et un jour, alors que les enfants jouaient sur des barques de pêcheurs, il est allé plus loin. Au lieu de frapper avec un bâton, comme il faisait d’habitude, il a pris du fil électrique. Un voisin qui remarquera les blessures sur les bras et le dos des petits préviendra la police.

Salle d'audience du TGI de Mamoudzou«Il ne faut pas voler, il ne faut pas abîmer les affaires des autres. Quand quelqu’un est venu se plaindre que les enfants étaient sur les barques, ça m’a fait déborder ma tête», indique l’homme à la barre.

Éduquer, ce n’est pas violenter

Me Journiac, l’avocate des enfants, reconnaît que, dans des dossiers de ce type, la notion de ‘coutume locale’ est souvent invoquée, «dans d’autres circonstances mais pas dans celles-ci, pas pour ce déchaînement de violence».  Dans ce dossier, «on est loin de l’éducatif et c’est différent d’éduquer et de violenter», ajoute la procureur Prampart pour qui frapper les enfants, «c’est leur apprendre un geste de délinquants. «Quand ils seront dans la rue, vous ne croyez pas qu’ils prendront à leur tour des objets pour frapper d’autres personnes s’ils sont mécontents?»

L’homme a été condamné à 60 jours amende à 5 euros, soit 300 euros à régler dans 2 mois. «Vous êtes en train de construire des rapport violents», a expliqué la cour, rappelant le devoir des adultes d’éduquer mais aussi de protéger les enfants.

Pour un autre homme, ce fut en revanche de la prison ferme : 4 mois d’emprisonnement plus 6 autres avec sursis. Il frappait régulièrement son fils dont le corps entier portait des marques lorsque le signalement a été fait par le CHM, des cicatrices anciennes mais aussi des plaies plus récentes. Me Ghaem, l’avocate de l’enfant a également obtenu 2.000 euros de dommages et intérêts.

RR

Le Journal de Mayotte