Le préfet Dominique Sorain et Abdou Dahalani, président du CESEM

La première grosse partie fut consacrée au social, avec un gros focus sur la lutte contre l’immigration clandestine : « Nos gilets jaunes (de surveillance des quartiers, ndlr) qui regroupent pour beaucoup des clandestins, ne constituent-ils pas un terreau propice à la régularisation de masse ? », « Les associations humanitaires recrutent souvent des bénévoles dans le milieu enseignant véhiculent des messages dangereux de nature à contrarier la paix sociale », « la construction d’habitat de fortune se multiplie sur les terrains appartenant à l’Etat ou au département, comment les stoppez-vous ? », etc.

Après un bref bilan sécurité du Plan Avenir pour Mayotte, qu’il invite à consulter sur le site Transparence, ce fut l’occasion pour le préfet de revenir sur la Lutte contre l’immigration clandestine, « nous avons effectué 450 reconduites la semaine dernière, et un navire est parti tout à l’heure avec 80 personnes, des actions permises par les 300 policiers de la PAF », mais aussi par tout le dispositif GELIC, « qui lutte contre tout l’’écosystème d’immigration clandestine. Comme ce chantier mahorais qui faisait travailler 3 mineurs comoriens. J’ai entendu parler de générosité et de compassion… »

La destruction de l’habitat illégal, « notamment par l’utilisation expérimentale de drone à Iloni », et accentuée par les pouvoirs supplémentaires donnés au préfet par la loi ELAN, boucle ce dispositif « de lutte à terre, en mer, contre les filières économiques, qui va finir pas saper ce qui soutient l’immigration clandestine. »

L’importance de la liberté d’expression

Un exercice annuel avec le préfet, particulièrement prisé des membres du CESEM

En dehors de celles qui seraient relogées, le déplacement des personnes expulsées de leur habitat vers d’autres zones, peut être canalisé selon lui, « si toutes les collectivités s’y mettent. Et ceux qui sont en situation irrégulière sont expulsables. »

Les gilets jaunes ont toute latitude de se créer en association, rappelait-il, « mais n’ont pas pour vocation à se substituer à la police ou à la gendarmerie. Ils font de la prévention. Certains, en situation irrégulière, ont été expulsés. Je tiens à répéter qu’il n’existe pas de régularisation massive, nous régularisons seulement les parents d’enfants français. »

Quant aux associations que certains appellent « droit-de-l’hommiste », le préfet ne pouvait faire aucun commentaire, « il y a des associations dont l’objectif est de défendre les immigrés, ça fait partie de la liberté d’expression. »

En matière économique, des évolutions sont à attendre. Notamment sur les plans d’investissements structurels, comme le Contrat de Projets Etat-Région (CPER). L’actuel court jusqu’en 2020, « mais certaines mesures du Plan avenir pour Mayotte vont jusqu’en 2022. Nous le prolongeons donc en le nommant ‘Plan de convergence’ ».

« Nous manquons d’ingénierie »

Dominique Sorain : “Le CUFR va être agrandi”

Interrogé sur l’état d’avancement de la plateforme d’ingénierie, sur laquelle nous l’avions interviewé en juin dernier, le préfet reconnaissait ses difficultés, « nous manquons comme les collectivités, d’ingénierie, il nous faut des cadres supplémentaires. » Ce qui peut aussi se traduire par l’interpellation de Dani Salim, Maraîcher, ex-président de la CAPAM, « sur le pôle d’excellence rurale, il faut que vos services nous écoutent, nous avons un savoir-faire à apporter. »

D’autres manques devraient être comblés dans l’année à venir. Du côté du Fonds de développement social, censé compléter les prises en charge de la CAF et permettre de créer crèches et maisons de personnes âgées, « il sera activé courant 2019 ». Du côté de la « Cellule économique », qui permettrait de travailler avec le Haut conseil de la commande publique, et ainsi d’avoir une visibilité des travaux à entreprendre (écoles, stations d’épuration, routes), sur les années à venir, « la réflexion sera lancée début 2019 ».

Extension du CUFR

Tout en argumentant abondamment sur l’ensemble des sujets, Dominique Sorain aura beaucoup ouvert son calepin pour noter ça et là des doléances, notamment sur le couvert forestier des 4 grands massifs forestier qui part en fumée, sous le regard du maigre effectif des 4 agents de l’Office national des Forêts, « il faut se donner les moyens de sanctionner », soulignait Attoumani Harouna, 1er VP du Comité du Tourisme. Si le préfet en convenait, il appelait les collectivités à agir, « l’Intercommunalité du sud va habiliter des agents. »

Les capacités du Centre universitaires étaient questionnées par une élue du CESEM, « créé pour pallier aux difficultés des jeunes mahorais partis étudier en métropole, et, récemment, pour ceux qui n’ont pas obtenu d’inscription sur Parcoursup, ce sont surtout les étrangers qui en bénéficient. Comment élargir sa capacité d’accueil ? » La proportion d’étudiants étrangers est de 28%, rapporte Dominique Sorain qui annonce une extension au moyen de préfabriqués.

Enfin, après un échange très direct avec Hamidou Madi M’colo, qui exprimait ses doutes en matière de lutte contre l’immigration clandestine, « il ne fallait pas arriver en retard, j’ai tout expliqué au début », répondait avec son accent bordelais chantant le préfet, était abordé le sujet de la vie chère et du prix des carburants, que portaient d’autres gilets jaunes dans la rue à La Réunion, « la bouteille de gaz est beaucoup plus chère à Mayotte », reprochait le CESEM. Le sujet sera vu lors de la réunion du Bouclier Qualité Prix en février, « mais contre les prix alimentaires élevés, il nous faut une production locale, en œufs en poulet de chair, et ne plus dépendre autant des importations. » Pour y arriver, tout le monde doit s’y mettre, « et nous attendons aussi un nouveau SGAR pour utiliser au mieux les fonds communautaires. »

En conclusion, le préfet appelait « à exploiter les dossiers tous ensemble, Etat, collectivités, sans cloisonner. Et ça commence à venir ! », et reste convaincu que « l’immigration reste le sujet numéro 1, si on ne veut pas déstabiliser le territoire. »

Anne Perzo-Lafond