Le tribunal de grande instance de Mamoudzou
Le tribunal de grande instance de Mamoudzou

Le récemment arrivé à Mayotte juge Vivien a voulu une audience pédagogique autant qu’un exutoire pour Ahmed*, en le laissant largement s’exprimer en fin d’audience. Arrivé menotté, il est accusé d’avoir mis le feu à sa cellule, et par conséquent, au Centre pénitentiaire de Majicavo, « il encourt 10 ans, voire 20 ans en cas de récidive », informera la substitut du procureur.

Car il y a récidive. Le casier judiciaire d’Ahmed, natif de Mamoudzou, a commencé à se remplir lorsqu’il avait 15 ans. Condamné d’entrée par le tribunal pour enfants à 18 mois de prison, dont un an avec sursis, pour vol aggravé avec arme, violences sexuelles, détention de stupéfiants. Les années suivantes seront placées sous le même signe, il cumule les condamnations qui lui ont ouvert les portes de Majicavo jusqu’en 2018.

« J’avais rien à faire, j’étais obligé d’aller voler ! », clame-t-il à la barre. Le président de l’audience, le vice-président du TGI Georges Ferrier écoute patiemment.

De la télé au matelas

Non sans avoir rappelé auparavant les faits. « Le 6 juillet dernier, vous avez mis le feu à votre matelas que vous avez placé contre la porte de votre cellule, dégageant une fumée noire qui s’est répandue partout. Vous auriez pu intoxiquer quelqu’un et vous le premier… Pourquoi avez-vous fait ça ? »

« Parce qu’on me respecte pas ! Là bas, ils nous parlent mal, ils se foutent de notre g…  J’ai plus rien dans ma cellule », la réponse fuse sur un ton vindicatif. Le juge lui rappellera sa destruction de la télévision placée dans sa cellule, « c’est peut-être normal qu’on ne vous en ait pas redonnée une ! » « Mais j’ai déjà été au mitard pour ça, ça me fait une double punition. Et je l’ai fait parce qu’on avait insulté ma mère. J’ai pas eu la chance des autres moi ! »

Pas de musculation du cerveauSalle audience

En dépit de l’aide de sa maman, Ahmed est un révolté qui ne se remet pas en question, ce qui a tendance à agacer la substitut du procureur Prampart, qui se dit « énervée » : « ‘J’étais pas content, l’administration pénitentiaire ne m’écoute pas, donc je mets le feu à la prison’, c’est ça ?. Heureusement qu’il n’y a pas de victimes ! Tout vous est dû, vous ne vous remettez jamais en question. Contrairement à beaucoup de jeunes à Mayotte, vous n’êtes pas en situation irrégulière et vous exprimez dans un bon français, vous pourriez vous former en prison, ou y être utile. Vous n’y faites que de la musculation, sans chercher à décrocher un diplôme. Quand allez-vous vous remettre en cause ? Quel est votre avenir ?! »

Elle requiert un an d’emprisonnement et 500 euros d’amendes, « les sursis avec mise à l’épreuve ne sont pas respectés. »

Sans avocat, le prisonnier demande à ses juges à ne pas l’envoyer en prison, à la fois parce que « c’est pas un endroit pour vivre », mais aussi en atténuant la portée de ses actions, « j’ai jamais violé, jamais porté de coups de couteau, il y a des gens qui font des gros délits qui sont jamais enfermé, moi je vole pour m’en sortir, mais les éducateurs ne m’aident pas. Ils disent qu’ils n’ont pas confiance », difficile en effet sans preuves…

Il sera condamné à 4 mois de prison ferme, en repartant, menotté, pour Majicavo.

A.P-L.
Le Journal de Mayotte
* Prénom d’emprunt