Le docteur Mohamed Ahmed Abdou et sa femme
Le docteur Mohamed Ahmed Abdou et sa femme, lors de ses adieux au CHM

La décoration est soignée, la salle d’attente lumineuse offre une vue sur la mer. La télévision est allumée et permet aux patients d’attendre en regardant les chaînes d’information: bienvenue au cabinet Al-Rahmane. «Quand il y a des enfants, nous mettons les dessins aminés pour eux», glisse le docteur Mohamed Ahmed Abdou, à la tête de la structure. «Ils sont calmes et restent assis. C’était important de prendre soin de la décoration. Il y a de l’espace, c’est aéré. Les patients ne se sentent plus dans un cabinet médical. Ils sont en confiance».

Il y a donc un nouveau médecin libéral sur l’île. Nouveau? Pas tant que cela: si le secteur privé lui est inconnu, le docteur Ahmed Abdou a tout de même exercé pendant 15 ans au centre hospitalier de Mayotte. L’ancien praticien hospitalier urgentiste et chef du service avait fait ses adieux au CHM, en février dernier. Il est pourtant de retour, quelques mois plus tard.

«Il fallait que je fasse un choix: la surcharge de travail à l’hôpital commençait à nuire à mon état de santé. Je n’avais pas réfléchi à l’après, mais je suis un homme de projets. Je ne pensais pas m’installer en médecine libérale. C’est venu comme ça. Je me suis dit qu’il fallait que je parte dans le libéral, pour essayer d’organiser avec les confrères cette médecine, lui donner un nouvel élan de développement».

La médecine de proximité

Désert médical, saturation des services des hôpitaux… Les problématiques liées au secteur médical sur l’île, le médecin les connaît bien. Fort de son expérience de plus de 30 ans, il mise sur cette médecine de proximité, qui selon lui, serait l’une des pistes à mettre en avant, afin de tenter de diminuer le flux de passage dans les différents centres de soins de l’île.

Le Dr Mohamed Ahmed Abdou dans son bureau du CHM, en juillet 2014,  après avoir été promu à l'ordre de la Légion d'honneur
Le Dr Mohamed Ahmed Abdou dans son bureau du CHM, en juillet 2014, après avoir été promu à l’ordre de la Légion d’honneur

«Une bonne prise en charge en amont soulagerait l’hôpital et lui permettrait de se recentrer sur la médecine hospitalière. Aujourd’hui, il n’y a pas de relais, pas de communication possible entre les praticiens généralistes et l’hôpital, ou très peu… Souvent, on ne connaît pas les antécédents d’un patient. On ne sait pas ce qui a été fait. Le but est de faire en sorte que les portes s’ouvrent au généraliste à l’hôpital. Il y a un fossé qu’il faut réduire. Il faut une prise en charge globale, un parcours de soin. Développer cette notion de médecin traitant. On peut y travailler avec l’ ARS».

Avoir le temps

Le parcours de soin a été mis en place suite à la réforme de l’assurance maladie en 2004. Il permet d’assurer un suivi médical, par le biais d’un référent, qui est le médecin traitant sélectionné par un assuré, et facilite la prise en charge d’un patient.

En attendant de rencontrer les autres praticiens libéraux de l’île, le docteur Mohamed Ahmed Abdou, lui, fait connaissance avec ses nouveaux patients. «Je suis content d’être là. Ça me change d’avoir le temps. Écouter les malades, les examiner, les revoir, ça me plaît. Je fais aussi des visites à domicile, pour ceux qui ne peuvent pas se déplacer».

À terme, le cabinet Al-Rahmane est amené à devenir une maison médicale. Des travaux sont d’ores et déjà prévus. Un autre médecin doit également arriver, prochainement.

Abby Saïd Adinani
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