L'achatine ou escargot géant d'Afrique
L'achatine ou escargot géant d'Afrique
L’achatine ou escargot géant d’Afrique

Après des semaines de doutes et d’inquiétude, un enseignant de Mayotte va peut-être, dans les jours qui viennent, avoir une explication sur l’étrange maladie qui le frappe. Est-ce une méningite causée par les escargots? Les spécialistes penchent pour ce diagnostic mais il reste encore à confirmer.

On savait que l’Achatine ou escargot géant d’Afrique que l’on trouve à Mayotte et dans les îles de notre région peut être dangereux pour la santé. Le JDM avait eu l’occasion de vous en parler alors qu’une équipe du CHM publiait une étude sur le sujet dans une revue scientifique internationale. Les travaux des chercheurs avaient démontré que l’Achatine est porteur d’un parasite qui peut provoquer, chez l’homme, une forme de méningite particulière, l’angiostrongyloïdose nerveuse. Elle n’est pas contagieuse pour l’entourage, mais ses conséquences peuvent être lourdes pour le patient.

L’enseignant concerné vit à Combani et enseigne à Sada. «Avant les vacances de mars, je ne me sentais pas bien. Mais comme j’étais traité pour une déchirure musculaire, j’ai cru que les courbatures et les maux de tête étaient liés au traitement», explique-t-il. Il prend donc l’avion pour Paris, avec un mal de tête «carabiné» et de fortes nausées.

CHMMais à Paris, son état empire. «J’ai fait une crise d’aphasie, je n’arrivais plus à m’exprimer, je ne trouvais plus mes mots. Ca m’a fait très peur, j’ai cru que je faisais un AVC». Il est évacué aux urgences de l’hôpital parisien du Kremlin-Bicêtre. Commence alors ce qui pourrait être un scénario digne de la série Docteur House. Les équipes médicales vont chercher un diagnostic qu’elles ne trouvent pas.

Un diagnostic à établir à Mayotte

Les médecins suspectent une méningite virale ou bactérienne. Mais après une semaine de traitement, le patient présente toujours les mêmes symptômes. Et c’est son épouse, infirmière de profession, sensibilisée au sujet des escargots grâce à un article du Journal de Mayotte, qui va suggérer de chercher dans ce côté-là. L’hôpital de Bicêtre prend contact avec le CHM qui confirme la possibilité de la méningite de l’escargot.

Pour faire le diagnostic, le patient subit une ponction lombaire particulière mais un problème inédit se pose: aucun centre en Europe n’est en mesure d’effectuer les analyses spécifiques. Il faut que le prélèvement soit envoyé à Mayotte. «Le laboratoire du CHM a repris une technique de biologie moléculaire mise au point aux Etats-Unis en 2010, qui permet de repérer l’ADN du parasite dans les prélèvements effectués sur les cas suspects et ainsi établir un diagnostic», expliquait Louis Collet, biologiste au CHM.

Les Docteurs Loïc Epelboin et Louis Collet du CHM qui ont participé à l'étude
Les Docteurs Loïc Epelboin et Louis Collet du CHM qui ont participé à l’étude, ici au CHM en février 2014

Mais à ce jour, le prélèvement n’a toujours pas pu faire le voyage vers Mayotte. Il est bloqué par les douanes qui voient d’un mauvais œil de tels prélèvements médicaux circuler entre la métropole et l’océan Indien.

Deux à trois cas par an

Entretemps, l’enseignant est revenu à Mayotte, contraint au repos forcé. «Depuis mercredi dernier, je suis à nouveau très faible. Le moindre effort de concentration est très fatigant. Je devais préparer des notes pour un conseil de classe. Rien que ça, c’est épuisant. Mais d’après les docteurs, c’est normal». Le patient est dans une phase de stabilisation avec la très grosse fatigue qui suit une méningite. Et il va devoir se plier à une nouvelle batterie d’examens pour confirmer l’évolution positive de son état… sachant qu’à l’heure actuelle, aucun traitement antiparasitaire n’a prouvé son efficacité sur ce type de méningite.

Depuis 2006 que la maladie est suivie par le CHM, entre deux et trois cas sont diagnostiqués à Mayotte chaque année. Et généralement, la maladie concerne les enfants qui jouent avec les escargots avant de porter leurs mains à la bouche. Les enfants représentent 90% des cas dans notre île, avec des conséquences neurologiques parfois irrémédiables.

5% des escargots infectés

L'achatine, une espèce invasive à ne pas toucher et dont il faut se méfier des traces de bave
L’achatine, une espèce invasive à ne pas toucher et dont il faut se méfier des traces de bave

Logiquement, la question se pose de savoir comment l’enseignant de Combani a pu contracter la maladie, qui a épargné sa femme et ses enfants. Il a bien été en contact avec la bave d’un escargot contaminé mais à quel moment? Est-ce avec les plantes aromatiques sur son balcon? Ou avec la salade qu’il achète à Combani ou à Coconi et sur laquelle aurait circulé un escargot? «Normalement, il faudrait laver la salade à l’eau de javel ou avec du vinaigre», lui ont expliqué les spécialistes… Mais évidemment, peu de monde ne s’astreint à un tel nettoyage.

Peut-être a-t-il contracté la maladie à Madagascar ou à Rodrigues où il a eu l’occasion de se rendre en vacances… La question restera sans doute sans réponse mais son cas est tout de même un bon rappel sur la méfiance qui doit prévaloir envers les escargots.
Il ne faut pas les toucher ou ensuite se désinfecter les mains très précautionneusement, sachant qu’on estime à 5% le nombre d’escargots porteurs de la maladie.

Sachez que l’Achatine n’est pas une espèce originaire de Mayotte. Elle est même considérée comme invasive. Vous pouvez donc détruire ceux que vous croisez… en prenant soin de ne pas transporter un peu de leur bave sur vous.

RR
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