Un saut de baleineau à Mayotte en septembre 2018

L’Océan Indien sera-t-il encore longtemps un sanctuaire pour les cétacés ? Rien n’est moins sur à en croire un nombre croissant de militants qui alertent sur un accord de pêche entre Port Louis et Tokyo.
Alors que la chasse à la baleine fait l’objet d’un moratoire mondial depuis 1986, qui interdit la chasse commerciale, des pays, dont le Japon, continuent à jouer du harpon sous couvert de “chasse scientifique”.
Au mois d’août, les ministres des affaires étrangères nippon et mauricien se sont rencontrés à Port Louis afin de préparer un “accord cadre” en vue d’ouvrir aux pêcheurs japonnais les eaux mauriciennes. La petite république du Commonwealth dispose en effet d’une vaste zone économique exclusive. En contrepartie, Maurice bénéficierait d’aide au développement de ses infrastructures, notamment la construction d’un grand port de pêche.

Une baleine et son baleineau ces derniers jours dans le lagon

C’est cet accord qui a fait bondir écologistes, agents touristiques et scientifiques, qui se mobilisent depuis lors. Leur crainte principale : que les Japonais n’utilisent un accord de pêche pour venir prélever des baleines dans les eaux mauriciennes. Une perspective qui aurait des conséquences sur la biodiversité et le tourisme bleu dans toute la région. Et qui n’épargnerait pas Mayotte, puisque les baleines n’ont pas de frontière. Celles qui croisent aujourd’hui à Maurice sont peut-être celles qui viendront dans un an se reposer dans le lagon et ravir les usagers de la mer.
En septembre, une pétition, qui rassemble désormais plus de 25 000 signatures, a été créée à Maurice, mais la mobilisation est vive aussi à La Réunion voisine. Une autre pétition a atteint quant à elle les 30 000 signatures.
Le gouvernement mauricien de son côté, écarte tout risque pour les cétacés qui viennent élever leurs petits dans les eaux de la région. “Maurice est signataire de nombreuses conventions pour la protection des baleines, a communiqué le gouvernement, l’île est aussi membre de la commission baleinière internationale et a pris des mesures pour que ces conventions soient respectées”.
Le problème pour les détracteurs, c’est que ni l’accord en lui-même, ni les mesures prises pour garantir la sécurité des mammifères marins ne sont rendus publics. Pas de quoi rassurer les défenseurs des baleines qui continuent à voir dans un tel accord de pêche, l’ouverture d’une irréversible boite de Pandore.

Y.D.