Charif Abdallah et Moussa Abdallah
Des barques à mettre aux normes
Des barques à mettre aux normes

Le dimanche, tout autour du littoral mahorais, les barques de pêche sont sagement ancrées. Peu de grosses unités : beaucoup de pêcheurs font de l’autosuffisance, « seuls 50 sont enregistrés comme professionnels », rapporte Michel Goron. La structuration de la filière pêche est une de ses missions sur notre territoire, « nous travaillons sur un projet de bateaux aux normes qui vont pouvoir constituer une flottille de pêche à Mayotte. »

Un grand chantier qu’il a entamé en rencontrant les maires, « ce sont eux qui vont porter les projet d’implantation des points de déchargement dans leurs communes. » L’arrêté du préfet qui les répertorie, date de 2013, depuis, peu de choses ont avancé. L’administrateur était jeudi dernier à la mairie de Koungou. Pour expliquer aux élus, dont le premier d’entre eux, Assani Saindou Bamcolo, l’intérêt pour les pêcheurs de la commune de se structurer.

« Un bateau, c’est comme une boulangerie. Quand son propriétaire part à la retraite, il revend un bateau, au lieu d’un commerce. Mais un bateau et un moteur fatigués ne valent plus grand chose. Sauf que maintenant, un droit de licence est octroyé en fonction de la capacité du bateau. L’Union européenne autorise de les délivrer jusqu’en 2025, après, elle referme l’enveloppe. Donc, ceux qui voudront s’installer comme pêcheur devront racheter la licence de pêche communautaire à un autre, lors d’un départ à la retraite par exemple. »

« Les belles maisons en granit ne sont pas celles des fonctionnaires »

Evocation des structures à implanter à Koungou, entre Michel Goron et Assani Saindou Bamcolo (à gauche)
Evocation des structures à implanter à Koungou, entre Michel Goron et Assani Saindou Bamcolo (à gauche)

Une pratique déjà intégrée en métropole où certaines licences se négocient à des prix d’or, en proportion du chiffre d’affaires, « la pêche, ça peut rapporter beaucoup. Les belles maisons en granit en Bretagne, ce ne sont pas celles des fonctionnaires, mais des pêcheurs ! »

Il faut donc aller vite. Du côté du permis professionnel, rien de compliqué à l’entendre, « il est financé par le conseil départemental, et proposé à l’Ecole d’Application Maritime. »

Surtout que Mayotte bénéficie d’une niche, « c’est le seul département en France ayant l’autorisation de pêcher dans les Terres Australes et Antarctiques Françaises, sous condition de le faire à bord d’un bateau de moins de 14,99m », une nouvelle plutôt bien accueillie par les pêcheurs réunis à la mairie de Koungou. Seul Cap’tain Allendor est actuellement équipé pour le faire, explique-t-il.

Utiliser l’expertise de la DEAL

Des pirogues à moteur et même pour certaines, à pagaie
Des pirogues à moteur et même pour certaines, à pagaie

Le maire se dit attentif à l’avenir du secteur, « mais nous n’avons pas d’infrastructure pour attirer les pêcheurs et les inciter à se professionnaliser. » C’est justement une des missions de Michel Goron : « Nous devons commencer par construire un ponton, sur le lieu identifié à Koungou par l’arrêté préfectoral, parmi 7 sites. En l’agrémentant d’un engin de levage, d’une machine à glace et d’un petit point de vente du type faré. Commençons modestement pour se développer ensuite. »

Se pose un problème d’ingénierie que la mairie n’a pas, « en sollicitant le fonds FEDER, nous pouvons avoir l’expertise de la Direction de l’Environnement, de l’agriculture et de la Forêt », met en avant Michel Goron. Le ponton pourrait en effet intéresser d’autres acteurs, notamment du tourisme, pour embarquer et débarquer leurs passagers, ou le sauvetage maritime. « J’ai d’ailleurs demandé à Total d’étudier l’implantation de 4 stations service de mer pour approvisionner ces bateaux. »

Il faut avant tout qu’une association de pêcheurs se monte à Koungou, pour recenser les professionnels.

L’élection à l’association des pêcheurs de Petite terre contestée

Charif Abdallah et Moussa Abdallah
Charif Abdallah et Moussa Abdallah

Michel Goron nous indique les autres sites identifiés pour l’emplacement de pontons : Mtsahara, « où existe déjà une coopérative », Mtsapéré, Bandrélé « où il faut légaliser les profession en développant le marché de Hamouro », Kani Keli « où 400.000 euros ont été débloqués pour mettre en place une structure », dans la zone Sada-Chiconi, et en Petite Terre.

Petite Terre précisément reste un exemple à ne pas suivre. En raison d’un désaccord entre pêcheurs et mairie sur l’emplacement de la coopérative de pêche, la somme de 400.000 euros a été perdue.

Michel Goron a l’avantage d’être instructeur pour les fonds européens, les Affaires maritimes et la pêche : « C’est désormais l’intercommunalité qui porte ce projet de coopérative et de machine à glace ». Le partenariat avec l’association de pêcheurs était incontournable. De nouvelles élections ont porté Maoulida Fadhul à sa tête, mais aussitôt contestées, notamment par l’ancien président Moussa Abdallah.

Ils mettent en cause le nombre de procurations, 10, ainsi que la nomination et non l’élection du vice-président. Ils s’en sont expliqués samedi matin à l’administrateur qui évoque un scrutin régulier, validée par le président de la Commission des Pêches. Michel Goron se dit « à l’écoute », et met en avant la représentativité accrue des pêcheurs de Petite Terre, « qui, en plus d’un nouveau président, peuvent se réjouir de conserver le sortant comme élu à la Chambre de l’Agriculture et de la Pêche. »

Il ne faudrait pas une nouvelle fois louper le train de la modernisation de la flotte de pêche tant que l’Europe l’autorise à circuler.

Anne Perzo-Lafond
Le Journal de Mayotte

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