De gauche à droite: Saïd Omar Oili, Daniel Lefebvre, Frédéric Veau, Mahafourou Saidali et Yves Christophe
De gauche à droite: Saïd Omar Oili, Daniel Lefebvre, Frédéric Veau, Mahafourou Saidali et Yves Christophe

Une aérogare qui accueillait sur sa terrasse les officiels et les collègues de travail de Daniel Lefebvre ce jeudi soir, et qui fut très décriée pour sa réalisation en structure bois : « Dans les villages, on nous disait ‘ce mzungu a réussi à vous imposer un banga !’ », se souvenait même en souriant le président de l’association des maires et maire de Dzaoudzi-Labattoir, Saïd Omar Oili.

Un projet que Daniel Lefebvre a réussi à faire accepter en dépit d’une forte opposition, et en particulier grâce à la légitimité qu’il a acquise, comme le souligne Mahafourou Saidali, le maire de Pamandzi : « Quand la plupart des grosses entreprises arrivent avec leur personnel, vous avez décidé de former les jeunes sans emploi et de les recruter. Dès ce jour là, on a compris que l’on pouvait travailler ensemble. » Comme le rappelait Daniel Lefebvre, « ce sont 200 jeunes qui ont ainsi intégré le service de sureté aéroportuaire d’un niveau international, que n’arrivaient plus à assumer les Douanes et la Police aux frontières. »

Un chantier qui débutait au milieu du mouvement social de 2011, « nous avons dû nourrir le personnel grâce à des sacs de riz que nous transportions jusqu’à une barque à la plage du Pendu ! Un blocage de l’île de 5 semaines alors qu’il fallait construire. Nous avons malgré tout tenu l’échéance de 2 ans de travaux, et l’investissement de 45 millions d’euros n’aura souffert d’aucun dépassement budgétaire. »

Désengagement de Lavalin

Gérard Mayer se voulait rassurant
Gérard Mayer se voulait rassurant

Gérard Mayer, le Secrétaire Général de SNC-Lavalin et président de la SEAM, gestionnaire de l’aéroport de Mayotte, devait rassurer sur la position de son groupe, qui se désengage de ses 18 aéroports français au profit de la société Impact Holding, de fonds d’investissements : « Ni la SEAM, ni les engagements pris ne sont concernés. »

Il revenait sur les 3 défis de taille qui attendent l’aéroport Mayotte. Le plus urgent, c’est la mise aux normes européennes de la piste dès 2018, avec les fameux lits d’arrêt pour stopper les avions en cas d’urgence. Vient ensuite l’accroissement nécessaire de la capacité de fret, et enfin, l’application de la RSE, la Responsabilité sociétale des entreprises. Il souligne à ce propos la paix sociale qui règne au sein de l’aéroport, « qui n’a jamais été bloqué. Notamment grâce à la mise en place de la convention collective applicable aux aéroports. »

Une plateforme aéroportuaire qui s’est développée, comme le soulignait non sans humour le préfet Frédéric Veau : « Celui qu’on peut donc appeler le ‘banga aéroport international’, d’une capacité de 600.000 passagers, et qui en accueille la moitié, a vu son trafic s’accroitre de 8,6% en 6 ans. L’arrivée de Corsair, de XL Airways et d’Ewa et de la ligne directe d’Air Austral, permet ainsi d’envisager l’évolution vers un hub. »

« Comment nous voient ceux qui restent ? »

Les invités de la soirée de départ de Daniel Lefebvre
Les invités de la soirée de départ de Daniel Lefebvre

Et qui se développe encore avec la réhabilitation des anciens bâtiments de l’aérogare en centre d’affaire, « nous l’avons déjà rempli à 90% », l’hôtel 3 étoiles de 80 chambres, ou la consolidation des compagnies comme Corsair ou Ewa, « et Kenya Airways qui compte accroitre ses fréquences sur Mayotte. »

Daniel Lefebvre, d’habitant de Mayotte est devenu 6 ans après, un partant : « Comment nous voient ceux qui restent ? », s’interrogeait-il, « Peut-être comme des mercenaires… Nous avons pourtant un défi à relever, celui de l’intégration. Et même s’il y a plus de différence entre Mayotte et la Bourgogne, qu’entre la Bretagne et l’Alsace, nous nous enrichissons, et gardons la volonté de vivre dans une même nation. Nous avons des différences de couleur de peau, mais c’est le même sang qui coule dans nos veines ».

Et dans la même lignée, citait une maxime africaine : « On me parle tout le temps de mes racines, mais je ne suis pas un arbre, je me construit en marchant. »

C’est Yves Christophe, un ancien militaire, au grade de général, pilote de l’air, commandant de base et d’escadron, qui lui succède.

Daniel Lefebvre part avec sa femme Danièle, ancienne directrice du service de l’Immigration à la préfecture, qu’il aura connue à Mayotte, vers Saint Martin, pour y superviser la construction d’un nouvel aéroport.

Anne Perzo-Lafond
Le Journal de Mayotte

 

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