Sa défense n'a pas convaincu la justice

Pour sa défense, elle a expliqué « entendre des voix » qui « la suivaient » ce jour de janvier 2018. En arrêt depuis plus d’un an, cette secrétaire de la mairie de Mamoudzou explique qu’elle se « soigne par le Coran » pour ces supposés troubles psychiques, qui ne sont étayés par aucun certificat médical. Si elle n’a « jamais consulté », elle affirme pourtant que « les médicaments ne marchent pas ».
Toujours est-il que cette mère de famille avait pris la fâcheuse habitude d’aller chercher ses enfants à l’école en retard, obligeant l’école de sa fille à s’organiser chaque midi pour la garder, alors que la pause méridienne est déjà courte. L’école lui propose des solutions, comme un service de garderie, qu’elle refuse.
Le 22 et le 23 janvier, elle a plus d’une demi-heure de retard. Ingérable pour le personnel enseignant. La directrice tente alors de lui expliquer les conséquences pour le personnel et les autres enfants.

Erick Hesler

« C’était la deuxième fois qu’elle me faisait une réflexion devant le personnel, explique la maman. J’étais en colère qu’elle m’humilie devant tout le monde, je n’ai pas supporté qu’elle s’adresse à moi comme ça. » Elle frappe alors violemment la directrice qui perd ses lunettes. De longues semaines d’arrêt maladie sont prononcées pour l’enseignante, profondément choquée. Ce sont ces violences qui étaient jugées au tribunal de Mamoudzou.

Erick Hesler, avocat de la plaignante, estime que cette affaire est emblématique des « personnes à Mayotte qui pensent que c’est le far-west, on va chercher ses enfants à l’école à l’heure que l’on veut et on refuse toute remarque, c’est inadmissible »
Pour le procureur Courroye, la remarque de la directrice  » ne justifiait absolument pas les faits qui se sont produits. Cette mère de famille avait refusé des solutions alternatives proposées par l’école, comme la garderie. Ce jour-là elle est sortie de ses gonds. Ses explications sont empreintes de lucidité et ne justifient pas une expertise psychiatrique » estime-t-il en réponse aux prétendues « voix » entendues par la maman.
A la peine d’amende réclamée par ce dernier, le tribunal a préféré la prison avec sursis. Deux mois, plus 1500€ de dommages et intérêts. Pour la directrice, c’est la double peine. L’état de choc ne permet pas une reprise de son service ici. Elle a obtenu sa mutation à La Réunion, où elle n’a obtenu qu’un poste de simple enseignante et non plus de direction, après 20 années de bons et loyaux services à Mayotte.

Y.D.