L'image satellite du cyclone tropical Hellen, le dimanche 30 mars 2014 à 3 heures (heure de Mayotte)
Bertrand Laviec, le Monsieur Météo de Mayotte, évoque le risque cyclonique
Bertrand Laviec, le Monsieur Météo de Mayotte, évoque le risque cyclonique.

Il y avait foule vendredi soir pour venir écouter Bertrand Laviec, responsable local de Météo France qui s’exprimait sur le risque cyclonique dans notre département.
Dans son propos liminaire, le scientifique a insisté sur deux idées reçues à battre en brèche. « Non, on n’est pas protégés des cyclones » et « non Madagascar ne nous protège pas ».
Toutefois, ces événements climatiques majeurs restent rares à Mayotte, et le 101e département « n’a pas la culture du risque. Les collégiens et lycéens n’ont jamais vu un cyclone, contrairement aux petits Japonais qui sont bien préparés au risque sismique par exemple ».
Face à cette insouciance supposée, le responsable de Météo France fait un rappel sur la nature d’un cyclone.
« Un cyclone, c’est un gros truc, ça fait la taille de la France métropolitaine. Dans le cas d’un cyclone massif à Mayotte, on estime le nombre de morts à 25 000 ! »
Un cyclone rappelle-t-il « se forme quand on a une eau à 26°C sur 60 mètres de profondeur ». Autant dire qu’avec les records de température enregistrés depuis le mois de juin, le risque est élevé.

Mais justement, quels sont-ils, les risques ?

« Il y a plusieurs effets. D’abord le vent, qui pousse comme une perceuse à percussion. On pense aux bangas qui s’envolent, mais il y a tous les déchets. Imaginez une canette de coca qui s’envole à 200km/h vers votre tête .C’est la canette qui gagne. C’est une balle.
A titre de comparaison, les Mahorais de plus de 40 ans se souviennent tous de Kamisy, en 1984. Ce n’était même pas un cyclone de catégorie 2, et il est passé à 100km des côtes. »

Une comparaison utile, quand on sait que les cyclones sont de plus en plus puissants dans le monde, au point « qu’on se demande si on ne va pas créer une 6e catégorie ».
Outre le vent, trois autres dangers majeurs sont à prévoir. La houle cyclonique. « Des vagues de 7,40m, ça veut dire plus d’aéroport, plus de barges, on est isolés du monde pendant deux semaines. Kawéni, le port de Longoni, la réserve de médicaments de Passamainty seraient submergés. »
Vient ensuite ce qu’on appelle la « marée de tempête ». « 3 à 4 mètres de hauteur d’eau en plus de la marée normale. Il n’y aurait plus d’écoulement d’eau vers le lagon, donc de l’eau stagnante, les routes coupées et un risque d’épidémies ».
Enfin, les précipitations qui viendraient aggraver tout cela. « Il tomberait en 2 heures ce qui tombe à Paris en un an ».

Faire des réserves

Alors comment se préparer ? Les alertes météo suffisent-elles ? Clairement pas.
« Un cyclone, on ne le voit que 2 à 3 jours avant sa naissance. Quand on déclenche l’alerte jaune pré-cyclonique, c’est qu’il est à trois jours de Mayotte. C’est déjà trop tard pour faire des stocks d’eau, de piles, de bougies et de conserves. Si je lance une alerte, deux heures après il n’y a plus une bouteille d’eau sur toute l’île. »

Le conseil sous-jacent est clair : faire des réserves, en prévision.

L’alerte orange est la 2e étape, déclenchée 24h avant l’arrivée du cyclone, et l’alerte rouge, 3h avant, impose le confinement total de la population.
Mais celle qui est la plus dangereuse, c’est l’étape « bleue », après le passage. « C’est là qu’on a le plus de victimes à craindre, ça peut durer trois jours ». Manque d’eau potable, d’accès aux soins, voies routières coupées et maladies peuvent alors faire des ravages.

Il y a donc urgence à se préparer, estime Bertrand Laviec. « Aujourd’hui, on n’est pas prêts. Ni les services de l’Etat ni les communes. » D’autant que les cyclones majeurs ne sont pas la seule menace que fait planer le changement climatique.

Image satellite d'Hellen le dimanche 30 mars 2014 à 15 heures, heure de Mayotte
Image satellite d’Hellen le dimanche 30 mars 2014 à 15 heures, heure de Mayotte

Il rappelle pour ceux qui étaient à Mayotte en 2014 que la tempète Hellen n’était qu’un « tout petit système, mais on sera amené à en voir de plus en plus, explosifs et rapides, même si on maîtrise encore mal comment ils se forment. »

A la fin du mois de novembre, tous les services du département se prêteront à un exercice grandeur nature de trois jours. « Les trois derniers jours, La Réunion a fait un exercice, ils n’étaient pas prêts non plus » relativise le météorologue.

La bonne nouvelle dans tout ça, c’est qu’on s’oriente vers une « saison des pluies normale » cette année. C’est ce que « tous les signes » indiquent.

Y.D.