Bain de foule d'Emmanuel Macron à Pamandzi
Thani Mohamed Soilihi
Thani Mohamed Soilihi

Le sénateur LREM Thani Mohamed Soilihi est plutôt enthousiaste, argumentaire à l’appui. A commencer par un thème que nous avions abordé en sa présence avec l’ancienne ministre Catherine Tasca, le droit du sol.

« Aucun tabou ! » a lancé Emmanuel Macron qui pourrait proposer un « système d’exception » pour les enfants nés de parents étrangers, comme l’instauration d’un statut international. Pour Thani Mohamed, ce serait un bon moyen de détourner les difficultés que pose l’adhésion de la France à certains textes internationaux qui pourraient ne pas être compatibles comme la Convention internationale des droits de l’enfant. « Et cela permettrait de ne pas toucher à l’article 2 de la Constitution française d’une France ‘une et indivisible’, qui peut poser problème sur une acquisition ou une perte de la nationalité différenciée. »

Cependant, selon le parlementaire, il faut se pencher sur les circonstances exceptionnelles qui entourent l’application de ce droit du sol à Mayotte, « territoire revendiqué par un pays étranger qui nous envoie de surcroît une immigration excessive. »

« Un grand pied dans une petite chaussure »

Mansour Kamardine
Mansour Kamardine

C’est presque un « la di la fé » réunionnais dont pourrait se targuer Mansour Kamardine : « Je suis heureux de voir que 10 ans après, un président de la République reprenne mes propositions. En 2005, j’avais proposé de placer le Centre hospitalier en zone internationale ! » Les enfants nés de parents français adopteraient leur nationalité, tandis que les enfants nés de parents étrangers ne pourraient prétendre à la nationalité française. Leur seul intérêt serait de venir chercher une meilleure qualité de soins que dans leur pays d’origine.

Sur la réflexion à portée philosophique du bonheur évolutif des Mahorais en fonction du statut de leur île, « Mayotte est-elle plus heureuse comme département ? », elle fait écho selon le sénateur Thani à la demande de toilettage institutionnelle des élus, le président du conseil départemental Soibahadine Ramadani en tête. « Nous sommes un département qui accepte les compétences d’un région. C’est comme faire entrer un grand pied dans une petite chaussure. »

On ne sait pas trop quel nom prendra Mayotte, et le conférencier Thomas Msaïdié avait émis quelques propositions, mais c’est bien une région à part entière que souhaite Thani Mohamed Soilihi : « Certaines de nos compétences régionales sont assurées par l’Etat, d’autres par La Réunion, comme la santé avec le déséquilibre que l’on connaît… Nous avons deux statuts bâtards ! »

Département et bonheur peuvent faire bon ménage

Emmanuel Macron en meeting à Mayotte fin mars
Emmanuel Macron en meeting à Mayotte fin mars 2017

Mansour Kamardine préfère y voir également le cadre du toilettage institutionnel, « car si le président visait le retour de Mayotte à l’article 74 de la Constitution comme collectivité d’outre-mer, les Mahorais ne se laisseront pas faire. » En guise de réponse à Emmanuel Macron, Mansour Kamardine lance un défi : « Rendez-les Mahorais heureux ! »

Un trait d’humour qui cache un vrai malaise, « les Mahorais sont heureux d’avoir le statut de département français, mais pas des moyens qu’on y met. L’action de l’Etat a été dénoncée par la Cour des Comptes, l’Etat qui a laissé une immigration massive nous étouffer, et qui a adjoint moins de moyens aux collectivités mahoraises que dans les autres départements. »

Enfin, sur la proposition d’Emmanuel Macron d’une réponse pénale adaptée avec des sanctions immédiatement dispensées par les forces de l’ordre pour désengorger les tribunaux, Thani Mohamed explique qu’elle existe déjà dans une moindre mesure, « en matière de travail clandestin ». C’est d’ailleurs un amendement qu’il avait fait passer : « Les policiers peuvent donner des amendes administratives, qui responsabilisent les gens, charge à la personne de la contester auprès du tribunal. »

Sur ce point, Mansour Kamardine se dit sceptique : « J’émets les plus vives réserves car nous ne sommes pas à l’abri d’erreurs. Il faut pouvoir garantir la liberté des gens. Ils doivent bénéficier d’un jugement indépendant. »

Anne Perzo-Lafond
Lejournaldemayotte.com