Les grues et RTG du port de Longoni

Nous n’allons pas revenir en détail sur les péripéties qui animent l’activité de la manutention (déchargement, stockage et chargement des containers) au port de Longoni. Simplement, rappelons qu’au lendemain de l’obtention de la délégation de service public qui l’autorisait en 2013 à gérer le port pour le compte du conseil départemental, Ida Nel, la présidente de Mayotte Channel Gateway (MCG), a souhaité investir également le champ de la manutention. Elle ravivait alors une société créée à cette fin, Manu-Port.

Jusqu’alors, un seul opérateur exerçait cette compétence, la SMART détenue essentiellement par les familles Henry et Virin. Cette dernière voyait alors filer une grande partie de son chiffre d’affaire, plus de 50%. En effet, sur les deux grosses compagnies qui desservent Mayotte, MSC et CMA-CGM, cette dernière avait décidé de travailler avec Manu-Port.

Les investissements de MCG en grues et RTG étaient jugés surdimensionnés par le cabinet de conseil du Département, qui critiquait aussi la répercussion sur les prestations avec des tarifs en forte hausse, malgré la défiscalisation du matériel.

Les transitaires ont rapidement fait entendre leur voix sur une gestion “magnégné” (aléatoire) des containers, et les acteurs portuaires ont tempêté à propos de factures conséquentes et d’un supra-monopole exercé par MCG, gestionnaire et manutentionnaire.

12 voix contre 3

Les salariés de la SMART avaient manifesté pour sauver leurs emplois

La SMART avait saisi le tribunal administratif qui l’avait débouté en novembre 2016, invitant le conseil départemental à autoriser MCG à délivrer un agrément à Manu-Port, cassé en décembre 2017 par le conseil d’Etat sur la forme, qui dénonçait une « erreur de droit ».

Réunis en conseil portuaire ce jeudi 24 mai à 10h, présidé par la 1ère vice-présidente du conseil départemental Fatima Souffou, les 15 membres présents ou représentés devaient s’exprimer sur un seul point à l’ordre du jour, l’examen de l’agrément à la société Manuport. S’interrogeant notamment sur la légalité du code APE de MCG autorisant l’activité de manutention, ou sur la qualification de ses grutiers, ils ont donné un avis défavorable par 12 voix contre 3, précisément Ida Nel, Jacques Martial Henry et la représentante de la compagnie CMA CGM.

« Les débats étaient apaisés, sans tensions », rapporte au JDM Fatima Souffou, qui indique qu’Ida Nel a souhaité que l’assemblée se prononce sur l’agrément de la SMART. Qui remportait un avis favorable par 14 voix, dont celle de CMA CGM qui ne pouvait pas s’opposer à la présence de cette société de manutention sur le port. Ce qui fut le cas pour la gestionnaire Ida Nel et pour Jacques Martial Henry.

Un favoritisme unilatéral

Le Delmas Keita de la CMA CGM

Pour ce dernier, il ne s’agit que d’un avis simple, « ce n’est pas un avis ‘conforme’, le président du conseil départemental n’est donc pas tenu de le suivre ». C’est malgré tout Soibahadine Ibrahim Ramadani qui a provoqué le vote de ce jour, on peut donc penser qu’il va suivre cette délibération. Dans ce cas, Jacques Martial Henry met en garde : « Attention, le conseil départemental peut être condamné pour délit de favoritisme s’il ne traite pas de la même manière Manu port et la SMART. Pour nous, les deux agréments sont remis en cause aujourd’hui ! ».

A notre question de savoir si MCG, qui assure un service public, ne peut pas être taxé de ce même délit en ayant favorisé l’installation d’une filiale, une société privée de manutention, le chargé de mission de MCG répond que « bien que MCG soit en effet actionnaire de Manu Port, les entités sont différentes, ce sont deux personnes morales différentes. » Les conseils du Département ont du plancher sur la question, on l’espère.

Et maintenant, que va-t-il se passer ? Fatima Souffou explique être en attente des éléments complémentaires de la part d’Ida Nel sur sa société de manutention. Si le conseil départemental suit l’avis du conseil portuaire, Manu-Port ne pourra plus exercer, notamment pour le compte de CMA CGM. Il faudra alors recaser ses 70 salariés.

« Cette décision n’exclut pas qu’une autre société de manutention puisse s’installer, expliquait un acteur du port à l’issue de la réunion, mais sans lien avec le gestionnaire. »

Anne Perzo-Lafond
Lejournaldemayotte.com