La nécessité de fédérer les acteurs pour construire un projet agricole global est ressortie de ce colloque

Le paysage agricole de Mayotte change, et ses habitudes de consommation aussi. Il est donc urgent d’adapter les pratiques pour faire face aux besoins. Ainsi “Mayotte avait jadis 75% de la production aquacole d’outre mer, aujourd’hui il ne reste pratiquement plus rien” avance un des intervenants du colloque.

Un constat similaire peut être tiré de la production d’ylang ou de vanille, aujourd’hui largement concurrencé par les îles voisines.

Des investisseurs seraient bien intéressés pour mettre de l’argent sur la table, mais à condition d’avoir des produits normés spécifiques à Mayotte. Une économie de niche comme l’est devenue la vanille à Madagascar ou l’Ylang-ylang aux Comores et à Nosy-Be. Pourtant l’ylang est présent, mais de nombreux pieds ne sont juste plus cultivés, leur cueillette pourrait rapporter jusqu’à 4 tonnes par an pour l’export.

Une des pistes avancées serait la banane, mais ce produit phare de la consommation locale fait face à plusieurs défis.
Avec pas moins de 60 espèces locales de banane dont certaines endémiques, il est difficile de proposer un produit normé pour l’export. Ensuite une production à grande échelle nécessite d’importants moyens d’irrigation que Mayotte n’a pas aujourd’hui.
Il en résulte un paradoxe grinçant. “Aujourd’hui Somaco importe des bananes vertes du Mozambique, personne ne s’y attendait mais la banane est devenue un produit rare”. Une rareté qui s’explique en partie par une autre donnée avancée par un second intervenant. “des dizaines de kwassas quittent Mayotte chaque semaine chargés de bananes et de coco pour les amener à Anjouan. Achetées à 35€ le régime ici elles sont revendues jusqu’à 50€ là bas pour satisfaire la demande.”

Ainsi Mayotte exporte déjà, mais sur le front d’une économie informelle.
Sur la viande, l’autosuffisance est un rêve lointain. l’île ne produit que 1% du poulet de chair qu’elle consomme, contre 70% pour les fruits et légumes.

Un des gros freins relevés réside dans les coûts de production, difficilement concurrentiels entre un territoire français et ses voisins en voie de développement. La solution serait dans “la coordination des acteurs” et la recherche de porteurs de projet. Entre les scops, les coopératives et le réseau rural “il existe une synergie”. Mais il reste beaucoup de travail pour transformer cette synergie en dynamique durable et rentable.