Le pêcheur avait commencé à dépecer la femelle dugong

Lundi matin, un pêcheur a ramené un dugong mort à terre, après l’avoir capturé dans son filet. La gendarmerie, la Brigade nature et le Parc naturel marin se sont rendus sur place. Une enquête est en cours, mais la capture semble intentionnelle.

Dugong mort sur la plage ©A. Guilleux (Agence des aires marines protegees)
Dugong mort sur la plage ©A. Guilleux (Agence des aires marines protegées)

La gendarmerie, la Brigade nature et le Parc naturel marin se sont rendus sur les lieux. A la demande du Parquet, le Parc a fait réaliser une autopsie de l’animal, qui a révélé que “sa mort résultait d’un acte intentionnel et non d’une capture accidentelle”, tel que précisé dans un communiqué envoyé aux médias, “une réponse pénale proportionnée à la gravité des faits devrait être apportée rapidement.”

La destruction d’espèce protégée est punie d’un an d’emprisonnement et 15 000 € d’amende (code de l’Environnement). Les agents du Parc ont également recueilli des données pour alimenter la base de données du réseau d’échouage mahorais des mammifères marins et tortues marines (REMMAT).

Une atteinte tragique à la protection de l’espèce

L’effectif exact de la population de dugongs à Mayotte est méconnu, mais ne dépasserait pas la dizaine d’individus. Cet événement porte donc un coup catastrophique à la conservation des dugongs à Mayotte, d’autant plus que l’animal concerné était une femelle.

La population de dugongs de Mayotte a été relativement abondante par le passé et la cause majeure de son déclin a été sa surpêche. Le dugong est protégé depuis 1995 et depuis 1997 l’utilisation du filet est réglementée dans le lagon de Mayotte. Malgré ces mesures de protection, quelques captures accidentelles de dugongs ont été recensées au cours de ces 10 dernières années et suffisent à menacer la population à très court terme. Viennent s’y ajouter d’autres pressions humaines qui se développent, répertoriées par le Parc Naturel Marin : la dégradation des herbiers de phanérogames marines dont le dugong se nourrit, la pollution acoustique ainsi que la dégradation de la qualité des eaux côtières.

Un plan national et une stratégie locale pour la conservation du dugong

Dugong © Marc Allaria:www.photos-sousmarine.com
Dugong © Marc Allaria:www.photos-sousmarine.com

La mort de ce dugong intervient alors qu’un plan national d’actions en faveur de cette espèce a été élaboré en 2012 par le ministère de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie. La stratégie de conservation du dugong à Mayotte consiste à mettre un terme aux captures et à toutes formes de destruction directe d’origine humaine, afin de stopper le déclin de la population puis de l’amener à un état de conservation satisfaisant.

“Les captures de dugong recensées ayant eu lieu dans des filets, l’objectif de zéro capture ne peut s’obtenir que par l’arrêt total de la pêche au filet telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui”, selon le PNM. Cela implique l’adhésion des pêcheurs à cette action, mais aussi une réflexion et une aide à la reconversion de la pêche au filet vers d’autres pratiques. Le plan détaille les actions à mener sur cinq ans pour Mayotte. Sa mise en oeuvre est coordonnée par la Direction de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DEAL) et a été confiée au Parc naturel marin.
Le volet du plan national d’action concernant Mayotte peut être consulté sur le lien suivant.