Conseillers départementaux et maires réunis pour proposer un "plan de développement inclusif"
Conseillers départementaux et maires réunis pour proposer un « plan de développement inclusif »

« Nous avons su tirer les conséquences de la manifestation contre la vie chère. Sans union entre l’intersyndicale et les élus, on a vu ce que ça a donné, et les prix sont repartis en flèche à la hausse ensuite. Cette fois ci, nous agissons », introduisait Mohamed Bacar, maire de Tsingoni et 1er vice-président de l’Association des Maires de Mayotte (AMM), au sein de l’hémicycle Younoussa Bamana.

Une majorité de maires et quelques conseillers départementaux, ainsi que le sénateur Abdallah, avaient pu se libérer et/ou passer les barrages pour un rendez-vous important. Anchya Bamana, maire de Sada et initiatrice avec la conseillère Raïssa Andhum de l’implication des élus dans la manifestation de mardi dernier, soulignait le challenge : « Proposer un vrai projet de développement inclusif de Mayotte».

Elle répond là aussi vite que le préfet à la demande lucide de la ministre des Outre-mer, dont elle citait les propos : «  Annick Girardin invite à ‘changer la méthode’, en demandant aux élus d’être force de proposition, et à ‘poser un nouveau projet de développement’ autour de priorités clairement établies où sécurité et immigration clandestine sont prioritaires, ‘mais aussi la santé, le logement, l’éducation et les transports’ ».

Surabondance des Etats généraux et plans

Présence des télés nationale et régionale
Présence des télés nationale et régionale

La motion adressée ce samedi au gouvernement et auquel Saïd Omar Oili, président de l’AMM déplorait n’avoir « toujours aucune réponse du gouvernement », n’est qu’un « document d’alerte » pour la maire de Sada, « ce n’est pas un projet de développement pour Mayotte ». Au regard du nombre total de conseiller départementaux, 26 et de maires, 17, elle appelait à « travailler en comité restreint pour un travail de fond ». Est donc né l’idée d’un Comité de coordination des élus de Mayotte.

Pour l’élue, pas besoin de réinventer l’eau chaude : « Le fond, nous l’avons, à travers les Etats généraux des Outre-mer de Sarkozy, de Mayotte 2025 de Hollande et des Assises des Outre-mer de Macron. Il faut surtout y rajouter le rapport de la Cour des Comptes de janvier 2016, où sur la seule page 9 il est dénoncé que ‘le pilotage de la réforme par l’Etat s’est avéré défaillant. Contrairement à d’autres exemples où l’évolution statutaire a été accompagnée par des comités de suivi périodiques, tel n’a pas été le cas pour Mayotte, que ce soit au niveau central ou déconcentré’. » (Lire la synthèse du rapport de la Cour des Comptes)

Avant de laisser la parole à ses collègues pour déterminer la suite à donner au mouvement, Anchya Bamana a émis un mea culpa global, « nous avons trop souvent accepté du bricolage, l’Education est dans un état catastrophique, et nous y avons un peu contribué ».

Le plan d’investissement de l’AMM

Saïd Omar Oili dégainait le plan d'investissements de l'AMM
Saïd Omar Oili dégainait le plan d’investissements de l’AMM

Pour Saïd Omar Oili, il faut poursuivre l’action dans la rue, « ceints de nos écharpes tricolore, les anglo-saxons obtiennent davantage d’avancées parce qu’ils sont unis. Il faut profiter de la présence de la presse nationale. » Mais l’unité est une sauce longue à prendre, et 2 heures après le début de la réunion, le Comité n’était toujours pas établi. Raïssa Andhum pressait pourtant à la concertation, « la société mahoraise vit une mutation profonde culturelle et cultuelle que le Comité de coordination doit pouvoir expertiser puis expliquer à la population. »

Intégreront le bureau du Comité de coordination, les quatre parlementaires, les présidents du conseil départemental et de l’AMM. L’ensemble des conseillers départementaux, des maires, présidents d’EPCI et des intercommunautés, la conseillère économique et sociale, les président du CESEM et du CCEE, et des chambres consulaires, font partie du Comité.

Toujours dans l’idée de proposer une réponse structurée à la ministre, l’AMM a déjà mis la main à la pâte en fournissant un Plan pluriannuel d’investissement sur 10 ans chiffré à 1,8 milliards d’euros, « il s’agit de construction, c’est donc en plus des mesures sécuritaires », glissait Saïd Omar Oili. Il porte sur les équipements sportifs et culturels, pour 40 millions d’euros, sur l’accession et le locatif social, 500 millions d’euros, l’eau potable et l’assainissement, 480 millions d’euros, les routes et les transports, 238 millions d’euros, les constructions et rénovation de 600 classes manquantes et 150 réfectoires, 480 millions d’euros ».

A la suite de cette rencontre, une réunion avec l’intersyndicale était prévue, « ils sont très demandeurs », informait Fatima Souffou, 1ère vice-présidente qui représentait le président Soibahadine, désireuse de maintenir le lien. Mais alors que les élus proposaient un défilé commun le 7 mars, lors de la journée morte où participent également les chefs d’entreprise, il n’y a pas eu d’accord formel sur un défilé commun, nous apprend Fatima Souffou.

Anne Perzo-Lafond
Lejournaldemayotte.com