Le directeur Ismaël Boina accueillait la mission

A première vue, et même à la seconde, on se demande pourquoi la « mission d’information de la délégation aux outre-mer relative au discriminations » a atterri à l’école primaire de Mliha, dans la commune de Mtsangamouji : située en bordure de mer, au CP à 13 élèves, aux CE1et CE2 de 28 élèves en double niveau, idem pour les CM1/CM2, sans rotation et donc ayant adopté les rythmes scolaires, elle a tout d’une école modèle, très au-dessus du référentiel moyen Mahorais.

Son directeur, Ismaël Boina, recevait ce lundi matin ces hôtes prestigieux. Trois députées, Josette Manin, Cécile Rilhac, dont la vice-présidente de la Délégation OM, Maud Petit, accompagnées de leurs collaborateurs, et de la conseillère à la Délégation outre-mer, Anne Rocchesani.

Une délégation venue pour « lister les problématiques de Mayotte que nous ne retrouverons pas ailleurs, notamment dans l’Hexagone », nous décrypte Josette Manin : « Nous avons choisi deux DOM emblématiques, la Martinique, semblables sur ce sujet à la Guadeloupe, et Mayotte, pour son parallèle avec la Guyane. Nous avons commencé le travail à Paris sur les discriminations dont peuvent souffrir les ultramarins dans l’Hexagone, et nous poursuivons sur place sur les secteurs de la santé, du logement, de la scolarisation, dont l’illettrisme, du droit des femmes, etc. Et notamment, sur les retards en matières d’aides et d’allocations. »

Chute des effectifs scolaires

Le maire, à gauche, exposait ses problèmes de foncier

Avec cette ambiance marine par ce jour de grand vent, on se serait presque cru dans la petite école de Houat en Bretagne : « Il n’y avait que 3 garçons en CP, nous avons donc fait monter plusieurs Grande Section, parmi les plus débrouillards », explique le directeur, qui aurait pu mettre cette phrase au féminin, puisqu’il s’agit dans une majorité écrasante de « débrouillardes ». Pas de discrimination de ce côté là non-plus, donc.

Le CP est à l’image de l’école, qui enregistre une chute d’effectifs, peu commun sur une île où la pression migratoire fait craquer les établissements. Le maire Saïd Maanrifa Ibrahima s’en explique : « Nous sommes passés de 1.400 élèves en 2014 à 1.200 actuellement, car nous sommes stricts sur les attestations d’hébergement des parents. S’ils ne sont pas formellement identifiés et authentiques, nous n’inscrivons pas, c’est aussi un problème d’assurance s’il arrive quelque chose à l’enfant. » Ils peuvent faire preuve de souplesse, « pour les frères et sœurs des enfants que nous avons déjà, mais en fonction des disponibilités. »

L’autre particularité de l’école se tient dans un petit coin qui jouxte la cour de récréation : une tombe s’y dresse, celle d’un ancien arbitre de Mayotte qu’Ismaël Boina, ex footballeur passionné, n’est pas mécontent d’avoir comme voisin.

Un cimetière plus marin que le sien

La tombe dressée à côté de l’école

Brassens doit être ravi de voir une tombe plus marine que la sienne à Sète, mais le maire à l’air moins enchanté : « Nous aurions besoin de ce lopin de terre pour des extensions, notamment la construction d’un réfectoire, mais une famille en est propriétaire ». La même qui possédait le terrain où fut construit l’école vers 2006, mais sur une superficie qui pose elle-même des problèmes : « C’est le SMIAM qui construisait à l’époque. Si l’acte de vente a bien été signé, il n’a pas été enregistré aux services fonciers ! » Encore un des avatars du Syndicat Mixte d’Investissement et d’Aménagement de Mayotte (SMIAM), depuis dissout, mais dont la liquidation des actifs et du passif est toujours en cours.

Le conseil départemental qui était également actionnaire du SMIAM demande sa part, « et nous n’avons pu obtenir que l’Etat nous accorde un bout de terrain un peu plus loin », montre-t-il en direction du terrain de foot. Situé en zone des 50 Pas géométriques, il avait été prévu que les infrastructures publiques puissent bénéficier gratuitement de la cession de terre. Mais le récent rapport du GIEC sur la montée possibles des eaux, va refroidir plus d’un décideurs.

L’école a pu bénéficier d’une enveloppe de 50.000 euros pour des études préalables à rénovation, « notamment l’isolation thermique du bâti, et les réparations des brasseurs d’air », explique le maire qui vient de décrocher à l’échelle de la commune un prêt de 2 millions d’euros de l’AFD.

C’est Olivier Serva, le président de la Délégation Outremer, qui ordonné cette mission, qui aboutira à la rédaction d’un rapport remis au gouvernement, « qui doit l’utiliser ensuite », glisse Josette Manin, sans plus de précisions. Nos parlementaires devront donc veiller à ce qu’il ne tombe pas malencontreusement au fond d’un tiroir.

Anne Perzo-Lafond
Lejournaldemayotte.com