Formation et droit commun sont les deux jambes qui doit aider Mayotte à avancer pour Muriel Pénicaud

Une nouvelle ministre qui parle de « défis immenses » à Mayotte, et c’est celle du Travail. Avec « prés d’un jeune sur deux » au chômage, il y a de quoi s’inquiéter de l’oisiveté d’une jeunesse qui ne se construit pas. Ce sont ces rencontres, dans les chantiers d’insertion, etc., qui ont confirmé Muriel Pénicaud de l’utilité de ce Plan Investissement Compétences (PIC) pour lequel l’Etat débloque 21 millions d’euros sur 4 ans.

Il faut partir de zéro, toucher à l’illettrisme, pour ensuite former pour les emplois qui seront créés lors des futurs chantiers, écoles, hôpital, voiries, etc. Des « clauses d’insertion » seront intégrées dans les passations de gros marchés, avec un nombre d’heures réservées à l’insertion des jeunes. Des financements de son ministère pourront être sollicités pour les chantiers d’insertion. Autre avancée, certaines parties des marchés seront réservées aux Très Petites Entreprises locales.

Alors que l’apprentissage est une voie des plus adaptées au territoire, Muriel Pénicaud déplorait son étroitesse, « seulement 240 jeunes apprentis », c’est à dire moins qu’en 2016, alors que les besoins sont énormes !  La ministre invite à répondre à Mayotte du futur appel à projet « 100% inclusion », qui permettra pour un jeune de travailler dans une association sportive. Et à créer d’avantage de Centres de Formation des Apprentis. Avec un bémol, elle envisage d’adapter les textes pour ne pas dépendre d’un maître d’apprentissage diplômé, « certains ont la compétence suffisante ». Or, il faut avoir des garde-fous à Mayotte, où la personne chargée de désigner le maître de stage est parfois… incompétente.

Le Code de Sécurité sociale à la traine

Les partenaires sociaux autour de la table avec la ministre dimanche

La « deuxième jambe » pour la ministre, c’est le droit commun, rien que le droit commun, dans la lutte « très énergique », contre le travail illégal, vecteur de « concurrence illégale », et de « dumping social » évoqué avec les partenaires sociaux, qui tire les conditions de travail vers le bas. Saluant le travail du Gelic à ce sujet, avec un sous préfet à la lutte contre l’immigration clandestine qui partait ce lundi pour 48 heures à Paris, « pour défendre les dossiers de Mayotte », a-t-il glissé à la presse en s’envolant.

Mais le droit commun n’a pas ses portes d’entrée partout. Si le Code du Travail commence à s’appliquer grâce au décret voté il y a deux semaines, celui de la Sécurité sociale est renvoyé à « un échéancier ultérieur », « si nous faisions tout à la fois, personne ne suivra ». Or, les syndicats de salariés ont interpellé la ministre sur l’application des mesures sociales comme les 11 jours de congé paternité, mais non pris en charge par la Sécurité sociale. Un patron nous a expliqué vouloir renouveler le staff de son entreprise en recrutant des jeunes, mais bloqué par les anciens qui ne veulent pas partir à la retraite avec une pension de misère. Plombant la compétitivité et la productivité de son entreprise.

« L’échéancier ultérieur », invoqué par Muriel Pénicaud, repose sur un décret de 2012 prévoyant un rapprochement progressif des taux de cotisation sociale avec ceux de la métropole, jusqu’en… 2036. Sans qu’on entende parler d’une montée en puissance identique des prestations. Les syndicats grincent des dents, « quand ce sont des taxes, c’est immédiat, on est dans le droit commun, comme pour les impôts, mais quand il s’agit d’avancées, comme les allocations ou la retraite, il y a une progressivité ». Des deux jambes, l’une est plus petite, avec un risque de boiter, madame la ministre… L’un d’entre eux nous rappelait que l’excédent de 7 millions d’euros de la Caisse de Sécurité sociale de Mayotte (CSSM) était remonté à Paris, avec une contribution nationale bien moindre en contrepartie.

Maintien des Emplois aidés

Conférence de presse de la ministre du Travail à l’aéroport, aux côtés du préfet Dominique Sorain

Trois mesures étaient très attendues, pour les entreprises c’est le maintient du Crédit Impôt Compétitivité Emploi (CICE), pour les collectivités ce sont les Emplois aidés, « l’enveloppe d’environ 2.000 emplois aidés sera maintenue, avec un financement non plus de 95% par l’Etat, mais de 60% à Mayotte, contre 50% dans le reste du pays. » L’enveloppe est de 11.000 contrats aidés à La Réunion pour 2019. Dernière, mais non des moindres, le Pôle emploi sera autonome début 2019, avec des payes et des gestions de carrière qui devront se faire à Mayotte et non plus à La Réunion.

Alors que le décret commence à être épluché par les partenaires sociaux, beaucoup nous ont interpellé : « Il faut qu’on nous forme aux nouvelles compétences de conseils qu’on attend de nous, notamment dans les Commissions Paritaires Régionales Interprofessionnelles. Sinon, on va avoir du mal à être au niveau du dialogue social que l’on attend de nous face au patronat, et c’est le risque de nouvelles grèves. »

Muriel Pénicaud informait qu’outre la formation de « montée en compétence en cours des leaders des organisations patronales et syndicales », menée par Dominique Ledemé, Chargé de mission pour la mise en place du nouveau Code du Travail, il était possible de solliciter le Fonds social européen (FSE) « pour financer à 85% les formations ».

Lors des manifestations pour l’application du code du travail en février 2017

C’est la preuve pour la ministre qu’il ne faut pas « aller trop vite », notamment sur les Prud’hommes, « qui ne seront opérationnels qu’en 2022, car d’ici là, il faut désigner et former. »

Un peu sur le même mode que le budget des outre-mer, il y a des fonds, mais il va falloir savoir les solliciter. Avec un FSE qui semble désormais dédié à former l’ensemble des forces vives du territoire.

Anne Perzo-Lafond