Une table ronde tendue sur "l'accès aux soins"

Une table ronde organisée lors du le congrès d’un syndicat d’infirmières libérales a donné lieu à un vif débat entre Médecins du monde d’un côté, le CHM, la sécurité sociale et le Conseil général de l’autre.

Aurélie Gérome de Médecins du monde, au centre, et Jacques Martial Henry
Aurélie Gérome de Médecins du monde, au centre, et Jacques Martial Henry

«Quel accès aux soins dans un système de santé en mutation ?» Le thème de la table ronde organisée à l’occasion du congrès national du syndicat des infirmières libérales (Sniil) promettait un débat passionnant. Il a été explosif. Il faut dire que le syndicat avait réussi un tour de force : réunir autour d’une même table les représentants de Médecins du Monde, le directeur de l’hôpital et celui de la caisse de sécurité sociale (CSSM) et Jacques Martial-Henry, le 2e vice-président du conseil général chargé des questions de santé.

C’est Aurélie Gérome pour Médecins du Monde (MdM) qui ouvre la discussion. La jeune médecin de l’ONG reprend les différents éléments d’analyses sur la situation sanitaire à Mayotte, tels qu’ils ont été présentés dans le rapport annuel de MdM publié il y a deux semaines.

Une table ronde tendue sur "l'accès aux soins"
Une table ronde tendue sur « l’accès aux soins »

Elle décrit le dispositif d’accès aux soins dans notre département, jugé «discriminant» par MdM. «Les personnes en situation irrégulière doivent s’acquitter d’un forfait de l’ordre de 10 euros pour une consultation de médecine, ce qui est souvent une somme très importante pour elles», relève-t-elle. Certes, un système de «bons roses» a été mis en place qui offre la gratuité des soins aux enfants ou aux femmes enceintes mais leur distribution est «arbitraire», dénonce Aurélie Gérome.

«Nous ne rejetons personne !»

Mais cette fois, les responsables des institutions sanitaires n’avaient pas l’’intention de laisser dire.
«Personne n’a le monopole du cœur», commence par répondre Jacques Martial Henry, qui est responsable des centre PMI. «Nous faisons beaucoup pour les enfants qui ne sont pas Mahorais.»

«Nous avons d’énormes difficultés liées à l’’immigration clandestine… A un moment donné, je crois que la France va devoir annexer les Comores pour régler ce problème», plaisanta-t-il avant de sonner la charge contre une ONG qui «parle de ce qu’(elle) ne connait pas».
«80% des actes pratiqués par nos infirmiers et nos médecins dans les PMI concernent des personnes qui ne sont pas Mahoraises. Nous n’avons jamais rejeté personne, même si ça nous fait mal, nous devons l’accepter !»

Jean Veron de la CSSM et Etienne Morel du CHM qui dénonce le discours 'moraliste et accusateur" de l'ONG
Jean Veron de la CSSM et Etienne Morel du CHM qui dénonce le discours ‘moraliste et accusateur » de l’ONG

Une insulte au CHM

Vient alors le temps de parole d’Etienne Morel: «Un discours intolérable», «une insulte pour les 2.300 agents du CHM qui se dépensent sans compter»… Le directeur du CHM bouillait depuis 10 minutes sur son siège en attendant de pouvoir répondre.

«A Médecins du monde, le discours accusateur et moraliste est toujours le même ! Il n’y a pas plus ouvert que le CHM pour l’accès aux soins», affirme-t-il.
Et Etienne Morel de rappeler que «sur les 160 millions d’euros de budget du CHM, 70 millions sont consacrés aux non-assurés sociaux». Quant aux fameux 10 euros, ils assureraient à peine 1 million d’euros de recettes sur les 160 millions, autant dire qu’ils ne seraient pas un enjeu économique pour l’hôpital. «Cessez de présenter le CHM comme un établissement fermé alors que nous sommes le seul établissement de France à offrir un accès totalement gratuit aux soins !»

Il concèdera, après la table ronde, que des comportements individuels «zélés» existent probablement mais qui ne doivent pas être décrits comme un système organisé de tri des patients.

"Personne n'a le monopole du coeur", affirme, à son tour, Jacques Martial Henry
« Personne n’a le monopole du coeur », affirme, à son tour, Jacques Martial Henry

Un système qui marche «plutôt pas mal»

Quant à Jean Verron, le directeur de la Caisse de sécurité sociale (CSSM), il mettait en garde contre toute attaque aveugle d’un système «qui marche plutôt pas mal». « Si on met en place le système de métropole, beaucoup seront nombreux à être exclu du système de santé», rappelant qu’à Mayotte, on est assuré sans obligatoirement cotiser. «Sur les 250 millions d’euros de dépense de santé, 38 millions sont des cotisations locales. 220 millions viennent de la solidarité nationale qui finance ce système.»
Le directeur de la CSSM reconnaissait dans le même temps que des améliorations pouvaient être apportées et que l’instauration de l’Aide médicale d’état (AME) serait «utile» pour permettre un accès aux soins libéraux, en particuliers pour les suivis post-hôpital.

Soigner tout le monde

C’est finalement une infirmière libérale guyanaise, présente dans la salle pour suivre les travaux du congrès, qui va prendre le micro pour tenter d’apaiser les passions. Dans son département aussi, les parents étrangers sont nombreux, avec des enfants qui ne sont pas toujours les leurs. Là-bas aussi, Médecins du Monde et la sécurité sociale sont en conflit. Mais quelques que soient les réalités et les opinions des uns et des autres, «on est là pour soigner tout le monde» concluait-elle.
Les infirmiers et infirmières auront en tout cas pu mesurer les tensions autour du véritable thème de cette table ronde : santé et immigration illégale.
RR
Le Journal de Mayotte