Alexandre Kesteloot livrait les modalités des prêts

Nous avions relayé la délibération du conseil départemental qui octroie 1 million d’euros, qui s’ajoute au même montant de l’Etat, sur ce dispositif. Cela reste un prêt, mais contrairement aux autres, il est à taux zéro, peut abonder immédiatement la trésorerie de l’entreprise, avec un début de remboursement différé de 6 à 12 mois, avec un étalement possible sur 10 ans, « les entreprises doivent pouvoir avoir les fonds nécessaires et avoir le temps de redémarrer et faire face à la crise », avait indiqué l’élu chargé des Finances au Département, Ben Issa Ousseni.

Seulement, entre le vote et le déblocage des fonds, le temps s’écoule et les entreprises coulent. Alors en attendant que les conventions soient signées, la Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI) a donc décidé d’avancer 500.000 euros de fonds propres, « ainsi, nous pourrons financer rapidement les 15 dossiers déjà complets qui passent en Comité de crédit la semaine prochaine », indique Alexandre Kesteloot, Directeur du Pôle Entreprise à la CCI.

Son président Mohamed Ali Hamid, rappelle que le dispositif s’adresse aux Très petites et petites entreprises, « avec de grosses difficultés de trésorerie, elles ont du mal à sortir de la situation catastrophique de 45 jours de blocage.

Depuis la mise en place de la Cellule urgence à la fin de la crise, ce sont 400 entreprises qui ont été accueillies, « nous avons reçu le soutien du conseil départemental pour recruter une équipe projet qui accompagne les chefs d’entreprise. »

7 fois la mise

Bourahima Ali Ousseni, pt de Initiative Mayotte

La démarche commence par l’inscription au prêt d’honneur sur le site de la CCI, « ceux qui n’ont pas internet doivent venir nous voir ». C’est la phase la plus importante, « l’équipe projet calcule les besoins en trésorerie pour dégager un prévisionnel. Il est possible de combiner un prêt d’honneur et un prêt bancaire. Dans ce cas, les démarches sont facilitées par un lien tissé avec des banques partenaires. C’est le cas de la BFC pour l’instant », explique Alexandre Kesteloot.

Ensuite, le dossier est monté toujours en accompagnant le chef d’entreprise, puis l’équipe de la plateforme Initiative Mayotte instruit le dossier avec la présence d’un expert comptable, le cabinet Mahorais de Conseil. Puis, le comité de crédit se réunit, « les fonds peuvent être débloqués une semaine après, assure Ali Djaroudi, de Initiative Mayotte, avec un objectif, exercer un levier pour l’investissement bancaire. »

Avec un cofinancement bancaire garanti à 90% par la Banque Publique d’Investissement (BPI), « ce sont 7 millions d’euros qui pourraient être levés au final » selon Bourahima Ali Ousseni président Initiative Mayotte. Le système a fonctionné avec un autre dispositif voisin, le prêt d’honneur au développement, « qui a permis de décupler 160.000 euros de prêts pour arriver à 800.000 euros au total ».

180 millions d’euros de créances non recouvrées

Le patron d’une auto-école venait aux nouvelles

Il est possible d’emprunter au maximum 50.000 euros, « sans caution, ni garantie ». Il vaut mieux être à jour de ses cotisations sociales et fiscales, « mais un moratoire est suffisant », il faut pour cela s’être mis d’accord avec la Sécurité sociale ou les impôts. C’est la réponse à l’interrogation de ce propriétaire d’auto- école qui expliquait ne pas être à jour, mais détenir des factures non payées. « En fonction des sommes en jeu c’est possible, répondait Alexandre Kesteloot, nous ferons pression entre autre sur vos débiteurs, notamment les collectivités ».

Un argument qu’il développait et qui va en intéresser plus d’un : « La semaine dernière, une petite structure se plaignait d’une grosse créance publique auprès de la mairie de Mamoudzou. Nous en avons obtenu le paiement, et même procédure avec la mairie de Dembéni. » On apprenait à ce sujet que les créances non recouvrées, notamment de la part des collectivités locales, sont estimées à 180 millions d’euros à Mayotte !

On le voit, si la cellule urgence a traité plus de 90 dossiers d’entreprises par semaine, certains problèmes ne sont pas liés à la crise, et beaucoup relèvent de la gestion quotidienne.

C’est d’ailleurs la 5ème et dernière étape du chef d’entreprise : son accompagnement par la Cellule d’urgence pendant le financement du prêt pour saisir l’opportunité du plan d’urgence, car en cas de non remboursement, ce sera le recouvrement, comme avec une banque. « De toute façon, le seul secret pour sortir de la crise, c’est d’être accompagné, et de savoir utiliser sa trésorerie à bon escient », concluait Alexandre Kesteloot, en invitant les chefs d’entreprise à se déplacer.

Anne Perzo-Lafond
Lejournaldemayotte.com