Mayotte commence à anticiper sur ses futures filières en tension : Insidens, qui se qualifie comme laboratoire du développement durable, vient de diplômer 12 agents, avant même que les déchetteries ne voient le jour.

Remise des diplômes par Anne Constance Onghena
Remise des diplômes par Anne Constance Onghena

On peut dire qu’elles sont impatiemment attendues ces déchetteries qui vont permettre en 2016, aux professionnels comme aux particuliers, de se débarrasser de leurs encombrants dans des bennes appropriées.

Insidens a mis en musique une formation financée par Pôle emploi : 840 heures de cours, «avec une partie théorique, après des tests en français et maths, et avec une remise à niveau, et des stages en immersion chez Enzo Recyclage, MAP, Sodifram, à Chirongui, chez Jumbo Score, au CHM et au conseil général», résume Anne Constance Onghena, directrice générale d’Insidens.

« Enterrer le magnégné »

Et cinq mois après, sur les 29 jeunes, 16 sont diplômés, dont 4 partiellement, une première salve en provenance de Pôle emploi, une seconde de jeunes volontaires du bataillon du service militaire adapté (BSMA) de Combani. Ce sont donc ces deux structures qui ont financé, chacune de leur côté, les deux stages. « Nous avons misé sur une filière qui se professionnalise», estime Yann Polard, directeur de l’antenne locale de Pôle emploi.

Faute de déchetterie pour former les jeunes sur le tas, il a fallu improviser, faire «comme si», en transformant provisoirement le quai de transfert de Hamaha, avec la collaboration de la société Star Mayotte et de sa directrice Aurélie Loctin et du SIDEVAM (Syndicat de déchets).

Une formation de qualité, censée «enterrer le magnégné», ainsi que l’avance Anne-Constance Onghena, et qui prend place dans le PEDMA, le Plan d’élimination des déchets et matériaux non dangereux élaboré par le Conseil général.

Les 12 diplômés partent en septembre pour une formation professionnalisante, un contrat d’un an qu’ils effectueront en métropole dans deux entreprises du groupe GDF Suez, SITA et SEPURE.

S’assurer du bon profil

Maboita avec Anne Manjoux
Maboita avec Anne Marjoux

Les jeunes du BSMA trouvent là une suite logique à leur formation qui répond à la structuration d’une filière, «un geste vers l’écologie important à Mayotte, nous sommes d’ailleurs prêts à le renouveler», indique Christian Carrère, chef de corps du Bataillon.

Pour ceux qui étaient inscrit au Pôle emploi, c’est inespéré, particulièrement pour ceux qui n’avaient aucune qualification comme Toihiri Charif Fatima, «du coup j’ai déposé un CV à Sodifram en tri des déchets», ou un challenge à relever pour d’autres comme Rayaha Abdallah, dit « Matoiba » membre de l’association AJVK de Kawéni, titulaire d’un CAP en bâtiment qui préfère poursuivre sa formation professionnalisante en métropole.

Pour s’assurer d’un bon taux de réussite à l’examen (78%), outre les tests en maths et Français, les candidats à cette formation ont dû passer 3 jours en entreprise, «une familiarisation demandée par Pôle emploi», indique Anne Marjoux, d’Insidens.

S’ils décident de revenir à Mayotte dans un an, des déchetteries flambant neuves devraient leur tendre les bras…

Anne Perzo-Lafond
Le Journal de Mayotte