Entraînement intensif à Cavani avant les Jeux
Patrick Bonfils et Madi Vita
Patrick Bonfils et Madi Vita

La 11e édition des jeux de la CJSOI (Commission de la jeunesse et des sports de l’Océan Indien) qui aura lieu du 20 au 28 avril prochain à Djibouti se déroulera-t-elle sans la France ? C’est en tout cas le risque que brandit le Quotidien de la Réunion en Une de son édition de jeudi dernier.

Cette menace de non-participation de la France à cette rencontre découle d’une opposition frontale entre la ministre des Sports Laura Flessel, et le Cros de Mayotte présidé par Madi Vita. La représentante du gouvernement souhaite cette année envoyer une délégation unique composée d’athlètes mahorais et réunionnais sous une seule bannière « France Océan Indien ».

Pourtant depuis 2003, les deux îles françaises participent de manière séparée. Le point de blocage vient de l’interdiction faite à Mayotte de défiler sous drapeau français. Une revendication comorienne. Rassembler les deux départements dans des équipes communes permettrait de contourner ce problème, mais au risque de voir les sportifs mahorais sous-représentés, et de voir éludée la préparation respective de chacun des îles, Réunion et Mayotte. Hors de question pour Madi Vita qui a rassemblé vendredi ligues et comités dans les locaux du Cros afin de définir une position commune. Leur volonté reste dans la droite ligne de celle exprimée dans un courrier à la ministre dans lequel le Cros rappelait son souhait d’une participation mahoraise à Djibouti.

« Cette formule France Océan Indien nécessiterait de revoir la charte des jeux, estime Madi Vita, qui craint qu’une telle modification n’impacte aussi les jeux adultes. Nous nous sommes positionnés depuis le 18 janvier pour rejeter cette formule où il n’y a pas d’identité Mayotte et pas d’identité Réunion, pour contourner cette histoire de drapeau et d’hymne. C’est une demande comorienne qui date de très longtemps. Ce dossier date des premiers jeux en 1979. En 40 ans on n’a pas eu de solution, mais tous les gouvernements précédents ont dit non à cette approche comorienne », rappelle-t-il.

Eviter « l’humiliation » pour Mayotte
Une polémique d’autant plus vaine selon le responsable mahorais que  » pour les jeux des jeunes il n’y a pas d’hymne, et la notion de drapeau n’est évoquée que quand on est sur le podium. A la cérémonie d’ouverture, toutes les délégations arborent le drapeau des Jeux, avec une pancarte indiquant le nom de l’île. C’est ce qui a été fait à Madagascar il y a deux ans, et qui évite cette humiliation où seule Mayotte ne pouvait avoir son drapeau national. »

Selon le Quotidien de la Réunion, si le désaccord persiste,  » la feuille de route de la Ministre serait : pas de participation », relate le journal citant une source au sein de la DJSCS, le service d’Etat français de la Jeunesse et des Sports.

« Pour ne pas en arriver à cette extrémité, on a écrit au président du Conseil départemental et aux parlementaires pour qu’ils interfèrent avec la ministre », explique Madi Vita,  président du Cros Mayotte. « On a reçu le courrier de la ministre mardi, et on a décidé de se réunir et on a maintenu notre position du 18. »
Pour lui, la décision du ministère est « purement politique, mais nous, mouvement sportif, on n’est pas habilités à parler de politique et de diplomatie ».

Il en appelle désormais aux élus locaux pour prendre le relais.  » c’est maintenant le travail des élus. On croit encore que la ministre peut revenir à la raison mais c’est maintenant qu’il faut réagir. »

« Peu de risque » selon la DJSCS

Un argumentaire « fallacieux » pour Patrick Bonfils, directeur de la DJSCS à Mayotte. « La ministre et l’Etat souhaitent une délégation unique pour que Mayotte ait le drapeau français, comme tout Français. Actuellement, si un Mahorais monte sur le podium, il n’aura pas le drapeau français mais celui des jeux des jeunes. »
Concernant la délégation unique « cela va bien sur baisser le nombre de sportifs mahorais et réunionnais, mais en élevant la qualité, car pour élever le niveau de Mayotte, il faut des experts de haut niveau, et ils sont à La Réunion. »

Patrick Bonfils, directeur de la DJSCS
Patrick Bonfils, directeur de la DJSCS

En outre, « on a acté le fait qu’il y ait autant de Mahorais que de Réunionnais dans la délégation » ce qui serait avantageux pour Mayotte si on s’en rapporte au nombre d’habitants.
Enfin vient le nerf de la guerre. « On est aussi dans une logique économique » assume Patrick Bonfils qui rappelle que l’Etat est en charge du financement de la participation aux jeux. « Deux délégations de 160 athlètes, ça coûte cher. Les billets prennent 200€ chaque semaine, là on en est à 2500€ par athlète ». Si on fait le compte, le budget atteint 400 000€ par délégation, soit près du double du budget initial. « Toutes ces tergiversations vont coûter de plus en plus cher et réduire les délégations » avertit-il.
Quand au risque de non participation de la France, il est à relativiser selon lui.  » Le mouvement sportif de La Réunion est prêt à y aller. En outre il n’y a pas que le sport, il y a aussi la jeunesse. Les jeunes de Mayotte, en théâtre, musique ou danse qui veulent y aller, on les accompagnera. En tout cas on souhaite une issue positive » conclut-il.

Yohann DELEU

 

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