Cette décision ne sera pas un frein à la lutte contre les filières d'immigration clandestine

Les Petit-terriens les connaissent bien, ces centaines de barques qui semblent s’entasser à longueur d’année sur le site militaire des Badamiers. Alignées, superposées, elles représentent des tonnes de résine qui pâlissent au soleil. Ces barques, c’est le fruit des centaines d’interceptions annuelles de kwassa-kwassas par la PAF ou la gendarmerie maritime. Produites en série à Domoni, souvent rentabilisées en un seul voyage, elles finissent dans ce cimetière de bateau jusqu’à ce qu’une décision de destruction soit prise.
C’était le cas ce jeudi matin avec le lancement d’une opération de broyage de 100 barques sur les quelque 250 qu’accueille le site militaire de la Légion Etrangère.

Préfet et procureur côte à côte pour cette opération

“On en saisit 350 à 400 par an” informe le préfet Dominique Sorain. Depuis janvier, 96 ont été récupérées et stockées sur ce site. Fin 2016 une précédente opération de destruction avait permis de mettre en pièce 250 barques. Il n’y a pas d’autre échappatoire possible pour ces bateau qui ne répondent pas aux normes de sécurité, d’environnement etc. Une fois broyés à coup de tractopelle, les morceaux de fibre sont bargés vers Mamoudzou et transportés au nord pour y être enfouis. Les moteurs sont soit détruits aussi soit envoyés en métropole pour y être recyclés par une entreprise spécialisée. L’essence, qui ne répond pas aux normes françaises, est elle aussi envoyée en métropole pour y être retraitée.
Un rituel qui dure ainsi depuis des années, mais qui prend un sens particulier, alors que les reconduites vers les Comores restent impossibles.
“La lutte contre l’immigration clandestine reste une priorité pour l’Etat, assure le préfet. L’impossibilité des reconduites reste une difficulté mais la LIC se poursuit, on continue à travailler. Les opérations de contrôle continuent car on peut encore judiciariser les passeurs et détruire les kwassas. Il faut le faire régulièrement.”

Les barques sont détruites méthodiquement par le tractopelle

Les passeurs quant à eux font l’objet de poursuites systématiques. “Tous font l’objet de poursuites judiciaires, complète le procureur Camille Miansoni. Depuis septembre 2017 ils sont systématiquement déférés et présentés à un juge puis jugés. Les peines vont du sursis pour ceux qui ont un casier vierge à des emprisonnement de 24 à 36 mois pour les récidivistes.”

L’opération qui doit se dérouler sur plusieurs jours a un coût. Entre son stockage, sa destruction, le transport et l’enfouissement des matériaux, chaque kwassa détruit coûte environ 500€ à l’Etat français.

Y.D.