Pose du premier panneau par les autorités et les investisseurs

Mayotte vient d’accueillir, non la première pierre, mais le premier panneau de la première centrale photovoltaïque avec stockage de l’électricité à Dzoumogné. Un opérateur privé va donc revendre son électricité à EDM, une opération dont la rentabilité dépend des tarifs autorisés par la CRE.

Tony Pistarino et Franck Rivas, Corexsolar, les pionniers à Mayotte
Tony Pistarino et Franck Rivas, Corexsolar, les pionniers à Mayotte

Ce fut un parcours du combattant à entendre Franck Rivas, président de Corexsolar Holding, qui va implanter sa ferme photovoltaïque de 6.000 panneaux pour 9MW sur l’ancienne décharge de Dzoumogné : « l’appel d’offre a été retiré une première fois, puis il a fallu transformer le Plan Local d’Urbanisme d’un terrain qui était passé en zone agricole. »

Un projet à 9 millions d’euros mené par une entreprise qui a implanté 6 fois plus grand dans le genre à La Réunion en 2014, et qui apporte ainsi son expertise.

Un précurseur à Mayotte où capter l’énergie solaire pour notre alimentation électrique semble une évidence, et pourtant elle y contribue seulement pour 6%, malgré ses 73 fermes photovoltaïques déjà fonctionnelles !

Les 30% de seuil maximum loin d’être atteint…

Yacine Chouabia: "le tarif de rachat est un véritable frein à l'investissement"
Yacine Chouabia: « le tarif de rachat est un véritable frein à l’investissement »

Deux raisons à cela, le foncier, et la rentabilité de l’investissement, détaillées dans son allocution par Yacine Chouabia, le directeur général d’Electricité de Mayotte (EDM), présenté comme le champion de l’ouverture au photovoltaïque par Corexsolar.

Nous ne reviendrons pas sur la difficulté de dégager l’équivalent des 3 hectares que nécessite cette ferme, « la création d’un établissement public foncier montre que les autorités ont pris le zébu par les cornes », lance Yacine Chouabia.

Mais qui va s’appesantir en revanche sur les freins financiers en partant d’un constat : « de 2008 à 2011, nous avons doublé le parc photovoltaïque, contre seulement une ferme par an de 2012 à 2015. »

Un premier coup de semonce avait été donné au nom du « seuil de déconnexion de 30% » : les calculs prouvait qu’une production liée au soleil qui dépasserait ce seuil, risquait, au moindre nuage, d’appeler les centrales électrique à fournir d’un coup l’énergie demandée, trop lourd à supporter. Un argument auquel Yacine Chouabia tord le cou aussi sec, invoquant la croissance de Mayotte, « en 2015, la marge pour atteindre ce seuil est de la moitié du parc actuel. » De toute manière, la question ne se pose pas dans ce cas, puisqu’une batterie va stocker 20% de l’énergie produite.

Un prix de rachat rentable… pour l’investisseur

Pose du premier panneau par les autorités et les investisseurs
Pose du premier panneau par les autorités et les investisseurs

Le tarif de rachat est donc bien un véritable frein de l’avis de l’opérateur. « EDM nous rachète le kwh à 47 centimes », indique Franck Rivas, un tarif négocié lors de la réponse à l’appel d’offre. A perte donc, « c’est au dessus de mon prix de production », souligne Yacine Chouabia, satisfait néanmoins que la Commission de régulation de l’énergie (CRE) ait revu ces tarifs à la hausse, « pour inciter l’investissement dans la production solaire ». Un système de rachat d’électricité plus complexe pour EDM, « mais un beau challenge ».

A un mois de la COP 21, il en va du respect de l’ambitieuse programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) du gouvernement qui planifie un mix énergétique de 50% de part des énergies renouvelables dans la consommation finale d’énergie en 2020.

C’est donc un tapis rouge qui pourrait être déroulé sous les pieds des investisseurs comme Corexsolar, alors que Yacine Chouabia incitait à développer les autres voix du mix énergétique : les chauffe-eau solaires, « sans problème de foncier puisque posés sur les toits », mais toujours plus chers à l’installation qu’un chauffe eau électrique, « imaginons un dispositif d’aides en complément de celles proposées par EDM », et l’éclairage public alimenté au solaire.

Le projet de Dzoumogné à la fois « réhabilite intelligemment un site qu’il va permettre de dépolluer », comme le fait remarquer le maire de Bandraboua, commune qui l’héberge, et arrivé à terme « grâce à un rapport d’homme à homme, une volonté qui doit transcender les difficultés à Mayotte », conclut Alain Faudon, Sous-préfet en charge des affaires régionales.

Anne Perzo-Lafond
Le Journal de Mayotte