CARNET DE JUSTICE DU JDM. «Bonjour ! Je travaille à la brigade de recherche de la gendarmerie de Mamoudzou. Je suis envoyé par la préfecture.» Voici comment Eldina se présentait à ses futures victimes. Légèrement handicapé, physique et mental, il repérait rapidement les personnes quand il arrivait dans un village avec sa béquille : «Moi, je vous explique», dit-il au tribunal, sûr de son petit effet. «J’ai une bonne imagination. Quand j’arrive, je comprends tout. Dès que je vois ton visage, si tu es noire, je sais si tu es de Grande Comore ou de Mayotte…»

Salle d'audience du TGI de MamoudzouTacticien, il l’est en effet. S’il ne repère personne, il cite un nom au hasard, demandant qu’on le conduise chez la personne. Très souvent, la demande fait mouche, il tombe sur un nom qui existe. Eldina peut alors dérouler sa fausse mission et sa véritable escroquerie.

Car malgré son côté très agité, l’homme sait ce qu’il fait. Il joue sur la faiblesse de ses victimes, des femmes comoriennes qui attendent des papiers d’identité.
Il explique donc qu’il est employé par la préfecture, chargé de faire des enquêtes sur la personnalité de celles qui ont déposé des demandes de documents d’identité pour boucler l’instruction de leur dossier. Après un long moment passé chez les gens, il repart avec une belle petite somme dans les poches. A la barre, il doit répondre de 450 euros escroqués à une dame pour de faux «droits de justice».

Un mandat d’arrêt depuis un an et demi

Eldina est à l’aide, il a déjà bien rodé sa technique. «Ca faisait 2 ans que je ne le faisais plus parce j’avais trouvé un travail», a-t-il expliqué aux enquêteurs… Mais avant d’interrompre son activité frauduleuse, il avait déjà été condamné pour des escroqueries similaires. En mars 2014, il avait écopé de 3 mois de prison. Absent de son procès, un mandat d’arrêt avait été lancé. Et ce n’est que le 16 décembre dernier qu’il a été interpellé. Depuis, il purge sa peine à Majicavo et il a donc rejoint la salle d’audience du tribunal correctionnel entouré par les gendarmes.

Salle d'audience du TGI de MamoudzouCar il y a 2 semaines, sa dernière tentative d’escroquerie n’a pas fonctionné. Arrivé dans le village de Chembenyumba, il parvient à entrer dans le domicile d’une femme d’origine mohélienne. Il va passer près de 8 heures chez elle, se fait remettre la somme de 189 euros, puis la lui rend… De quoi rendre suspicieuse sa nouvelle victime. Elle contacte son mari par téléphone qui fait quelques recherches pour savoir quel est donc ce drôle d’enquêteur. Rapidement, il comprend qu’il faut prévenir les gendarmes.

Pas fou

«Il est loin d’être fou et loin d’être bête», prévient la procureure Prampart qui ne veut pas que la personnalité pas très stable du prévenu détourne l’attention du tribunal. «Ce qui est incroyable chez lui, c’est qu’il ne doute de rien. Le fin justifie les moyens». Mais ce mercredi, la fin sera à Majicavo. Le tribunal, suivant les réquisitions de la procureure, condamne l’homme à un an de prison pour l’affaire des 450 euros et à 5 mois pour «usurpation de titre» chez la Mohélienne de Chembenyumba.

La sentence tombée, l’homme tourne les talons, toujours encadré par les gendarmes. «Merci, bonne journée!» lance-t-il aux magistrats.
RR
www.lejournaldemayotte.com