Mahamoud Prince Faounia, formée comme agent d'accueil n'a pas de répondu du secteur privé.
Mohamed Moindjie, adjoint au maire de Mamoudzou
Mohamed Moindjie, adjoint au maire de Mamoudzou

Toute cette semaine, le handicap, et particulièrement l’accès à l’emploi des personnes handicapées est à l’honneur au niveau européen. « C’est une cause noble que nous devons défendre » assure Mohamed Moindjie, vice président du CCAS de Mamoudzou et adjoint au maire, dans les locaux de la MDPH, la maison départementale du handicap.
Une cause noble pour laquelle beaucoup reste à faire. Au niveau national, seuls un tiers des personnes handicapées a un emploi. Alors que l’Union Européenne ouvre actuellement sa 21e édition de la semaine de l’emploi des personnes handicapées, ce n’est que la 2e fois que ça a lieu à Mayotte. « Il est essentiel de montrer que Mayotte est dans l’Europe et que l’Europe est au côté de Mayotte » commente le directeur de la Dieccte Alain Gueydan. Il voit en la MDPH « la première étape de la reconnaissance sociale du handicap », et du « parcours » vers l’emploi. C’est en effet cette structure adossée à l’ARS à Mamoudzou, qui est habilitée à accorder officiellement le statut de personne en situation de handicap, et d’évaluer ce handicap. Une démarche encore trop rare à Mayotte où « culturellement on cache le handicap » regrette Alain Gueydan. Un état de fait qui fausse totalement le taux de chômage des handicapés à Mayotte. Selon les chiffres officiels, il ne serait que de 2%. Un chiffre qui ne tient compte que des actifs ayant finalisé un dossier MDPH et étant inscrits à Pole-Emploi.
Avoir des chiffres fiables est « une des grandes difficultés que nous avons pour l’accès au droit, confirme El’Hadji Abdallah Djaha, directeur de la MDPH. Une partie de la population ne nous connaît pas. En 2016 on ne comptait officiellement que 250 personnes reconnues comme travailleurs handicapés, dont 80 avec un emploi et les autres, en demande d’emploi. On estime que 7000 personnes seraient éligibles aux aides de la loi de 2005 sur le handicap. »
Des demandes peu nombreuses (environ 5000 par an) par méconnaissance mais aussi par lourdeur administrative. « C’est un parcours qui est fait avec beaucoup d’obstacles, et qui se fait avec les associations ».
De plus, il faut impérativement un médecin pour valider la demande. « Il est impossible d’ouvrir un droit MDPH sans évaluation médicale. La difficulté, c’est que la MDPH n’a pas de médecin à Mayotte, c’est compliqué d’ouvrir des droits. »

Alain Gueydan avec un interprète en langue des signes
Alain Gueydan avec un interprète en langue des signes

« Aucune entreprise ne m’a répondu »

L’espoir pour la Maison du handicap, c’est un partenariat avec le CHM. « Depuis 2 mois, le préfet est en mesure de signer des décrets, l’idée, c’est une convention avec le CHM pour bénéficier de leur dispositif d’accueil des médecins. Aujourd’hui on n’a pas les moyens ». Un tel dispositif ne verrait pas le jour avant avril 2018.
Des difficultés administratives donc, mais aussi et surtout des soucis liés aux mentalités. « Le handicap n’est pas un défaut », insiste le directeur de la Dieccte qui ajoute que des aides existent pour les employeurs recrutant une personne nécessitant des aménagements. Mais ceux-ci restent réticents.

« Le défi est énorme » juge Insya Daoudou conseillère départementale de Sada au sujet de l’insertion des personnes en situation de handicap. « Il faut changer les mentalités, les regards. Tous ont des compétences variées qui peuvent être valorisées au sein d’une entreprise ou d’une administration. »

Mahamoud Prince Faounia, formée comme agent d'accueil n'a pas de répondu du secteur privé.
Mahamoud Prince Faounia, formée comme agent d’accueil n’a pas de répondu du secteur privé.

C’est le cas de Mahamoud Prince Faounia. « J’ai postulé auprès de plusieurs entreprises, aucune ne m’a répondu », déplore-t-elle. La jeune femme de 26 ans, aveugle, faisait une démonstration de saisie à la machine, en braille. « Je lis avec les doigts, le braille est très important pour les malvoyants » explique-elle en glissant à tâtons la feuille blanche dans le mécanisme. Actuellement en formation à l’ACE, elle aimerait trouver un job d’agent d’accueil. Face aux réticences des employeurs, sa grande crainte est de se retrouver coincée chez elle à l’issue de sa formation. « On a mal au cœur de rester chez nous à ne rien faire, j’ai peur de m’ennuyer après ma formation » commente-t-elle, désireuse de continuer sur sa dynamique professionnelle. Actuellement, seules des structures déjà sensibilisées comme la MDPH, l’Acfav (aide aux victimes) ou Touaoussi (désormais M’Lézi Maoré) l’ont accueillie en stage.

Actuellement, les entreprises de plus de 20 salariés sont tenues d’embaucher 2% de travailleurs handicapés à Mayotte contre 6% en métropole. Un seuil qui deviendra la règle dans le 101e département à compter du 1er janvier avec l’application du code du travail de droit commun, mais qui ne sera légalement à appliquer qu’en 2022. Un délai suffisant pour que les uns fassent leur demande de droits à la MDPH, et que les autres mettent leur entreprise en règle.

Y.D.