L’extrême tension autour d’Inter Île Air ne retombe pas, avec toujours la question sous-jacente de Mayotte. Les forces de l’ordre ont dû intervenir à l’aéroport de Mayotte face à l’agressivité de passagers en route pour Moroni.

Le SAAB 340 d'Inter Iles
Le SAAB 340 d’Inter Iles

L’intensité du bras de fer entre la compagnie aérienne Inter Îles Air et les autorités comoriennes n’en finit pas de prendre de l’ampleur au point que l’avenir de la compagnie telle qu’on la connaît semble en question. Inter Îles n’opère toujours plus ses vols. «On procède au remboursement des passagers. En terme d’exploitation, je perds en moyenne 12.000 euros par jours et c’est un minimum», explique Inzoudine Seffoudine, le PDG de la compagnie au JDM.

Pourtant, la menace de faire partir un premier avion à Dar Es Salam et d’expatrier la société n’a toujours pas été mise à exécution. Inzoudine Seffoudine met en avant la volonté de ses parents, âgés et fragiles, opposés à ce changement de cap, pour justifier le report de ce départ. Du coup, du côté des autorités comoriennes, le ton monte.

Cessna Inter Iles airDans un communiqué diffusé ce jeudi, Omar Bacar Saindou, le directeur opérationnel de l’aéroport d’Ouani-Anjouan, parle d’Inter Îles Air comme d’une «compagnie malhonnête».
La bataille porte toujours officiellement sur le montant des taxes que devrait acquitter la compagnie, un tarif domestique (entre les trois îles des Comores) et un tarif international (vers Mayotte) qui est également l’objet d’une querelle de chiffres.

Mais que deviennent ces taxes ?

Le ministère des transports comorien appelle au versement des taxes «domestiques» entre les quatre îles rappelant la «comorianité de l’île de Mayotte». Mais l’aviation civile comorienne n’ayant «aucun contrôle sur les activités de l’aviation civile de Mayotte, les taxes et redevances dues sont considérées de facto internationales». C’est donc la rétrocession de ces taxes que demandent les autorités de l’Union des Comores.

«La société inter-îles refuse tout simplement de s’acquitter de ces obligations consistant à rétrocéder ces taxes comme l’ont toujours fait ses principaux concurrents, à savoir Air Austral et la dernière venue Ewa-Air», dénonce Omar Bacar Saindou.

Seffoudine Inzoudine, le président d'Inter Iles Air, sur le tarmac de Mohéli, le 17 août 2014
Seffoudine Inzoudine, le président d’Inter Iles Air, sur le tarmac de Mohéli, le 17 août 2014

Des taxes d’accord, mais pour en faire quoi ? Alors que l’aéroport d’Anjouan a reçu un camion de pompier donné par l’aéroport de Mayotte, son entretien ne serait pas assuré. A tel point qu’Anjouan appelle à nouveau Mayotte à intervenir pour fournir des pneus neufs pour l’engin, en remplacement des pneus lisses… Les taxes qui sont collectées ne sont donc, semble-t-il, pas affectées à l’entretien des matériels.

«Sous d’autres cieux»

«La compagnie des Îles de la lune essaie, par tous les moyens de se victimiser en se faisant passer aux yeux du monde comme martyre. Il a même proliférer (NDLR : proféré) de menaces de délocalisation de sa compagnie en Tanzanie. Alors, moi je dis Chiche !!» poursuit le directeur de l’aéroport d’Anjouan.

Du côté des autorités comoriennes, il est clair que les menaces de d’expatriation sont perçues comme du bluff… Ce que n’apprécie guère Inzoudine Seffoudine : «On me traîne dans la boue, on dit que je suis un truand et que je ne paie pas mes taxes… Je ne pensais pas en arriver là mais je réfléchis et je me dis qu’il n’y a rien à faire.» Et le PDG d’imaginer «un changement de cap complet», Inter Îles Air pouvant devenir un loueur d’avions «sous d’autres cieux», faute de pouvoir opérer en tant que compagnie aérienne dans son pays natal.

L'Ambraer 120 d'Inter Iles Air, sur le point de devenir Int'Air Îles
L’Ambraer 120 d’Inter Iles Air, sur le point de devenir Int’Air Îles

La compagnie Inter Îles Air attend maintenant une décision de justice ou un geste au plus haut niveau de l’Etat comorien pour trouver un accord sur ces fameuses taxes. «On peut tenir une semaine, peut-être deux», indique Inzoudine Seffoudine, «mais à terme, il faut bien que les autorités de Moroni prenne une décision.»

Les forces de l’ordre interviennent à l’aéroport

Ce climat de grande tension est loin d’être comoro-comorien. Bien sûr, il est question d’aérien, d’argent et de politique. Mais le sujet de Mayotte n’est jamais très loin et un incident assez symptomatique d’une ambiance très dégradée dans la région est intervenu à Pamandzi ce jeudi.

Les gendarmes ont dû se rendre à l’aéroport lors de l’escale mahoraise du vol Kenya Airways qui opérait sa liaison Nairobi-Dzaoudzi-Moroni. Alors qu’il manquait une ceinture bébé à bord, un jeune enfant devait changer de catégorie pour que l’avion puisse décoller. Mais la procédure a pris du temps et dans l’avion, une dizaine de passagers s’est énervée, sortant de l’appareil pour manifester sa colère sur la passerelle. Mayotte, responsable de tous leurs problèmes, était copieusement insultée.

Le mouvement d’humeur était tel que le commandant de bord avait décidé de débarquer l’un d’entre eux, avant finalement que les forces de l’ordre ne parviennent à calmer la situation.
RR
Le Journal de Mayotte