Si le nombre de cambriolages semble se stabiliser, les intrusions dans les habitations changent de nature. Police et justice sont confrontées à un nombre de plus en important de faits commis en plein jour alors que les occupants sont chez eux. Un exemple avec cette affaire jugée en comparution immédiate ce mercredi.

CARNET DE JUSTICE DU JDM. C’est une tendance marquante des cambriolages à Mayotte : les jeunes malfaiteurs s’introduisent dans les habitations en pleine journée. «C’est la parade trouvée pour contourner les systèmes d’alarme», relève le procureur dans son réquisitoire contre un jeune homme de 22 ans poursuivi pour vol avec violence.

TGI KaweniIl a été interpellé et placé en détention ce mardi 30 décembre après un cambriolage violent commis à Majicavo Koropa le 8 décembre dernier.
Peu après 11 heures, 3 individus escaladent le grillage d’une maison. On y trouve le prévenu qui est à la barre et deux mineurs qui ont été présentés au juge des enfants. La famille est absente mais la femme de ménage, qui travaille là-bas depuis 10 ans, s’affaire dans les chambres à l’étage. Les deux plus jeunes ont repéré la maison la veille «alors qu’ils cherchaient des mangues», ont-ils expliqué. Ils ont alors décidé de la cambrioler et ont proposé au 3e de les aider.

Le seul majeur de la bande devait faire le guet, surveiller d’éventuelles arrivées, « assurer leur sécurité», comme il l’explique à la barre. Mais les événements vont se dérouler autrement.

Violences contre la femme de ménage

Une fois dans la maison, les 3 individus ne sont pas discrets et le bruit attire l’attention de la femme de ménage. Mais elle ne va pas avoir le temps de donner l’alerte. Rapidement, elle est frappée au visage par un des mineurs à l’aide d’une lampe de chevet. Lejeune l’oblige ensuite à se mettre à genou et lui place une main sur la bouche pour l’empêcher de crier.

Au bout de quelques minutes, il passe le relai au prévenu qui, à son tour, bâillonne la pauvre femme terrorisée. Pendant ce temps, les deux autres retournent la maison. «Ils faisaient beaucoup de bruit, c’était comme la guerre.» La victime est venue au tribunal pour raconter son effroi. «Je n’arrivais plus à respirer, j’ai essayé de me débattre mais il m’a demandé de m’allonger par terre. J’avais peur, j’avais vraiment peur.»

Panneau salle d'audience TGI MamoudzouLe mineur violent revient alors dans la pièce avec le pied de biche qui lui a servi à pénétrer dans la maison. Il menace de mort la femme de ménage en affirmant qu’il la connaît, qu’il sait où elle habite avec ses enfants. «Laissez-moi tranquille, je veux vivre», supplie-elle.

Du matériel électronique comme butin

Le prévenu n’est pas le plus violent de la bande, il demande même au plus jeune de se calmer. La femme de ménage a alors la présence d’esprit de dire aux voleurs que ses patrons vont bientôt rentrer. Ils viennent en effet déjeuner chez eux tous les midis et l’heure approche.

Les cambrioleurs repartent alors avec une tablette que le prévenu revendra pour quelques euros, des ordinateurs et du petit matériel.
Dans la maison, ils laissent la femme de ménage traumatisée et avec une plaie à la lèvre. «Elle a vu sa dernière heure arrivée. Son calvaire a duré plus d’une heure», dénonce Me Sevin, l’avocate de la famille et de leur employée.

Son banga a brûlé en septembre

Les techniciens de l’identification criminelle vont retrouver des empreintes qui vont confondre la bande et permettre de retrouver le prévenu qui n’est pas connu des services de police. Son casier judiciaire est vierge mais, pour la première fois, il s’est laissé tenter par un cambriolage. Il a en effet beaucoup de problèmes depuis que son banga a été détruit par les flammes lors des échauffourées entre Majicavo et Kawéni au mois de septembre. «Il ne voulait pas voler, mais il ne savait pas quoi faire», plaide Me Idriss l’avocat du prévenu.

Le tribunal va suivre les réquisitions du procureur : un an de prison dont 6 mois ferme et une mise à l’épreuve de 18 mois. Il a également interdiction de rentrer en contact avec les victimes et de les indemniser. La famille se voit accorder 2.000 euros de dommages et intérêts, comme la femme de ménage au titre du préjudice moral. Le condamné a été maintenu en détention.
RR
Le Journal de Mayotte