Moussa Abdallah s'inquiète des témoignages qu'il recueille depuis quelques jours

Des quantités impressionnantes de poissons morts, c’est ce que rapporte Moussa Abdallah, le président de l’association des pêcheurs de Petite Terre, évoquant les témoignages de ses collègues pêcheurs à l’est de Mayotte. Il les recueille depuis mercredi dernier et en quantité suffisante pour qu’il lui semble nécessaire d’interpeller les autorités. Surtout en raison des risques encourus.

« Les pêcheurs ne l’ont pas rapporté immédiatement, mais cela fait plusieurs mois qu’ils sentent une forte de gaz lorsqu’ils passent dans la zone qui surplombe la faille entre Madagascar et Mayotte. Or, ils embarquent des nourrices d’essence, ça peut être dangereux ».

D’autre part, ils ont observé une perturbation de la ressource halieutique, avec une mortalité élevée, « en très grande quantité », des poissons vivant habituellement dans les grands fonds, « de 1.500 à 2.000m. Il y a notamment beaucoup de dauphins morts. »

Aucune photo n’a encore été prise, mais les pêcheurs doivent s’y employer dès ce lundi.

Les poissons peu amateurs d’activité volcanique

Plus de 6 mois que les pêcheurs ont observé le phénomène (Images d’archives)

Nous avons contacté la préfecture. Face à ces nouvelles données, une réunion a été organisée dès ce lundi soir pour débattre du problème avec la direction de la Mer Sud Océan Indien (DMSOI, Affaires maritimes), le Parc Naturel Marin, la Base navale et le Bureau de Recherches géologiques et Minières (BRGM), qui doit faire part de son expérience dans ce domaine. Il semble que le relevé GPS effectué par les pêcheurs ne correspondent pas exactement avec la zone d’épicentre des séismes, toujours très actifs, mais les témoignages sont pris au sérieux.

“Nous allons rencontrer les pêcheurs pour qu’ils nous contactent au moment où ils font leur observation, ce qui permettra de localiser précisément la zone, et si besoin, de se rendre sur place avec l’Odet ou la Verdon”, nous explique Etienne Guillet, le directeur de cabinet du préfet. Il évoque des phénomènes similaires observés lors d’éruptions volcaniques à La Réunion et à Hawaï: “L’éruption volcanique modifie le biotope habituel de la faune et la flore sous-marine. Il y avait eu un réchauffement de la température de l’eau ainsi qu’une modification de la salinité qui ont perturbé les espèces.” D’ailleurs des poissons des grands fonds non répertoriés avaient ainsi été découverts.

L’IFREMER a été contacté, “nous suivons ça de très prés, mais nous manquons d’éléments pour conforter des observations que les pécheurs nous ont expliqué avoir fait depuis plusieurs mois.”

Anne Perzo-Lafond