Mohamed Soilihi, président de l' UCAP
Mohamed Soilihi, président de l' UCAP
Mohamed Soilihi, président de l’ UCAP

La grève qui frappe Mayotte a empêché vendredi dernier la signature d’un partenariat entre la CAPAM, chambre d’agriculture de la pêche et de l’aquaculture de Mayotte, et l’UCAP, Union des des chambres d’agriculture, de l’élevage et de la pêche des Comores.
Le programme, financé par l’Agence française de développement et le fonds européen Feder était pourtant une réponse à la problématique migratoire qui concerne les îles de l’archipel. Le but de la convention était de « redynamiser les zones agricoles sur les quatre îles pour fixer les populations rurales par la création d’activités et d’intensification des échanges de produits agricoles bruts ou transformés. »

« Aujourd’hui le problème qui frappe Mayotte est lié à la pauvreté, au chômage. Les jeunes se laissent aller, estime Mohamed Soilihi, président de l’UCAP. Je ne veux stigmatiser aucune communauté. Mais il faut trouver des solutions cas si on ne fait rien on va cultiver le désastre. Tout acte de violence est intolérable et impardonnable. Le projet inter régional est une des solutions. La finalité est de créer des projets fixateurs pour que les gens vivent dignement sans céder à l’exode ou à la migration. Cela peut changer la donner en termes de sécurité. »
Pour le responsable, il s’agit de « prendre le problème à la racine. Parce que le tout sécuritaire a des limites, nous voulons guérir les causes, pas les effets. »

Cela passe par « encourager la coopération régionale car la rupture de dialogue est toujours un échec » selon lui.CAPAM pancarte
Soulignant un réchauffement de la relation entre Moroni et Paris, le président de l’UCAP veut en profiter. « Notre but est de créer des coopératives sectorielles, pour la pêche, l’agriculture, l’élevage etc. En somme, travailler ensemble pour monter en puissance. Il y a une complémentarité à faire valoir entre nos îles. » Il note notamment qu’aux Comores « les agriculteurs n’ont pas de statut, pas de congé ». En leur faisant gagner en compétitivité et en facilitant les échanges de produits, ce secteur d’activité gagnerait en attractivité. Et le champ d’application de ce partenariat est large : élevage de cabris et de moutons, augmentation de la production fruitière, développement de fruits et légumes bio, mutualisation de compétences techniques… Le projet ayant déjà pris deux ans de retard, il reste jusque 2020 pour utiliser les fonds européens dédiés. Les premiers projets verront normalement le jour courant avril de cette année.

Si sur le papier le programme est ambitieux, il faut considérer que l’Union des Comores part de loin. Avec un PIB de 737$ par an et par habitant, tirer son économie par le haut ne peut pas faire de mal. C’est d’ailleurs une des raisons pour laquelle le principal contributeur financier de l’UCAP n’est autre que la Région Réunion, précise le président Soilihi. Si la rencontre de ce vendredi a tourné court, entraînant faute d’élus présents le report de la signature de la convention, il reste à espérer que le mouvement social qui paralyse les routes saura s’adapter, pour ne pas paradoxalement freiner les unes après les autres, les initiatives qui vont dans le sens de ses revendications.

Y.D.