Les véhicules accidentés ont été enlevés de la chaussée rapidement après le drame
Le juge Laurent Sabatier
Le juge Laurent Sabatier

Se souvenant qu’il était en retard à une formation, le fonctionnaire admet avoir « fait un mauvais choix ». Ce matin du 14 septembre 2016, pris dans les bouchons, il décide de faire fi de la ligne continue, et tente un demi-tour sur la rocade de M’Tsapéré. La moto qui arrive dans le même sens de circulation en direction de Mamoudzou ne peut l’éviter. Elle se couche, et le motard, encastré sous la voiture, décède.
« Tout le monde la connaît cette ligne continue, sermonne le président Laurent Sabatier. Avec les embouteillages, on a le temps de la voir, la signalisation au sol. Dans la vie on fait des choix, pas toujours les bons. » A la barre, le prévenu baisse la tête, peine à lever la voix. Conscient d’avoir fauché une vie, il dit vivre « chaque jour avec ces images, ce n’est pas évident pour moi non plus. Je demande pardon à la famille, je ne souhaite ça à personne ».

« Ca nous est tous arrivé de ne pas voir un véhicule arriver dans les rétros, poursuit le président d’audience, c’est pour ça qu’on est prudents » rappelle-t-il.
« On peut tous se retrouver dans la même situation, devant le tribunal correctionnel avec un mort sur la conscience » complète la substitut du procureur Emilie Guegan.
« Il y a un certain nombre de fautes qu’on peut reprocher à cette moto », poursuit-elle, reprenant les conclusions de l’enquête.

Demi-tour interdit, mais dépassement aussi

L’expert a estimé la vitesse de cette dernière à 74,5km/h, soit un peu au dessus des 70 autorisés à cette époque sur ce tronçon. Elle a été réduite à 50km/h depuis. Un léger excès de vitesse donc, qui s’ajoute à un dépassement interdit. « Il y avait une interdiction de dépasser. Les scooters le font tout le temps mais n’ont pas le droit. Un panneau matérialisait cette interdiction. » Une double infraction donc à laquelle s’ajoute une consommation de cannabis. « Dans son sang, on trouve un peu de THC, il avait été consommateur de chimique et consommait encore du bangué » poursuit-elle. Pour autant, « cela ne change rien à la responsabilité pénale de Monsieur pour homicide involontaire ».
Estimant que c’était la décision de faire demi-tour qui avait causé l’accident, mais qu’il n’y aurait eu « aucun sens » à l’envoyer en prison, elle requérait 2 ans mais avec sursis. « Une peine importante pour tout le monde, ensuite on va continuer à avancer, la vie continue. La mort d’un homme pour rien, c’est affligeant » a-t-elle conclu.

Une peine que l’avocat de la défense Me Souhaili n’est pas parvenu à alléger. Mais qu’importe. « Quelle que soit la sanction, cette audience aura des vertus pédagogiques. Cela rappellera que sur cette rocade, on ne peut pas faire demi-tour. Il faut que les gens comprennent. »

Y.D.

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