Un mois pour prévenir de prochaines épidémies à Mayotte

40 000 enfants, 50 000 doses de vaccin pour un coût total de 3,8 millions d’euros. C’est un geste fort que fait le Département de Mayotte pour la santé.
Cette vaste campagne, lancée sur Petite Terre, vise les enfants de zéro à 6 ans et concerne trois vaccins différents, totalisant une couverture pour 10 maladies. Au fil des prochaines semaines, 36 centres de vaccination temporaire ouvriront dans toutes les communes de Mayotte pour assurer cette opération inédite dans le département.
“L’épidémie de coqueluche aurait pu être évitée en vaccinant à temps” justifie Issa Issa Abdou, vice président du CD en charge de l’enfance qui rappelle que “la vaccination est une compétence facultative de la PMI”.
Pour Salim Mouhoutar, directeur adjoint de l’ARS Mayotte, “il y a eu des efforts en matière de santé depuis la départementalisation, mais beaucoup d’enjeux restent d’actualité”. Notant une population jeune avec une forte natalité et des phénomènes migratoires, “ça justifie des opérations de vaccination, de dépistage et de suivi médical”.
“Le risque infectieux est toujours latent” à Mayotte poursuit-il. Un risque “majoré par le retard en matière d’infrastructures, assainissement, habitat.”

“Aucun risque pour les enfants”

La protection conférée par la vaccination est à double sens : protéger l’enfant, et protéger son entourage. Mais c’est vrai aussi à l’échelle de la population de Mayotte et… son entourage. “Mayotte est la première terre française au large de l’Afrique et tente de jouer un rôle de bouclier sanitaire des pays européens” poursuit-il. Eviter que des maladies n’arrivent d’Afrique en métropole est un enjeu à double sens. Le retour de la rougeole en métropole en raison du recul de la vaccination ferait des ravages chez nous.

Mayotte enfant vaccin
Un mois pour prévenir de prochaines épidémies à Mayotte

D’autant qu’il est impossible de savoir exactement qui est vacciné aujourd’hui à Mayotte selon Marion Subiros qui explique que les “dernières données datent de 2010”. On sait en revanche que la couverture vaccinale est en baisse chez les moins de 6 ans. Pour l’épidémie de coqueluche, la plupart des 23 cas n’était pas vaccinée.
Chaque enfant pourra selon son âge et ses vaccins à jour ou non, recevoir jusqu’à 3 piqûres correspondant à trois vaccins différents. Un cumul “sans risque” assurent les épidémiologistes qui assurent que le choc allergique est “rarissime”. De toutes façons, les enfants resteront quelques minutes en observation pour anticiper toute réaction. “On ne fait courir aucun risque aux enfants” insiste l’épidémiologiste Daniel Levy-Bruhl.

34 traducteurs recrutés localement

L’opération sera assurée par des personnels de la réserve sanitaire répartis en 8 équipes assistés de 34 traducteurs recrutés localement.

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Lancement de la campagne de vaccination sur Petite Terre

Il s’agit pour Daniel Levy-Bruhl d’une “opération exceptionnelle à la mesure de notre inquiétude de voir grandir des enfants sans protection vaccinale, avec des risques de mort ou de séquelle à vie. Ce n’est pas acceptable de laisser ce genre de drame survenir sur le territoire national.”
Le médecin rappelle qu’on ne se vaccine pas que pour se protéger soi-même mais aussi “pour protéger les autres, le risque est collectif. On se vaccine pour protéger l’ensemble de la population, notamment les autres enfants, trop jeunes ou fragilisés par une maladie qui les empêche d’être vaccinés.”

Parceque la vaccination est un élément fondamental de vivre-ensemble et que les microbes ne connaissant pas de nationalité, la campagne vise tous les enfants sans distinction. “Avant de voir la carte d’identité, je vois des enfants, insiste Siaka Hamidou, maire de Pamandzi. Un enfant protégé protège les autres, qu’il soit français ou pas français.”

Un importante campagne de sensibilisation à la vaccination aura lieu dans les jours et les semaines à venir. Elle passera pas la radio, les mosquées et bien sur la presse et les mairies, voire par les écoles maternelles.

Y.D.