26.9 C
Dzaoudzi
jeudi 28 octobre 2021
AccueilEducationNourdine Boinahery, plus jeune inspecteur des finances publiques, pur produit du dispositif...

Nourdine Boinahery, plus jeune inspecteur des finances publiques, pur produit du dispositif Cadres d’avenir

N’attendez pas de plaintes ou de misérabilisme. L’ex-étudiant mahorais, désormais cadre A, déconstruit les schémas tout faits, et appelle les jeunes mahorais à viser haut. L’avenir de l’île en dépend, pas moins que ça.

Officiellement créé en 1989 sous le nom de « 400 Cadres » en Nouvelle Calédonie, le dispositif a muté en « Cadres d’Avenir », et s’est décliné à Mayotte en 2018 à la suite du mouvement social qui réclamait de l’ingénierie sur place. Il s’agit de promouvoir des cadres locaux, en sélectionnant des étudiants ou des professionnels à fort potentiel, qui après un cursus universitaire dans l’Hexagone ou La Réunion dans un secteur jugé prioritaire, peuvent revenir à Mayotte pour y exercer.

C’est dans cet esprit que Nourdine Boinahery est parti suivre un BTS Comptabilité et Gestion à Armentières (Hauts-de-France) en 2015, après avoir suivi sa scolarité à Mayotte, à l’école et au collège de Tsingoni, puis au lycée de Sada où il a décroché un Bac STMG (Sciences et technologies du Management et de la gestion). Après son BTS il enchaine un DUT de gestion des Entreprises et des Administrations à l’IUT de Valenciennes, puis entre en licence d’administration publique à l’IPAG de la même ville, devenu Université Polytechnique des Hauts-de-France, puis en master. « L’année dernière, j’ai suivi le master 2 tout en passant le concours d’inspecteur des finances », rapporte-t-il. Un challenge qu’il relève haut la main et devient à 24 ans le plus jeune inspecteur des finances publiques de France.

“Dès qu’il y aura une opportunité, je reviendrai”

Un 2/20, ça se rattrape

Nous l’interrogeons sur les difficultés de niveau rencontrées par les jeunes mahorais quand ils arrivent en métropole. « C’est une légende ! Il faut arrêter d’abreuver les jeunes avec ça. Quand on met de la volonté et de l’assiduité, on rattrape, voire on devient meilleurs. Ma première année de BTS a traduit les lacunes que j’avais amassées. J’ai eu 18/20 en éco et 2/20 en compta. Du coup, j’ai refait une année, ça m’a aligné sur le niveau national. D’autre part, il faut être tenace. Quand j’ai passé le concours de contrôleur des Finances publiques, j’ai échoué 5 fois, idem au concours de l’Institut Régional de l’Administration, que j’ai manqué deux fois, et celui d’inspecteur, trois fois. Si au bout de trois tentatives, on abandonne, on va en déduire autre chose que si on insiste et qu’on finit par l’avoir ». Et tout ça, en ayant été détecté dyslexique et dysorthographique.

Et sur l’éloignement de la famille, lui fils de l’ancien maire de Tsingoni, arrivant sur un territoire moins chaleureux que son île, dans tous les sens du terme, même type de réponse : « Mon père a été muté dans le Nord de la France pendant un an, mais avant et après, j’étais seul. Mon engagement dans les associations d’étudiants mahorais, a été un cercle vertueux. Nous nous encouragions mutuellement, mon intégration en a été facilitée. »

« Mayotte, c’est complètement bouché ! »

Lors d’une cérémonie de remise de diplôme l’année dernière à Tsingoni

Un cadre A qui va pouvoir apporter son expertise à Mayotte ? La réalité est plus complexe. « J’ai bénéficié pendant mes études de la bourse de la DPSU du Département et de l’aide du dispositif Cadres d’avenir, qui nous octroie une aide à l’installation et une allocation mensuelle destinée à compléter nos ressources financières. En contrepartie, on s’engage à l’assiduité et au sérieux dans les études, et à revenir travailler à Mayotte ensuite ».

Le décret du 28 juin 2021 apporte plusieurs améliorations au dispositif cadres d’avenir : le diplôme en poche, l’étudiant mahorais peut dorénavant rester jusqu’à huit mois en métropole afin d’y effectuer un stage (contre trois mois auparavant), la durée maximale de l’engagement professionnel sur le territoire est réduite à cinq ans (au lieu de 7). Mais pour revenir ensuite, encore faut-il qu’il y ait des places. « Je veux revenir travailler à Mayotte, mais il faudrait que dès qu’on a décroché le concours, il y ait un poste. Or, sur la liste d’affectation, Mayotte est complètement bouchée. » Un comble pour un territoire peu attractif ! Mais l’anticipation peut être compliquée à manier quand la date d’obtention du diplôme est aléatoire. Pas pour notre cerveau, « c’est faisable, juge-t-il, en Nouvelle Calédonie, ils prévoient le recrutement par rapport aux postes qui vont manquer dans 2 ou 3 ans. Il suffit de regarder le prévisionnel de mutation des postes ou les départs à la retraite. Il faut juste optimiser la gestion du prévisionnel des ressources humaines. Dès qu’il y aura une opportunité, je reviendrai. »

Il incarne la solution au manque d’ingénierie tellement décrié sur l’île, mais ce n’est pas comme ça qu’il voit la chose : « Nous ne manquons pas de compétences, mais nous n’avons pas de preuves tangibles. Pour ça, il faut que les jeunes mahorais passent les concours de la fonction publique d’Etat. Or, très peu tentent l’ENA ou d’autres écoles prestigieuses. Tant que ce sera comme ça, on aura toujours un train de retard. » Pour l’instant, si les jeunes mahorais sont davantage enclins à intégrer la fonction publique territoriale, ça pourrait changer, « car les primes dans la fonction publique d’Etat sont revalorisées. » Le salaire ou l’ambition pour son territoire, il faut choisir.

S’il est pour l’instant installé dans un petit appartement où il bosse surtout en télétravail pour la DGFIP*, il rentre malgré tout de temps en temps à Mayotte, « ça m’a fait plaisir l’été dernier quand j’ai décroché mon Master 2, de participer à la remise de diplôme organisée par une association de Tsingoni. »

Un véritable étendard de la volonté de réussir.

Anne Perzo-Lafond

Anne Perzohttps://lejournaldemayotte.yt
Anne PERZO Le journal de Mayotte https://lejournaldemayotte.yt

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

RESTONS EN CONTACT

Inscrivez-vous à la lettre d'information du JDM afin de garder en oeil sur l'actualité mahoraise

L'actualité

Coupure d’eau à Sada et Bandrélé dès 16h ce jeudi

0
Un niveau trop bas dans les réservoirs de tête justifie une coupure d'eau dans le sud, indique la SMAE. Ce nouvel incident fait suite au problème informatique déjà signalé en début de semaine.
+26
°
C
+27°
+24°
Mamoudzou
Samedi, 04
Dimanche
+25° +24°
Lundi
+25° +24°
Mardi
+25° +24°
Mercredi
+25° +24°
Jeudi
+25° +24°
Vendredi
+25° +24°
Prévisions sur 7 jours

Comores : le fils du président rejette toute intention de lui succéder

0
"Nous devons compter sur nous-mêmes". Tel est le titre d’une longue interview accordée au journal comorien Al-Watwan par le fils aîné du président comorien, Nour El Fath Azali Assoumani. Gestion de la crise de...

Le dispositif « Cadres d’avenir » commence à porter ses fruits

0
Lors d’une cérémonie à la Case Rocher ce vendredi 22 octobre au matin, le sous-préfet Jérôme Millet a remis leurs lettres de félicitations aux Mahorais membres du dispositif « cadres d’avenir » revenus récemment sur le territoire. Ce dispositif d’excellence a été mis en place en 2018 pour aider les étudiants ou professionnels souhaitant se former à bien s’adapter hors de leur île de manière à y revenir avec les compétences requises.

Lourde condamnation de Daniel Zaïdani, son avocat “surpris”

0
Poursuivi pour prise illégale d'intérêt dans un dossier "confus" où de nombreux documents contradictoires ont été recueillis par les enquêteurs, Daniel Zaïdani a été reconnu coupable par les juges, contre l'avis du parquet. Il pourrait perdre son siège au CD.

Poursuivi pour délit de favoritisme, le procès du maire de Koungou fait pschitt

0
Assani Saindou Bamcolo était poursuivi pour non respect des règles de marchés publics devant le tribunal judiciaire. Un procès à l'issue d'une enquête bâclée qui a conduit à l'annulation de toute la procédure avant même l'ouverture des débats.

Intimidations d’élus, Mansour Kamardine appelle à “faire bloc” et à intensifier les décasages

0
"Une seule réponse : faire bloc, accélérer et amplifier les opérations de police avec l’appui ferme du bras séculier de la Justice". Le message de Mansour Kamardine tient en un mot : la fermeté...
WP2Social Auto Publish Powered By : XYZScripts.com