Les présidents comorien et mozambicain préoccupés par l’insécurité au Mozambique

Les deux chefs d’Etat se sont rencontrés la semaine dernière à Maputo. Ils affichent une volonté commune de lutter contre la montée des attaques djihadistes qui risquent, à terme, de faire du Canal de Mozambique un nouveau sanctuaire du terrorisme. Les gisements de pétrole attisent les convoitises des puissances occidentales. Des sociétés pétrolières alimenteraient cette insécurité via des mercenaires étrangers connectés à des mouvements insurrectionnels au Mozambique sur fond de dissidences politiques, notamment dans la province de Cabo Delgado.

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Les présidents comorien et mozambicain lors de leur conférence de presse commune à Maputo, le 4 août (Ph. Beit-Salam)

Les Comores et le Mozambique prennent conscience de la dangereuse montée d’une forme d’extrémisme dans la région du Canal et veulent agir sans délai. Les deux pays limitrophes (qui ont accédé à l’indépendance la même année en 1975) mesurent la portée de la menace sécuritaire caractérisée par des attaques surprises menées par de djihadistes d’Al-shebab affiliés à un nouveau groupe dénommé « Etat islamique en Afrique centrale ».

Les deux présidents, Azali Assoumani et Felipe Nyus, se sont rencontrés le mercredi 4 août à Maputo pour arrêter des mesures urgentes, lesquelles permettront d’affiner « une stratégie commune » de lutte contre l’insécurité au Mozambique et les actes terroristes dans la région en général. La coopération bilatérale est mise en avant pour justifier la nouvelle ambition commune des deux autorités.

« Les deux chefs d’État ont convenu de multiplier les échanges et les visites et de mettre en place un comité conjoint chargé de travailler, à échéance de septembre prochain, sur la signature des accords de coopération et la mise sur pied d’une commission mixte », a indiqué le site officiel de la présidence comorienne.

Les gisements de pétrole attisent les convoitises des puissances occidentales

La lutte contre les actes djihadistes demeure la grande priorité pour les deux présidents. Ces derniers ne veulent pas que le Canal de Mozambique devienne un nouveau sanctuaire du terrorisme au risque de saper les efforts de développement engagés par les deux pays respectifs. Un vœu qui risque toutefois d’être noyé par les multiples enjeux géopolitiques dans l’Océan indien, scrutés par des spécialistes de la région avec des hypothèses souvent alarmistes dans les dix prochaines années.

Les gisements de pétrole attisent les convoitises de nombreuses puissances occidentales, France, Etats-unis et Russie en tête. Le Portugal, ancienne puissance coloniale du Mozambique, n’est pas en reste en dépit de sa connexion limitée avec la Realpolitik dans la région du Canal. La Chine, dans ses projets d’investissements en Afrique, a déjà intégré le Mozambique sur la carte de « la Route de la soie maritime » dans la zone Océan indien. Ce, alors que le Kremlin a signé en avril 2019 « un mémorandum de coopération » avec le Mozambique et poursuit les discussions pour installer coûte que coûte une base militaire à Djibouti avant le Sommet Russie-Afrique d’octobre 2022.

Le Mozambique dispose d’un gisement en hydrocarbures qui met en compétition de nombreuses sociétés pétrolières mondiales comme Total, et Exxon Mobil, entre autres. « Le gisement est évalué en 2012 à 441,1 mille milliards de m3 de gaz naturel et 13,77 milliards de barils de gaz naturel liquide, soit l’équivalent des réserves de la mer du Nord ou du golfe Persique », indique le site d’information « The Conservation » qui publie régulièrement des analyses sur la géopolitique des régions de la planète. Même si Total a abandonné en avril dernier son projet gazier après une attaque quelques semaines plus tôt.

A ce jour, les puissances occidentales n’ont pas ouvertement affiché leurs ambitions mais se limitent à proposer leurs aides au gouvernement mozambicain pour lutter contre l’insécurité et la menace djihadiste. La France, par exemple, a mis à disposition les FAZOI (Forces Armées de la Zone de l’Océan Indien) pour entraîner les Forces armées du Mozambique (FAM) à faire face à la menace terroriste.

« Le terrorisme islamiste est une menace internationale qui appelle une réponse internationale », avait écrit, en novembre 2020, le président français, Emmanuel Macron, sur son compte Twitter, après des attaques de groupe djihadistes. La ministre française des armées Florence Parly en a aussi parlé, en janvier 2021, à son homologue portugais, João Gomes Cravinho.

Le département d’Etat américain annonce également un programme de l’US Navy dénommé « CutlassExpress 2021 », visant à appuyer des exercices militaires au profit de 15 pays de la Communauté de développement des Etats d’Afrique australe (SADC) dont les Comores qui vient d’ailleurs d’apporter sa contribution financière.

Moroni pourrait aussi compter sur « le programme MASE » de la Commission de l’Océan indien, financé par l’Union européenne qui « privilégie une approche globale pour faire face aux enjeux de sécurité maritime dans la région » et la lutte contre les « crimes transnationaux » et « les flux financiers illicites ». Face à la menace terroriste, les Comores ont, par ailleurs, le soutien des Emirats Arabes Unis, réputés pour leurs connaissances pointues en matière de renseignements. Un projet d’installation de radars pour la surveillance de la zone maritime comorienne est d’ailleurs en cours grâce au concours des Emirats.

Les crises politiques internes profiteront aux sociétés pétrolières… et aux djihadistes

Réunion de travail entre les autorités comoriennes et mozambicaines (Ph. Beit-Salam).

La nouvelle administration Biden se montre déterminée à lutter contre le terrorisme dans le bassin de l’Océan indien. « La sécurité des Comores et de la région occidentale de l’Océan Indien est importante pour les États-Unis », indique l’ambassade américaine aux Comores sur sa page Facebook. Les enjeux sont énormes. Au cours de leur rencontre à Maputo, les deux présidents, très préoccupés par le climat d’insécurité se sont félicités du déploiement d’une force anti-terroriste de 3000 hommes au Mozambique.

Pour de nombreux experts, les conflits politiques entre le Frelimo (Pouvoir) et le Renamo (Opposition) pourraient faire le jeu de firmes internationales à l’affût de gisements pétroliers et mettre le Mozambique dans une crise cyclique qui profitera aux groupes djihadistes. Ceux-ci entretiennent des liens forts sur place grâce à leurs sources de financement floues avec des chefs locaux. Les djihadiste, profitant du désœuvrement des jeunes, enrôlent ces derniers et font la loi dans la province de Cabo Delgado tenaillée par une pauvreté extrême.

« La découverte d’immenses gisements de gaz naturel et de rubis dans la région n’a jamais bénéficié aux communautés locales, poussant une jeunesse désenchantée dans les bras des rebelles », souligne l’International Crisis Group (ICG) dans un rapport en date du mois de juin 2021. La rencontre entre les présidents comorien et mozambicain n’est que le début d’un long combat contre la menace terroriste dans le Canal de Mozambique et dont les enjeux sont, pour l’instant, difficiles à discerner.

A.S.Kemba, Moroni (correspondance)

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