Une vingtaine de séismes par jour en moyenne en juillet

648 séismes ont été relevés par le Revosima, le réseau de surveillance volcanologique et sismique de Mayotte, en juillet. Parmi eux, 9 séismes très longue période (VLP), évocateurs d'une activité magmatique profonde.

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Cette simulation donne une idée -théorique- de l'activité telle que les scientifiques soupçonnent qu'elle se déroule

« Entre le 1er et le 31 juillet 2021, 374 séismes Volcano-Tectoniques (VT ; séismes dont la gamme de fréquence est la plus large, de 2Hz à 40Hz), 265 séismes Longue Période (LP ; basse fréquence, entre 0,5 et 5 Hz) et 9 séismes Très Longue Période (VLP ; très basse fréquence, entre 5 et 100 secondes) ont été détectés par le REVOSIMA. L’activité sismique principale est toujours concentrée à 5-15 km à l’est de Petite-Terre, à des profondeurs de 20-50 km. » Le dernier bilan du Revosima, qui tient un bulletin mensuel complet, témoigne d’une activité toujours intense sous le fond de la mer à l’est de Mayotte.

Cette activité soutenue n’indique toutefois pas forcément une augmentation, mais résulte au moins d’une meilleure détection des événements sismiques.

« Depuis le 1er mars 2021, un nouvel algorithme de détection et de localisation en temps-réel de la sismicité est en place au REVOSIMA et remplace les algorithmes précédemment utilisés par le RENASS. Les localisations affichées par le RENASS sont donc désormais uniquement issues du REVOSIMA. Ce nouvel algorithme permet une localisation automatique plus fiable avant leur validation par les analystes. Il est également plus sensible et permet donc de localiser une plus grande proportion de la sismicité comptabilisée par le REVOSIMA. Les cartes de localisation affichent donc dorénavant plus d’évènements » précise le bulletin du mois de juillet.

Ces relevés indiquent aussi une activité proche de Petite Terre, entre Mayotte et le nouveau volcan, mais aussi plus éloignée.

« Après une augmentation de février à avril 2020, la sismicité a décru progressivement de mai à juillet 2020 et est depuis stable, avec quelques fluctuations. Les séismes de plus forte magnitude (énergie) ont lieu majoritairement dans l’essaim distal depuis plusieurs mois (essaim le plus éloigné de Petite-Terre et qui s’étend le long de l’alignement de cônes volcaniques jusqu’au site éruptif, nommé précédemment essaim secondaire). En revanche, la sismicité basse fréquence (séismes longue période et très longue-période) est toujours présente dans l’essaim proximal et est relativement stable ». Une activité plus intense s’est déroulée les 31 juillet et 1 août avec 5 essaims de LP » ajoute le rapport. Ces séismes « habituellement associés dans la littérature à des résonances et des mouvements de fluide (…) « sont localisés à une dizaine de kilomètres à l’est de Petite-Terre dans la zone de l’essaim sismique le plus actif entre 25 et 40 km de profondeur, au même endroit que ceux localisés depuis février 2020. Des travaux sont en cours pour mieux comprendre ces signaux ».

Toutefois, il est trop tôt pour tirer des conclusions, soit de la baisse d’activité moyenne de ces derniers mois, soit du petit regain enregistré le week-end dernier.

« Si l’activité sismique est plus faible que celle enregistrée au début de la crise, elle reste néanmoins importante. A noter que pour de nombreuses éruptions une diminution de l’énergie sismique dissipée est observée malgré la poursuite de la propagation du magma à faible profondeur et son émission en surface. Ceci témoigne d’un milieu déjà fragilisé et fracturé moins sismogène. L’activité sismique fluctue pendant une éruption et une recrudescence de l’activité sismique est toujours possible. Ainsi des magnitudes proches de 5,0, voire plus, sont toujours possibles comme le montre les deux séismes des 01 et 02 janvier 2020, et celui du 21 mars 2020. »

Déplacement et évolution des bulles de Petite Terre

Les émissions de CO2 durent depuis 1998 en Petite Terre

Les émissions de bulles sur les plages de Petite Terre (aéroport, plage du Faré etc.) sont impressionnantes à observer, notamment à marée basse quand le beach-rock est presque à l’air libre. Ces gaz font l’objet d’analyses chimiques et de température, pour étudier leur lien éventuel avec la crise sismique. En effet le phénomène, bien connu des Petit-terriens, est observé depuis (voir vidéo ci jointe)

« L’analyse des zones de bullage a montré de faibles, mais significatives, variations de la composition chimique des émissions gazeuses par rapport aux valeurs historiques de référence (données BRGM 2005-2008). Ces variations pourraient être en lien avec l’évolution des flux de magma qui alimentent l’activité de l’éruption sous-marine. La cartographie des émissions de gaz par le sol a mis en évidence des flux qui augmentent de l’ouest (Dzaoudzi) à l’est (plage de l’aéroport) de Petite Terre. Depuis novembre 2020, une station de suivi en continu des émissions de CO2 par le sol a été installée par l’OVPF/IPGP à proximité de la plage de l’aéroport. Le CO2 est un gaz incolore et inodore. Ces émissions pourraient avoir des flux conduisant à des concentrations élevées localement, en fonction du flux et des forçages météorologiques locaux (hygrométrie, température, vitesse et direction du vent) et de la topographie qui occasionne à terre l’accumulation du CO2 dans les points bas et les zones non ventilées. »

Par ailleurs, l’activité de ce volcan qui a émis plus de 6,55km cube de magma depuis 2018 a aussi entraîné une déformation qui se poursuit, à la verticale comme à l’horizontale. La subsidence (enfoncement) semble toutefois à l’arrêt depuis près d’un an, après un affaissement de l’île de 10 à 19cm selon les endroits. La côté est s’est davantage enfoncée que la côte ouest.

Le déplacement horizontal vers l’est se poursuit quant à lui au ralenti. Selon le dernier bulletin, les relevés GPS indiquent un déplacement d’un demi-centimètre vers l’est au cours des derniers mois. Globalement l’île a ainsi glissé de 21 à 25cm depuis 2018. Un immense bon en avant à l’échelle géologique.

Y.D.

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