Violences conjugales : aucun décès en 2020 à Mayotte, mais un sujet qui reste préoccupant

Une étude consacrée aux victimes de violences conjugales vient d'être diffusée par le gouvernement. Aucun décès n'est à déplorer à Mayotte, mais l'actualité judiciaire montre que les violences intrafamiliales restent un sérieux sujet de préoccupation, que l'absence de mort ne doit pas occulter.

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Mayotte fait partie de la quarantaine de départements où aucun décès n'est à déplorer

En 2020, le nombre de décès consécutifs à des violences conjugales à été le plus bas depuis 2006, avec 125 morts contre 173 en 2019. Cela représente tout de même selon l’Intérieur, un décès tous les trois jours en moyenne sous les coups du conjoint.

Au niveau national, les tentatives d’homicide au sein du couple représentent près de 10% du total des tentatives d’homicide recensées.

Tous les territoires ne sont pas égaux face à ce fléau. « 64 départements et collectivités d’outre-mer sur 107 (60 %) enregistrent au moins un décès. Les départements du Nord (7 faits), du Pas-de-Calais et des Alpes-Maritimes (5 faits chacun) enregistrent le plus de faits » indique le ministère de l’Intérieur.

« Comme les années précédentes, les femmes sont les principales victimes » rappelle aussi l’étude, les femmes représentent en effet « 102 victimes en 2020 contre 146 en 2019 (-30 %) ». « En 2020, le nombre d’hommes victimes est de 23 contre 27 en 2019 (-15 %). Les femmes représentent plus de 82 % du total des victimes. Depuis 2006, cette part est stable ». Quant aux auteurs, un schéma se dessine également. « L’auteur est majoritairement masculin, le plus souvent, vivant en couple, de nationalité française, âgé de 30 à 49 ans ou de 70 ans et plus, et n’exerçant pas ou plus d’activité professionnelle ». Quant aux mobiles, « la dispute et le refus de la séparation demeurent les principaux mobiles du passage à l’acte ».

Des victimes « collatérales » dont on parle moins

Plus inquiétant encore, la prise en charge de ces violences par la justice reste lacunaire. Parmi les personnes décédées, « 67 % de celles-ci avaient signalé ces violences antérieures aux forces de sécurité intérieure et parmi elles 75 % avaient déposé une plainte antérieure, ce qui représente 18 % du total des victimes féminines ». Malgré ce nombre important de signalements, « seuls deux auteurs faisaient l’objet d’un contrôle judiciaire connu des forces de l’ordre et une victime faisait l’objet d’une ordonnance de protection ». Ces violences font aussi des victimes parmi les enfants, puisque « 14 enfants mineurs sont décédés dans la sphère familiale, victimes d’infanticides ou dans un contexte de violences conjugales (contre 25 en 2019) ». Par ailleurs, les violences intrafamiliales font aussi des morts dont on parle moins, notamment les rivaux assassinés, ou les auteurs eux-mêmes, susceptibles de se suicider. Au total ce sont 193 morts violences qui sont directement liées aux violences intrafamiliales en 2020.

Heureusement pour nous, Mayotte fait donc partie des 43 départements et territoires à ne pas avoir enregistré de décès en 2020. Pour autant, la situation n’autorise pas à relâcher les efforts entrepris pour lutter contre le fléau des violences intrafamiliales.

Une crise sanitaire qui influence les données

Les chiffres clés

La période de confinement en mai 2020 avait été considérée par la préfecture de Mayotte comme constituant « un terreau favorable aux violences conjugales et intrafamiliales ». Et le numéro vert 3919 est depuis passé en 24h/24 pour faire face à la demande des victimes ultramarines. Dans le même temps, le tribunal judiciaire a eu à juger de nombreuses affaires de violences.

Selon les données fournies par la préfecture, le nombre de violences intrafamiliales a baissé en 2020 à Mayotte par rapport à 2019, ce qui rejoint les données nationales. Mais le confinement a probablement passé sous silence des faits qui auraient été signalés en temps normal.

Plusieurs outils de signalement restent à disposition : le 3919, accessible en permanence, les pharmaciens, relais de proximité pour les victimes, « la collaboration avec les pharmaciens durant la crise sanitaire est opérationnelle à Mayotte grâce à la contribution de l’Ordre des pharmaciens. Les 23 officines du territoire ont reçu les informations nécessaires pour alerter les forces de l’ordre ou orienter les victimes vers les partenaires » indique la préfecture. Mais aussi  le « 119 Enfance en danger » ou encore « le numéro national d’urgence 114, destiné habituellement aux victimes sourdes et malentendantes, est mis à disposition de toutes les victimes de violences conjugales pendant le confinement. En cas de danger, celles-ci envoient un SMS aux policiers ou aux gendarmes qui interviendront sans délai » précise la préfecture sur son site. Sans oublier en cas d’urgence, le 17 police secours. [et, EDIT du 4 août, le numéro 5555 disponible H24 en 3 langues]

Pour faire face à cette situation dramatique à l’échelle nationale, le ministère de l’Intérieur a annoncé plusieurs mesures, comme rendre les plaintes pour violences conjugales prioritaires, interdire les mains-courants pour qu’un signalement soit systématiquement adressé au procureur, ou encore la présence systématique d’un officier spécialement formé dans chaque commissariat et brigade.

Y.D.

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