Pour l’Aïd El Kebir « le but n’est pas que de sacrifier, c’est surtout de donner »

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Younoussa Abaine entouré de Mondroha Saïd Ali et de Chanfi Anouoiri (archive)

JDM : M. Younoussa Abaine, vous êtes collaborateur du Grand Cadi au Département, peut-on déjà rappeler ce qu’est l’Aid El Kebir ?

Il y a deux fêtes de l’Aïd, celle qui clôture le jeune du Ramadan, qui s’appelle l’Aïd El Fitr. Puis il y a l’Aïd El Kebir. C’est un moment extrêmement important, plus que l’Aïd el Fitr car c’est lié au pèlerinage à la Mecque.

L’Aïd el Kebir vient du prophète Abraham qui voulait égorger son enfant pour l’amour de Dieu. Dieu lui avait donné cet enfant qui s’appelait Ismaël. Puis il a vu en rêve à trois reprises qu’il devait exécuter cette promesse, et il a su que ce n’était pas qu’un rêve. Il a consulté son fils qui a dit que si c’était un ordre du Créateur, il fallait le faire. Le moment venu, Abraham l’a amené pour l’égorger et tenir sa promesse. Lorsque Dieu a vu qu’il allait vraiment l’exécuter, alors le couteau ne pouvait plus couper, ce qui a agrandi sa foi. Dans les épreuves des prophètes, Dieu montre ses capacités. Comme quand le feu n’a pas brûlé le buisson ardent. Tout d’un coup l’ange Dribril est arrivé avec un mouton qu’il a placé à la place d’Ismaël. Depuis ce temps on sacrifie le mouton pour honorer la grandeur de Dieu.

C’est une fête qui permet de louer le Créateur à travers ce miracle en sacrifiant moutons, cabris, bœufs etc. et en faire profiter aussi ceux qui sont nécessiteux. Le but ce n’est pas que sacrifier, c’est surtout donner.

Comment on le célèbre ici à Mayotte, où c’est un jour férié ?

A Mayotte, il y a des préceptes que les gens ne pratiquent pas comme ailleurs dans le monde musulman. Ici par exemple, l’Aïd El Fitr est parfois considérée comme plus importante que l’Aïd El Kebir. La particularité de Mayotte c’est qu’on n’a pas beaucoup de moutons, mais surtout, beaucoup de gens ne connaissent pas la valeur de ce sacrifice. Dans la pratique, les gens de Mayotte n’ont pas encore donné l’importance qu’il faut à cette fête, ils vont beaucoup à la mosquée mais il y a peu d’événements qui montrent vraiment que c’est cette fête de l’Aïd El Kebir.

Et puis les cabris et les bœufs coûtent très cher, donc ce n’est pas facile à faire. Dans la jurisprudence on autorise donc à sacrifier les volailles aussi.

Avec la cherté de la vie ici à Mayotte, ce n’est pas facile de trouver et ça complique la pratique de ce sacrifice. Pour ceux qui ont peu de moyen, faire des gestes de solidarité est toujours bienvenu, car c’est aussi une fête pour les plus démunis.

Pourquoi On célèbre l’Aïd ce mercredi 21 juillet et pas mardi 20 comme ailleurs en France ?

Il y a des divergences parmi les savants. Cette question est parmi celles sur lesquelles ils divergent. Selon la majorité, que ce soit l’Aïd el Fitr ou l’Aïd el Kebir, on ne peut pas dire à l’avance que le Ramadan commencera tel jour tant qu’on n’a pas vu la lune. Pareil pour le premier jour de l’Hadj.

Or, selon le fuseau horaire, ça peut être le lendemain. Ici c’est mercredi parce que, que ce soit aux Comores ou ici à Mayotte, la lune a été vue non pas le 10 mais le 11. Dans d’autres endroits, on utilise le calendrier musulman.

L’islam autorise les divergences car le Créateur veut que les gens réfléchissent avant de prendre une décision. Mais c’est aussi une religion d’autorité. Ici l’autorité religieuse, c’est le grand Cadi. Aux Comores c’est le Grand Mufti. A Paris, c’est le recteur etc. Or le grand Cadi a vu la lune le 11, tout comme le grand Mufti des Comores. C’est pour ça qu’à Mayotte et aux Comores, c’est ce mercredi.

Propos recueillis par Y.D.

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