Études supérieures : le chemin de l’excellence et la case départ

Alors que certains montrent déjà la voie aux lycéens de Mayotte en intégrant des écoles prestigieuses comme Sciences Po, deux établissements de l’île ont signé une convention d’éducation prioritaire avec ce même institut pour favoriser ces parcours d’excellence. Demeure cependant pour nombre d’élèves un autre parcours - du combattant - pour leur régularisation administrative.

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Reçu à Sciences Po Paris, Farouz a à conscience du "message fort envoyé aux jeunes mahorais." "C'est difficile mais c'est possible", assure-t-il.

« C’est un message fort que j’envoie aux jeunes mahorais, c’est difficile mais c’est possible ». Quelques jours avant de se tenir face aux responsables académiques et à des élèves du lycée de Chirongui, dans la salle polyvalente de ce même établissement, Farouz a appris qu’il était admis à Sciences Po Paris. Une fierté, pour cet élève reçu 36ème au concours et qui se voit déjà « participer à la transformation de Mayotte ». « J’ai grandi dans un environnement qui ne me prédestinait pas à ça mais l’équipe pédagogique était là, ils m’ont dit de tenter ma chance, ça m’a motivé à tout donner », témoigne celui qui présente déjà comme un étudiant de la rue Saint-Guillaume.

Dans son lycée, celui des Lumières à Kawéni, le jeune homme et plusieurs de ses camarades ont en effet pu bénéficier d’une attention particulière avec la mise en place des Ateliers Sciences Po. « C’était une aventure formidable, on ne savait pas où on allait mais on avait la motivation. Nous avons rencontré des élèves tout aussi formidables et il nous fallait faire émerger ces talents, lutter contre l’auto-censure, et les barrières mentales qui sont très présentes chez nos élèves », indique quant à elle la responsable de l’atelier animé par quatre professeurs et divers intervenants.

Deux conventions d’éducation prioritaire avec Sciences Po

Un cadre particulier donc, qui a permis à plusieurs élèves d’intégrer des cursus d’excellence, à l’image du camarade de Farouz qui file quant à lui vers la Sorbonne. « Mais il manque encore des moyens, notamment en documentation », n’hésite pas à rappeler la responsable de l’atelier devant le recteur. Justement, voilà tout l’objet de la réunion du jour : annoncer l’intégration du Lycée des Lumières et du Lycée Tala Malandi de Chirongui dans les conventions d’éducation prioritaires mises en place par Sciences Po.

Objectif, « accompagner les équipes pédagogiques dans la préparation des ateliers », indique Sylvie Malo, cheffe du service académique information et orientation. Plus de moyens donc, et plus de chances au concours comme le veut la politique en faveur de la diversité sociale voulue par l’institut. « Les élèves passeront le même concours mais leur sélection se fera sur le vivier des conventions d’éducation prioritaire », détaille la cheffe de service académique qui ne cache pas sa volonté de voir « d’autres lycées suivre ».

« On travaille beaucoup et on se dit qu’après il n’y aura peut-être rien »

Autant d’informations qu’écoute avec attention le jeune Roberto, en seconde au lycée de Chirongui. Ce jour, il a pu présenter avec ses camarades d’un groupe des « cordées de la réussite », un projet vidéo de 20 minutes également présenté plus tôt à Sciences Po. Un premier pas dans le chemin de l’excellence, même si « les élèves ont travaillé de de mauvaises conditions », regrette l’un de leurs professeurs référents, Jean-Philippe Moya,

Une dizaine d’élèves de seconde du lycée Tala Malandi a participé au dispositif « Cordées de la réussite » en partenariat avec Sciences Po.

pointant le manque de matériel informatique, de salle dédiée ou encore l’obligation de réunir les élèves le samedi, seul créneau disponible, alors que tous les bus ne circulent pas. Là encore, les choses devraient s’arranger promet-on, notamment grâce au nouveau partenariat conclu.

Mais c’est tout autre chose qui inquiète Roberto. Après avoir bu avec envie les paroles de Farouz, de deux classes son aînée, l’élève explique en aparté avoir « peur des 18 ans ». Lui aussi veut pourtant servir Mayotte en empruntant des chemins ardus. « Je veux être médecin car il en manque beaucoup ici mais je vais devoir quitter l’île pour faire mes études et pour cela il faut des papiers », indique-t-il à voix basse. « J’ai déjà entamé les démarches mais ça n’avance pas, je suis allé voir une assistante sociale qui m’a expliqué que c’était trop tôt », poursuit celui qui a effectué toute sa scolarité sur l’île. « C’est très stressant de se dire que je pourrais peut-être me retrouver bloqué ici à cause de cela. C’est dur, on travaille beaucoup et on se dit qu’après, il n’y aura peut-être rien… »

Accompagnement administratif dès Parcoursup

Dans un autre coin du lycée, son professeur référent dans les « cordées de la réussite » s’inquiète également de n’avoir « pas vu beaucoup d’évolutions à ce sujet là ». « Ces jeunes arrivent vers 18 ans avec des problèmes d’adultes alors qu’ils devraient construire leur avenir. Ils savent qu’ils vont peut-être vers une échéance où c’est le black-out », regrette-t-il encore, indiquant toutefois que le proviseur du lycée « suit ces dossiers avec attention ».

« Les choses avancent positivement », assure de son côté le recteur Gilles Halbout. « On l’a vu dans le cadre du projet de loi Mayotte, les mentalités changent : les jeunes brillants qui ont les portes ouvertes doivent pouvoir partir. On progresse là-dessus, avec notamment un consensus sur le fait de ne pas bloquer sur le territoire des jeunes méritants ». À l’appui de son discours à l’égard des « élèves brillants », le recteur promet une nouvelle dynamique cette année. « On ne va plus attendre les résultats du bac pour

« C’est très stressant de se dire que je pourrais peut-être me retrouver bloqué ici à cause de cela, c’est dur, on travaille beaucoup et on se dit qu’après, il n’ y aura peut-être rien », se désole Roberto.

accompagner les élèves dans ces situations, nous allons plutôt nous appuyer sur les résultats d’admissions sur Parcoursup. Un jeune qui est admis dans une formation à l’extérieur aura plus de facilités dans ses démarches », détaille Gilles Halbout.

Condamnés à l’excellence, donc, ces jeunes « qui ne partent pas tous avec les mêmes chances », martèle une camarade de Roberto. D’autant que la régularisation administrative reste, pour l’heure, loin de se limiter à « une barrière mentale ».

Grégoire Mérot

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