Ils ont réuni « toutes les circonstances aggravantes », MDere, Magnele et leurs amis retournent à la case prison

Le retour en prison a effacé les sourires narquois affichés pendant l'audience. 6 voleurs ont été condamnés à 4 ans de prison pour une série de cambriolages, en réunion et avec violence commis début juillet 2018. Des faits d'une telle violence qu'un des habitants a cru qu'un séisme menaçait sa maison quand les bandits ont tenté de forcer sa porte.

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Les accusés seront détenus de longues années

Première condamnation pour l’un, juste une ligne de plus sur le casier pour d’autres, qu’importe : les juges n’ont pas fait de distingo ce mercredi entre les 6 prévenus alignés devant eux. Tous incarcérés dans le cadre d’enquêtes criminelles en cours, et/ou suite à des condamnations fermes ces derniers mois, les membres de la bande se voyaient cette fois reprocher une série de faits « d’une exceptionnelle gravité » soulignait l’avocat Mansour Kamardine, représentant une partie des victimes.

Résumé des faits : nous sommes la nuit du 1er au 2 juillet 2018. Une bande de neuf comparses quitte Tsoundzou avec, disent-ils, l’intention de voler des motos dans le sud. Leur périple passe par Chiconi, où un homme est tué. S’ils restent tous présumés innocents de ce fait-là, c’est l’enquête sur ce meurtre qui mettra ensuite les enquêteurs sur la piste de cette bande pour les faits suivants.

Peu avant une heure du matin, la bande arrive à Sada où elle entreprend de cambrioler une habitation. Les occupants, un couple, résistent fermement en bloquant la porte. Les coups pleuvent à travers la grille, un des assaillants va jusqu’à jeter un barbecue à la tête de la dame qui lui tenait tête, puis tous fuient avant l’arrivée des gendarmes. Peu après, une autre maison est visée. Là, ils arrivent à entrer, et surprennent une adolescente dans son sommeil. Ce sont les cris de celle-ci qui alertent ses parents. Eux aussi décrivent un groupe excité, armé de chombos et d’un pistolet « pointé sur la tempe ». Et tous restent profondément choqués par cette fameuse nuit où les complices sont allés jusqu’à « voler les vêtements des enfants » selon Me Kamardine. « La vie de ces personnes a basculé, ils vivent dans la peur de revivre la même nuit, et cette peur est partagée par bon nombre de Mahorais » abonde Me Ibrahim, lui aussi pour la partie civile.

Après ce forfait, le groupe s’en va vers Chirongui pour « visiter » le bureau du proviseur du lycée où ils pensent trouver de l’argent en liquide. Après avoir mis en fuite le gardien, menaçant de le « tuer », ils coupent le grillage, forcent des portes, et volent plusieurs téléphones et ordinateurs.

Une épopée criminelle qui aurait pu rester impunie sans le « travail extraordinaire des enquêteurs » salue Me Kamardine « car avec cette bande c’est tout Mayotte qui a peur, pas que les Mahorais mais toutes les populations qui vivent ici ».  « Vous êtes partis de Chiconi où vous avez commis un meurtre, puisque toute la bande était là. Puis vous êtes allés à Sada pour agresser des innocents. Vous avez semé la terreur, les coupeurs de route c’était vous, les violences à Bandrélé c’était vous ! Nous ne pouvons pas cohabiter avec des comportements de cette nature. Je n’ai pas compris pourquoi on les a renvoyés devant le tribunal correctionnel » poursuit-il, abondant dans le sens de son confrère Me Ibrahim, lui aussi « étonné qu’on se retrouve devant un tribunal correctionnel car ce sont des faits passibles de la cour d’assises ». En effet, la circonstance aggravante de vol avec arme n’a pas été retenue, malgré l’usage d’un pistolet passé de main en main au cours de la soirée. Cette circonstance aurait conduit l’affaire devant une cour d’Assises avec à la clé jusqu’à 20 ans de réclusion au lieu des 10 ans encourus pour vol en réunion avec violence.

Un procès sous très haute surveillance

Toujours est-il que le parquet a fait le choix d’une procédure correctionnelle, plus simple et plus rapide à mettre en œuvre, permettant une condamnation plus sûre et plus prompte. Le parquet représenté à l’audience par Sarah M’Buta, qui réclamait elle 6 ans ferme contre chacun des co-prévenus. « Je vais commencer par une anecdote personnelle. J’étais en visio avec une nièce et elle m’a demandé pourquoi j’avais des barreaux à mes fenêtres alors que je ne suis pas en prison. C’est à cause de comportements comme cela. C’est à cause de ça que les habitants ne sortent pas après 18h et ont des portes blindées. » Et la magistrate d’égrainer le parcours délinquant ou criminel des mis en cause. Nassur Abderemane, dit M’Dere, condamné à 18 ans de prison pour vol et viol, et surveillé de près après s’être évadé de Majicavo. Magnele, également connu pour des faits d’arme analogues et condamné à 6 ans de prison en janvier dernier. A la barre ce dernier dit « regretter ». Non pas par compassion envers les victimes, mais  « parce que je ne savais pas que ça serait grave pour moi ». Même logique pour leur complice Kambi, alias DJ, déjà condamné à 10 ans de prison ferme qui regrette de ne pouvoir trouver en prison « ni femme ni rien, je voudrais que les victimes comprennent que c’est quand même la prison où on va passer » ose-t-il.

Sarah M’buta, substitut du procureur, réclamait 6 ans ferme pour chacun.

Et que dire de SERA, un surnom qui se traduit par « monstre » précise Mansour Kamardine, qui assure aux juges qu’il a un champ près de Majimbini. Pas vraiment à lui mais « à Mayotte on peut cultiver où on veut tant qu’on trouve un endroit à la campagne, la France c’est libre ». Indignation de Me Ibrahim qui y voit la preuve que « l’on a affaire à des personnes qui s’affranchissent totalement des règles de vie en société et des lois de la République ».

La vie en société, ils en sont tous désormais éloignés pour quelques années, la condamnation se télescopant avec la détention provisoire pour les uns, avec d’autres peines pour d’autres, tous étant également en attente des suites judiciaires à donner au meurtre de Chiconi.

D’ailleurs, l’escorte musclée réservée à la bande de bandits, avec rien de moins que 13 gendarmes dans la salle d’audience dont l’antenne GIGN et le peloton d’intervention, témoigne de la volonté des pouvoirs publics de ne pas revoir ceux-là en liberté de sitôt.

Y.D.

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