Forte volonté politique de faire avancer le « Train bleu »

C’est devant un amphithéâtre quasiment unanimement acquis à la cause du « Treni bile », qu’une première étude préalable à la faisabilité était proposée par Capgemini Engineering ce mardi. Une société de renom censée donner une 1ère caution à un projet complémentaire de la future offre de transport en commun.

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Capgemini Engineering, Mayotte
L'étude préalable... à des études plus poussées pour chiffrer plus précisément le projet

Lorsque le projet avait été présenté par le conseil départemental en février dernier, nous avions titré « Le train bleu, entre ‘boite à rêves’ et ambition ». Nous glissons peu à peu vers le 2ème postulat, avec la présentation de l’étude préalable de faisabilité par Capgemini Engineering (ex-Altran) ce mardi au lycée des Lumières. L’entreprise couvre l’ingénierie produits et systèmes, le digital et logiciel et les opérations industrielles, « nous accompagnons notamment la SNCF », soulignent ses représentants, David Pontal et Sébastien Nicolaut, qui exposaient l’étude « Un réseau ferroviaire à Mayotte: un prjet sur les rails? », relayés par leur confrère Olivier Mériot depuis Toulouse.

Il s’agit d’un projet à 10 ans, comme le précise Fatima Souffou, la 2ème vice-présidente du CD, qui citait Eleanor Roosevelt pour répondre aux sceptiques, « Le futur appartient à ceux qui croient en la beauté de leurs rêves ». Il ne s’agit pas d’un projet de substitution dans le Plan Global des Transports et Déplacements (PGTD), « nous le combinons aux autres projets, de transports en commun urbains et maritimes. La réponse à nos problèmes de déplacement est dans la multimodalité. »

Les embouteillages matinaux sont la matérialisation de la croissance annuelle des véhicules motorisés, dans un contexte propre à Mayotte où, comme le soulignait le préfet par la bouche de son SGAR Yves-Marie Renaud, les habitants n’ont pas cherché à se rapprocher de leur lieu de travail, « il n’y a pas eu d’évolution des lieux d’habitation ». Les habitants restent fidèles à leur village. Mais aussi, comme le complétait le représentant de l’Etat, « il n’y a pas eu d’anticipation de développement du réseau routier. Il faudra faire les bons choix, Mayotte est condamnée à avancer. »

Le « Treni bile » ne se substitue pas aux autres projets, mais les complète, expliquait Fatima Souffou

20mn pour faire Longoni-Mamoudzou

Et pour avancer, la locomotive du « Treni bile » nous entraine dans son premier tracé, de la gare de départ à Longoni à Dembéni en passant par Mamoudzou. C’est une première étude rapide qui était demandée à Capgemini, qui ne peut donc entrer dans les détails, notamment les aléas du tracé. A première vue, la topologie de l’île « se prête avec son bord de mer, à la construction d’une voie ferrée, il n’y a pas d’obstacle technique identifié en dehors des mouvements de terre », mais dans les détails, la pente qui relie Longoni à Mamoudzou pourrait imposer des ouvrages, « notamment un tunnel ». Si ce trajet est prioritairement étudié, c’est pour le transport de marchandises : « Les 40.000 containers qui écument les routes sur les camions doivent être acheminés par d’autres voies et le train s’y prête ».

Le « Treni bile » pourra desservir les écoles, rééquilibrer les zones Nord et Sud de l’île, et allie sécurité, fiabilité et rapidité, pour les auteurs du rapport qui livrent leur estimation : 29 mn pour aller de Mamoudzou à Dembéni et 21 mn de Mamoudzou à Longoni, quand pour cette dernière, il faut au moins une heure en période de trafic.

Le rapport présente la 1ère estimation financière. Il avait été annoncé à la louche à 980 millions d’euros par le conseil départemental, il est désormais évalué à 1,7 milliard d’euros par Capgemini Engineering. « Cela n’intègre pas le potentiel viaduc entre Petite et Grande terre », précisent-ils. Il faut aussi mener une étude de rentabilité par rapport à la clientèle potentielle. Et adapter les investissements puisque nous n’avons pas le même volume de passagers qu’en métropole, comme nous l’avions rapporté. En matière de rentabilité, le conseil départemental assure avoir fait une étude préalable, « sur une fourchette d’investissement de 1 à 3 milliards d’euros, cela reste rentable, en terme financier, mais aussi, d’aménagement du territoire, d’environnement, d’économie d’énergie par rapport à la voiture, et en création d’emplois ».

Un cerveau central

Le 1er tracé en rouge

Un projet qui pourrait intéresser les opérateurs télécom, « quand nous installons une voie ferrée, c’est une opportunité pour eux de faire passer leur réseau. »

Il faut aussi voir l’opportunité économique pour le territoire, invitait Mohamed Moindjié, DGS de l’association des maires, « n’abordons pas le transport que sous le seul prisme du déplacement, les enjeux économiques et d’aménagement du territoire sont énormes. » Et de la même manière que Mohamed Hamissi que nous avions interviewé, demande que soit mise en place une instance qui coordonne les différents modes de transport en cours : « D’ici 10 ans, nous aurons de l’interurbain, du vélo, du maritime. Si chaque collectivité développe ça dans son coin, ça va cafouiller. La loi sur la mobilité incite les communautés de communes à se saisir de cette compétence des transports ».

Un point sur les autres projets de transports en commun était fait par Mustoihi Mari, Directeur des Services Techniques Départementaux : « Le projet le plus avancé est le Caribus de la CADEMA, puis le contournement de Mamoudzou en cours de faisabilité. Le train viendra en complément. » Les sceptiques sont les mêmes qui entendent parler du contournement de Mamoudzou depuis plus de 10 ans…

Un amphi rempli d’acteurs concernés

Les travaux de Capgemini Engineering se terminaient avec cette présentation, close par une animation du « Treni bile », « c’est l’équipe projet du CD, avec l’ingénieur thermicien Razak Inoussa, Ingénieur thermicien, le juriste et financier Ali Hadhuiri, et le géographe Saïd Hachim, qui prend désormais le relais ».

Anne Perzo-Lafond

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