La santé communautaire au service de la lutte contre le Covid

« Maescha ɗe unono ». C’est en shimaore et en français qu’une centaine de jeunes médiateurs vont expliquer dans les quartiers que « la vie, c’est la santé », et que pour y arriver, des gestes sont à respecter.

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Santé communautaire, Mayotte, Renaudot
Les premiers médiateurs citoyens à décliner la santé communautaire

Le terme faisait pour la première fois une apparition sérieuse sur le territoire il y a 3 ans avec l’arrivée d’émissaires de l’Institut Renaudot. Philippe Lefevre, qui co-préside l’Institut, avait installé en partenariat avec l’ARS qui était encore Océan Indien, la première promotion du Diplôme Universitaire de Santé communautaire au CUFR de Dembéni. Deux ans après, l’application de ce concept qui veut que des agents aillent porter la bonne parole sanitaire au plus prés de la population, prend encore plus de sens avec la diffusion forte de l’épidémie.

C’est une opération de grande ampleur qui est mise en place autour de ce concept de santé communautaire. Financée par l’Etat à hauteur de 1 million d’euros, elle est gérée par l’association Mlézi maore. Sa présidente, Roukia Lahadji, la présentait ce mardi matin, à l’école de la seconde chance à Combani : « Il s’agit d’une médiation sanitaire. Une partie de la population ne parlant pas français, des jeunes vont être formés pour être des porte-voix sur les mesures à respecter, qu’ils diffuseront sur les zones isolées comme urbaines, en tenant compte de la culture locale. Dès qu’on croit en Dieu, on s’en remet facilement à lui. Mais maintenant que les hôpitaux sont saturés, on fait quoi ? » La présidente en profitait pour remercier Jean-François Colombet et Dominique Voynet pour « leur investissement personnel pour le territoire. Car en cette période d’épidémie qui interroge tout le monde, il est difficile de savoir quelle est la bonne décision. »

Ce thème de la santé communautaire, Dominique Voynet assure se l’être approprié dès son arrivée, « cette ARS ne devait pas uniquement proposer du soin, mais aussi de la prévention. Le réseau de santé communautaire agit au plus prés du terrain. Il y a des départements plus riches que nous qui n’ont pas pu accoucher de ce dispositif. »

Une convention signée à 3 mains, avec Dominique Voynet, Jean-François Colombet et Roukia Lahadji

Des mesures venues tout droit du Moyen Âge

Une centaine de jeunes volontaires civiques ou de médiateurs citoyens, reçoivent une formation d’une journée, pour sensibiliser dans les villages sur le port du masque, les distances à respecter, le lavage des mains, éviter de se toucher le visage, etc. Il seront encadrés par une douzaine d’agents de supervision territoriale, qui pourront d’ailleurs être recrutés parmi les promotions de DU de Santé communautaire. « Un dispositif que nous espérons pérenniser au-delà du Covid », espère la directrice de l’ARS. Qui compte sur une immunité de masse qui pourrait « arriver plus vite que prévu », entre la vaccination et les contagions au Covid (5% de la population à ce jour). Les mesures encadrant toutes les épidémies pourront être diffusées par ce biais, « la typhoïde, la lèpre, la tuberculose, les hépatites, etc. »

Pour Jean-François Colombet, les mesures de lutte contre l’épidémie datent du Moyen Age, « le confinement, les gestes barrière », et plus tard « la vaccination. Malgré ces 3 moyens déployés, des décès sont enregistrés et des tensions sur les équipes médicales. Mais nous ne capitulons pas ! » Une convention qu’il fallait signer « au plus vite », ce qui désignait pour lui l’association multipartenaire de l’Etat, Mlézi maore, « pressés par le temps, nous n’avons pu mettre en concurrence d’autres associations. » Il vantait d’ailleurs avec Dominique Voynet la réactivité et le professionnalisme de l’ex-Tama.

Une cinquantaine de jeunes ont déjà suivi leur journée de formation, comme nous l’explique le jeune Ahmed Bacar : « En tant que médiateurs citoyens, nous étions déjà sensibilisés à la diffusion d’information auprès de la population, mais là, nous sommes vraiment montés en compétence avec toutes ces informations sur le domaine sanitaire. Il y a des choses que je ne savais pas, notamment sur le variant sud-africain. »

Après la théorie en matinée, ils ont eu droit à une mise en situation dans l’après-midi, avant de passer un QCM. Avant de plonger dans le grand bain, chacun dans son quartier respectif.

Anne Perzo-Lafond

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