Aide alimentaire : « pendant qu’on tergiverse, les gens attendent ! »

L’aide alimentaire pour pallier les situations d’extrême précarité qui peuvent naître du confinement se met en place. Sur le papier. Car avec un dispositif changeant et aux contours flous, les acteurs de terrain ont encore bien du mal à cerner leurs prérogatives.

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Signature de première convention "de délégation de la gestion de la distribution des bons alimentaires financés par l’État afin de lutter contre les fragilités nouvelles nées de la crise sanitaire", ce mardi entre le préfet et le maire de Dzaoudzi-Labattoir.

C’est le grand flou. Alors que se succèdent les communiqués de presse relatifs à la mise en place d’une aide alimentaire d’urgence pour qu’à « la crise sanitaire ne s’ajoutent pas des drames sociaux », sur le terrain, on attend encore le feu vert pour démarrer la distribution de bons. « On est prêt, on voit de plus en plus de personnes dans le besoin et si nous avions un peu d’avance par rapport à l’année dernière et le premier confinement, il faut arrêter de traîner pour ne pas la perdre. », presse une association censée participer au dispositif. À l’origine de ses inquiétudes, une organisation sans cesse changeante.

Au lendemain de l’annonce du confinement de Mayotte, le modèle évoqué par la préfecture est relativement clair. « On met en place dès à présent ce que nous avions fait avec succès l’année dernière, à savoir une distribution de bons alimentaires par des associations réparties par secteur sur l’ensemble du territoire », indiquait le sous-préfet Jérôme Millet. On demande alors à ces partenaires associatifs d’entamer dès à présent une évaluation sociale dans les quartiers défavorisées. Les associations s’exécutent, à l’image de MAN Océan Indien, chargée d’intervenir à Koungou et Majikavo et qui a déjà « identifié 500 bénéficiaires dans chacune de ces zones », explique sa gestionnaire, Cyndie Pernet. D’autres attendent. « On ne peut pas aller voir des gens dans le besoin, leur expliquer que l’on va les aider alors qu’on ne sait pas dans quelle mesure on va pouvoir le faire, s’il va falloir faire une nouvelle sélection en fonction du budget », explique l’une d’elle.

« Tous les CCAS ne fonctionnent pas à la même vitesse »

Surtout que depuis, le dispositif a bien changé. On prévoit de confier la coordination de la distribution à l’Union départementale des centres communaux d’action sociale. Laquelle décline finalement cette responsabilité. Et c’est désormais à travers les CCAS de chaque commune qu’une coordination localisée est prévue. Mais si les associations se disent prête, ce n’est pas forcément le cas de ces équipements communaux. « Pour l’instant je n’ai pas d’informations concrètes, rien n’a encore été décidé de nôtre côté, on est encore en attente pour voir comment nous allons nous organiser », indique un cadre de CCAS. Côté des

Le MAN Océan Indien a déjà recensé 1000 bénéficiaires à Koungou et Majikavo.

associatifs, « beaucoup ont des inquiétudes quant au fait de travailler avec les CCAS », indique la gestionnaire du MAN Océan Indien. « Mais ce n’est pas notre cas, cela s’est toujours bien passé avec nos partenaires et nous sommes déjà en lien avec celui de Koungou », poursuit-elle.

Dans le rang des inquiets, on rappelle que « tous les CCAS ne fonctionnent pas à la même vitesse, certains sont au point, d’autres pas du tout. Au mieux ça peut freiner les chose, au pire ça peut les détourner car on sait qu’à Mayotte il y a aussi des enjeux politiques derrière cela. Je ne sais pas si ce sont les mieux placés pour agir en toute neutralité ». « Je ne dis pas que je ne fais pas confiance aux CCAS mais il y a une petite déception dans le sens où ce dispositif rentre en plein dans le champ de notre action, laquelle est soumise à des valeurs auxquelles nous ne pouvons pas déroger comme l’inconditionnalité, nous aidons toute personne qui en a besoin sans aucune distinction », pointe Yassine Boinali, le président de la Croix-Rouge locale. 

« En gros on nous a dit de pas attendre »

« Mais la question de la coordination n’exclut pas la participation des associations, ce serait impossible sinon », rappelle toutefois le président. « Les autorités ont tranché, maintenant nous allons suivre le mouvement », conclut-il. Mais tout est-il vraiment tranché ? CCAS et Associations s’accordent à dire qu’il faut encore attendre. La première étape consiste en la signature de conventions État-communes, à l’image de celle effectuée ce mardi entre la préfecture et la mairie de Dzaoudzi-Labattoir. Les autres doivent suivre dans la foulée, assure cette première. Quid du tissu associatif, à l’origine au premier plan ?

« En gros on nous a dit de pas attendre », commente-t-on à l’issue d’une réunion avec les services de l’État ce même jour. « Pendant qu’on tergiverse, les gens attendent alors maintenant il faut y aller », lâche-t-on encore. « Je pense que l’essentiel sera de transmettre les listes de bénéficiaires au CCAS afin qu’il n’y ait pas de doublons avec leur liste, il y aura peut-être aussi une mise à disposition de locaux mais globalement c’est tout, on va rester autonomes», estime quant à elle Cyndie Pernet. « Je vais transférer ma liste à la DJSCS pour pouvoir commencer la distribution de bons, j’espère les recevoir au plus vite parce que c’est vrai que ça commence à faire un peu long toute cette mise en place », poursuit la gestionnaire du MAN Océan Indien, bien décidée à prendre le zébu par les cornes.

G.M.

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